Ceux qui montrent patte blanche mangeront. Dans le Var, une cantine scolaire va utiliser un système de reconnaissance de la main.

Pour entrer à la cantine, les 750 demi-pensionnaires du collège Joliot-Curie de Carqueiranne (Var) vont devoir, dès le mois prochain, glisser la main dans un boîtier électronique capable de reconnaître les contours des doigts et de la paume. C'est la première fois que des mesures biométriques entrent à l'école.

Chaque élève aura au préalable confié sa main à la machine, qui effectue 90 points de mesure (longueur, épaisseur des doigts, etc.) Une fois le gabarit de la main mis en mémoire, un code personnel lui sera attribué. Chaque jour, l'élève tapera son code sur le clavier de la machine installée dans le couloir de la cantine, puis posera la main sur un plateau muni de «tétons» pour maintenir les doigts écartés. Si la machine reconnaît le contour de la main, le tourniquet d'accès se débloque. Temps moyen de l'opération : «Quelques secondes», assure le fabricant, INT System.

Ce dispositif a obtenu, le 15 octobre, un avis favorable de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés). Mais , mais , petit problème : le gabarit d'une main d'adolescent évolue, et les fichiers sont vite obsolètes. La direction du collège assure qu'elle effacera toutes les mesures en fin d'année scolaire. Pour les reprendre l'année suivante.

«Les enfants, les parents et les enseignants ont accueilli favorablement le projet», commente le principal du collège. Le côté «James Bond» de la machine plaît aux premiers. Pour les parents, c'est une technique rassurante : pas de vols, pas d'oubli, aucune chance de racket.

Le nouveau système, relié à un logiciel, doit permettre de «mieux gérer les absences». En plus de l'identité de l'enfant et sa classe, le fichier indiquera le nom du responsable légal à contacter en cas d'absence non prévue. Certes, le coût de la machine est dix fois plus élevé (environ 3 800 euros) que celui d'un lecteur de badge. Mais la question du renouvellement des cartes perdues ou détériorées ne se pose plus. Et le conseil général du Var finance l'expérimentation.

Devant le déluge de demandes, la Cnil a consacré un chapitre entier à la biométrie dans son dernier rapport. «Il n'existe pas de meilleur identifiant que le corps lui-même», remarque-t-elle. Pour la Cnil, les empreintes digitales ou l'ADN ne se justifient pas pour de simples «contrôles d'accès». L'iris de l'oeil, autre mesure biométrique,a toujours suscité des craintes : «C'est l'idée d'aller voir tout au fond des gens», dit un chercheur... Mais il y a des exceptions. Aéroports de Paris a obtenu un feu vert pour identifier le personnel qui transite en «zones sensibles» : reconnaissance de l'iris, empreintes digitales et contour de la main. Mais l'Urssaf de Corse, qui voulait utiliser les empreintes digitales, a dû se contenter du contour de la main. Même choix pour le personnel de nettoyage du musée du Louvre et celui du centre commercial des Quatre-Temps à la Défense .

Dans le genre biopolitique soft on fait difficilement mieux : beaucoup plus terrifiant qu'une affaire de contrôle des absences par codes barres dans un lycée, qui avait défrayé la chronique médiatique pour se révéler, après coup, pas grand chose. Terrifiant !

Ce que nous sommes en train d'inoculer, c'est la compulsion d'enfermement qu'on voit fleurir partout. En 93, le philosophe Paul Virilio parlait de "La perte , ou, plus exactement, le déclin de l'espace réel de toute étendue (physique ou géophysique) au bénéfice exclusif de l'absence de délai des télé-technologies du temps réel, aboutit inévitablement à l'intrusion intra-organique de la technique et de ses micro-machines au sein du vivant" . Nous y sommes .

Virilio , dans L'Art du moteur", aux éditions Galilée, poursuivait ainsi: "... n'allons-nous pas assister à la naissance d'un nouveau type de FONDAMENTALISME, non plus lié à l'espérance en Dieu des croyances traditionnelles, mais au culte, au "techno-culte" d'une science dénaturée, véritable INTEGRISME TECHNO-SCIENTIFIQUE dont les ravages ne seraient pas moindres que ceux du fanatisme religieux, la volonté de puissance d'une science sans conscience débouchant sur une intolérance encore inimaginable aujourd'hui"

A l'idéologie sanitaire, s'ajoute l'idéologie sécuritaire . Comment y résister ?

Programme télé: c'est rare, mais Le Monde Diplo nous recommande "Le Rêve brisé"(150mn). C'est un film de Charles Enderlin qui sera diffusé en deux parties les dimanche 3 et lundi 4 novembre sur France 2 , malheureusement assez tard (22h35). Ce film, qui est le pendant du livre du même titre de Charles Enderlin, journaliste-envoyé spécial de France 2 en Palestine-Israël, est une aubaine pour la Paix... il éclaire les négociations de Camp David II et même celles de Taba. Il retrace 7 ans de négociations israélo-palestiniennes et démonte le mythe de "l'offre généreuse", expression utilisée à but de propagande par Israël, puis reprise par tous les médias du monde. Ce film a aussi un autre atout, c'est qu'il présente les Palestiniens sous un jour humain, filmés en gros plan, et la possibilité pour eux de s'exprimer sur la Paix avec leurs attentes et leurs espoirs (nous sommes à des lieues des images de manifestants masqués, de terroristes anonymes ou de femmes pleurant leurs morts). C'est donc un film important pour bien comprendre comment la paix s'est fracassée. Depuis le 29 septembre 2000, 1 940 Palestiniens ont été tués et 35 000 blessés par l'armée israélienne, la police ou les colons, 641 Israéliens sont tombés victimes d'attentats terroristes ou d'attaques armées, et plus de 4 600 ont été blessés. Qui a "gâché" la paix? Enderlin laisse le spectateur en décider.