Ces élections nous ont ramenés à une assez lointaine préhistoire. Nous en sommes sortis épars, éberlués de ce 21 avril: comment se fait-il qu'après tant de millénaires passés à s'étriper dans des guerres tribales ces bandes d'hirsutes qu'on flagorne au titre de "peuple souverain" n'en ont pas encore marre, s'y vautrent amèrement, en redemandent ? J'ai l'air de râler, là, mais avouez qu'il y a de quoi. D'accord ! on y est jusqu'au cou, on en a jusqu'au menton, et c'est pourquoi il faut marcher la tête haute. Sûr qu'on va redémarrer. Vite. On ne sait pas trop quoi ni comment, abasourdis que nous sommes pour l'instant, mais avec le caractère de cochon que nous avons ça ne va pas traîner. Tout ces derniers mois on n'a pas arrêté de gueuler: "Debout, les morts !" Et, miracle, y'en a qui on bougés. Des millions selon la police...Un peu moins selon les organisateurs. Des qui avaient baissé les bras depuis 30 ans ! des qu'on n'osait plus attendre. Et bien, ils sont revenus. Et m'est avis qu'ils vont s'ébrouer un bon coup et reprendre du collier.

Faut dire que la raffarinade nous a fait des coups pendables dans presque tous le secteurs. Et s'apprête à frapper plus fort encore. Déjà voyez les hausses. Alors il est bon de se revoir sur les Causses. Et cela se passe chez José Libéré, où nous sommes tous invités ce week-end .

Bien sûr le Larzac c'est chaud. Mais y a peu qui peut cramer ! Tout est ras. Mais si nous y sommes nombreux, ce sera grand ! Grand pour dire au monde qu'il n'est pas une marchandise. Dire à Raffarin qu'il n'est rin . Dire qu'il n'y a pas de pensée unique, de vision unique, de vie selon modèle unique. Même les moutons du Larzac sont de notre côté.

Pas de pensée "géodésique" ! Voyons ce que peut donner l'application au domaine de la pensée, de l'épopée géodésique. L'épopée géodésique, c'est quoi ? Le mètre, c'est quand même l'outil qui relie la main de l'homme à son travail. La mission confiée à Delambre et Méchain envoyés, le premier dans la partie Nord de la France, le second au sud, consistait à mesurer le quart du méridien terrestre dont la dix millionième partie donnerait naissance à l'étalon du mêtre-et du kilogramme, histoire d'en finir avec cette pagaille bien peu républicaine qui faisait  que le bois à brûler se vendait à la corde, le charbon de bois à la banne, le charbon de terre à la bacherelle, l'eau-de-vie à la potée mais le vin à la pinte, alors que les étoffes, les tapis ou les tapisseries s'achetaient à l'aune carrée et à la canne. Et que les longueurs étaient mesurées en toise et en pied du Pérou, lequel équivalait à ...un joyeux bordel en somme, dénoncé dans les cahiers de doléances de 1789 qui décida l'Assemblée constituante à trouver  un système égal pour tous.  Et à lancer Delambre et Méchain sur les routes de France. Parti de Dunkerque en 1792, Delambre mit donc quatre ans à atteindre Vesdun, dans sa voiture à cheval munie d'un petit cabinet de travail où il pouvait entreposer ses livres de calculs, ses cartes et ses appareils de visées. Il y arrive le 9 thermidor. La chance est avec lui, le temps est clair. Très clair même. Dans les lunettes de son cercle répétiteur, un précieux instrument de mesure dernier cri qu'il trimbale dans "un grand coffre solide d'acajou". C'est ainsi que Delambre a observé, entre Bourges  et Toulx, depuis son promontoir de Vesdun, un angle de 152°23'30". Entre Bourges et Morlac, un angle à 22°19'20". Et entre Arpheuille  et Bourges, un angle de 151°30'13". Comment ces observations lui ont servi à dessiner des triangles. Que grâce à ces triangles, il a pu déterminer la longueur  du méridien et que de ce tracé est né le système métrique. Delambre, après Vesdun a taillé sa route vers le sud. Il n'a retrouvé son compère Méchain qu'en 1798, du côté de Carcassonne. Obsédé par une légère erreur  de calcul qu'il garda longtemps secrète, ce dernier perdit la raison quelques années plus tard. La loi définissant la longueur  définitive du mètre a elle été adoptée la 10 décembre 1799.

Si tout cela a été accepté, alors que cela allait bouleverser pas mal de choses de nos campagnes ( son décret d'application attendra quand même janvier...1840 !), c'est grace entre autres, à la fameuse Nuit du 4 août . Cela apparaissait ainsi comme une condition pour le Progrès.

Mais alors que par le biais de l'OMC, les tenants des capitaux de la planète décident de fixer une fois pour toute, leur vision du monde au monde qu'ils considèrent rien de plus comme une marchandise, nous devons leur rappeler que sans l'abolition des privilèges, pas de Progrès alors pas question qu'on accepte. Car "qu'est-ce-que la vie ? qu'est-ce-que-la-vie ?" comme le chante Lubat .

30 ans déjà le Larzac ! A l'époque, Marx était encore en vie, alors qu'aujourd'hui vous apprendrez qu'il a disparu peu après le Moyen-Age. Voire plus puisque c'est tout comme... Pourtant je viens de tomber sur un bouquin pas jeune, assez jauni et ridé, qui a bien 30 ans, de Merleau-Ponty, philosophe de son état d'alors. Dans Sens et non-sens, il avance une lecture de Marx: "Ramené à l'essentiel, le marxisme n'est pas une philosophie optimiste, c'est seulement l'idée qu'une autre histoire est possible, qu'il n'y a pas de destin, que l'existence de l'homme est ouverte". Tiens donc !... D'autres mondes seraient toujours possibles comme l'annonce l'affiche de ce rassemblement anti-OMC du Larzac ?

 

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