Mais où êtes-vous?

Foutue nature. Tragédie mondiale: la « plus grande opération » d’aide humanitaire de l’histoire des Nations unies. Invasion imprévue d'une lame nerveuse et turbulence alentour. Voir Paul Virilio, et encore. Nous sommes si petites fourmis qui croyons maîtriser en blablatant les éléments même les plus imprévisibles. Quelle santé! Ou grillons qui bataillent dans les brins d'herbe. Ou araignées qui ne savent plus où se foutre, problème c'est que je serai disposé à croire que celles-ci savent mieux se tirer d'affaire par gros temps. Dès lors, comme l'espoir est faible d'y échapper, l'événement frappera l'imaginaire collectif comme pour certains un rappel du mythe du Déluge...Rappel pour d'autres -moins nombreux!- du Fleuve d'Héraclite: il est indéfiniment changeant et créatif, il unit les contraires, il régule les évolutions, les croissances, les développements, et il est ce sur quoi l'homme a à se régler -ce que les Grecs anciens appelaient "suivre la Nature".

Ici, un peu de neige, neige bretonne, crachin neigeux pour une fin d'après-midi de Noël, c'est dire que c'est tranquille. Pourtant lire mon blog du 27.12: "...longeant les murs, brusquement il m'a pris l'envie de faire un pas d'écart attiré sans le savoir par la vitrine d'en face. Chance. Un demi-wagon de neige a valsé à la seconde de la toiture perchée là-haut à plus de douze mètres. Resté à l'endroit où j'étais, j'aurais été assommé raide. A voir ma chance, des gens ont ri. Je ne trouve pas ça drôle". Si j'avais su par avance que par la vitrine il n'y avait rien à voir, j'aurais eu l'air fin à être écraser par ce volume compact décroché des gouttières. Bref, sauvé grâce à ma condition d'ignorance, dira-l'un? Sauvé grâce à Dieu dira l'autre. La nature est toujours éternelle, infinie, omnienglobante, autorégulatrice, créatrice, mais cela laisse large place à bien des variations dans la manière d'en discerner, d'en interpréter, d'en exprimer les aspects. Dieu ou le hasard: l'alternative est ancienne, deux grandes possibilités d'explication des choses. A moins qu'il y ait eu quelque intuition -imagination ou l'usage naïf de la perception animale?-, j'ai senti !. Et encore j'en doute. De toute façon cela aurait pu être autrement mais ce ne fut pas le cas. J'accepterai volontiers cette position pour être franc...

Pour s'en remettre, c'est un prétexte comme un autre, comme à Bécherel ce n'est pas de tout repos, nous sommes allés prendre un pot à "la vache qui lit". A notre table, en bout, en appui contre le mur, un cadre dans lequel était placée une carte montrant le raz de marée de la Baie du Mont Saint Michel; donc, l'étendue de la terre qui englobait les îles de Cézembre et Chausey, recouverte par la mer dans l'année 709 (selon la légende). Ce dimanche après-midi dernier, bizarrement, nous nous y sommes intéressés de près allant jusqu'à pré-sentir quelque catastrophe à venir...Coïncidences fortuites. Evidemment, mais je ne vous dis pas quel fut nôtre étonnement à l'écoute des infos.

S'ajoute à cela ce que je viens d'apprendre par l'amie Françoise -lors de notre Saints Innocents, notre réveillon de fête païenne du cul de l'an-, que les sismographes ont déclaré qu'ils avaient observé qu'en France même, après ce séisme de magnitude 9 sur l’échelle ouverte de Richter au large d’Aceh, au nord de l’Indonésie, le niveau de la terre par la même occasion s'est levé d'un millimètre et qu'ils en ignoraient les conséquences. Le monde bouge comme dirait Héraclite...Piège du réel, qui à la fois fonctionne à tous les coups et n'épargne personne.

Piège du réel, la dernière hallucination occidentale: en Ukraine, LA révolution orange !. Selon les dernières infos: "La confirmation officielle des résultats de l'élection pourrait prendre plusieurs jours. Le premier décompte total a donné 51,99% des voix à Iouchtchenko". Où est le raz de marée tant attendu? Coïncidence encore, ce flash-info que je viens d'apprendre à l'instant même où je vous en parle, vient pile poil confirmer le propos que développe Clément Rosset dans "Principes de sagesse et de folie", un bouquin que viennent chaleureusement de m'offrir mes amis il y a quelques heures tout juste pour la saints Innocents. A la lecture des premières pages, commentant un poème de Parménide, son commentaire pose justement la question de qu'est ce qui est et que n'est pas ce qui n'est pas. Bref, le domaine hallucinatoire du faux et de ce qui n'est pas.

Insectes que nous sommes, nous passons d'un mirage à un autre.

Dernière chronique de l'année. J'ai l'esprit de fuite. Aussi j'imagine déjà cette question à laquelle je m'emploierai de répondre dès lundi tôt "Qu'as-tu fait de tes congés? Voyagé, fais la fête?" . Déjà j'y pense la nuit. Réponse réfléchie: je me suis attardé. Attardé à table, attardé au lit, attardé à discuter, attardé tout bonnement. Attardé en sédentaire. Attardé sans empressement.

S'attarder enseigne la patience de vivre, joie sereine, l'ajustement du temps aux choses, aux proches. S'attarder vide de toute référence, de tout contenu concret, vide de choses à faire impérativement. A l'écart, à l'abri des convulsions du monde, livré aux occupations paresseuses. L'essentiel est de trouver la vitesse adéquate. Pour me couvrir si besoin était je renvoie à l'approbation de Montaigne: "Comment, vous n'avez rien fait, mais n'avez-vous pas vécu! n'est-ce pas la plus illustre de vos préoccupations!". Deux semaines sabbatiques, à faire roue libre, oui!. Sans pour cela baisser la garde!

Sinon ? Sinon, voir les choses comme elles sont? Non. La situation du monde comme elle est? Non. Problème insoluble, qu'est-ce qu'on peut faire? Au fond c'est une chose simple mais qui passe l'entendement: la question est précise, entendue de tous. Mais le problème ne dépend que de la question. Et la question tient à nous. La question dépend de nous.

Ceci-dit, la question risque de devenir inutilisable et idiote, à force de relais. Elle fait boule de neige. Elle est ronde et tourne fou. Elle fait le tour du globe sans jamais ferrailler -pour citer Françoise dans son blog du 26.12: "Ces messages qui tournent autour de la terre, sans se frapper comme boules...de billard,(la neige a fondu!) ricocher, tournoyer, rebondir...vont se perdre dans le vide sidéral. C'est con non? Veuillez excuser ma crétinerie, mais je peux vous envoyer 25 messages par jour si ça me dit, et ça devient quoi, si personne discutaille, ferraille, déraille? ". Si rien ne l'arrête, cette question devient impossible à exploiter. Ephémère est-elle, fugitive elle restera. Donc la question pour l'année nouvelle dépend de nous. Notons. Pas d'excuses pour vivre mollement la vie -"mollement", j'entends: en résignés, en vaincus.

Le problème c'est nous. C'est nous et il le restera longtemps. Mille et visage flottent au fond de nos pupilles comme mille et une conversations qui finiront par pourrir en 2005. D'autres viendront. Comme là bas, sur la côte, une plage attend aussi ses vagues et ce qui dérive emberlificoté avec. Mais où est passé le vent en ce qui nous concerne?

Dans le brouillard généralisé, buée des buées, mais où êtes-vous?

Affection quand même. Embrasse ton monde pour la bonne année!.

 lDD

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