Hué.                                                                                                                                                                                      N°370 

Allez ! j’ouvre le bal par cet article : http://www.humanite.fr/Quand-travailler-c-est-obeir-a-la-voix. C’est vrai qu’on aimerait immédiatement les mettre dans pareille situation tout ces mecs cravatés qui décident ce genre d’aliénation. Bande de salauds de la grande distribution (entre autres)!

Il y a deux chroniques de ça je parlais ici de la carte d’abonnement KorriGo -je vous l'accorde, par les temps qui courent il y a fait plus grave. Eh bien, j'insiste et vous en propose la suite. Ce matin la jeune fille assise devant moi n’avait pas badgé sa carte numérique d'abonnement TER au départ. Résultat la jeune contrôleuse s’apprêtait à la verbaliser de 5 € pour la raison qu’elle n’avait pas pointé. La jeune fille assise réagit, la discussion s’engage. Je m'en mêle. Fais observer qu'avec encore en poche ma carte cartonnée d’abonné vieux modèle je n’ai pas à pointer, donc à l'abri de l'amende. La jeune fille assise m’apprend alors que pour le métro de Rennes c’est pire. Car si la carte d’abonnement n’est pas badgée elle est d’office annulée. Or me dit-elle il arrive régulièrement que les bornes de pointage ne fonctionnent pas. Reste alors à aller soi-même prouver après s’être vu retirer l’abonnement, qu’il y a eu dysfonctionnement de la machine. Problème : auprès de qui et où le dire, et combien de temps faut-il passer à ça ? La jeune contrôleuse rejoint alors notre position en renonçant à verbaliser. Puis nous informe que pour l’instant les inspecteurs ou inspectrices sont là, mais que bientôt ils auront disparu des trains, puisqu’il leur a été dit que leurs fonctions allaient être supprimées au profit d’un dispositif de contrôle par l’usager lui-même qui du coup deviendra son propre agent verbaliseur. Obéira-t-il à une voix automatique qui l’interpellera « votre titre de transport s’il-vous-plaît ! » Aujourd’hui les trains ou métro vont sans chauffeurs…bientôt les contrôles iront sans contrôleurs.

Combien de personnes -"petits robots"?-n’ont quotidiennement pour seule relation, comme seul interlocuteur, collègue ou vis-à-vis, qu’un outil informatique (PC ou appareils) froid face à eux ? Trop réel, qui sert de cadre, qui courbe l'espace et le temps autour de lui et sert de réceptacle provisoire, de dispatcher, de transformateur et d'aiguillage à des flux bien concrets qu'il brasse en continu. Contre lequel aucun conflit, aucune fâcherie, aucune sollicitude, aucun recours à la déprime, aucune surprise, aucun sourire ni larme, aucune fatigue ni plaisir, aucune mésentente, aucun ragot, aucune jalousie ni médisance, n’est envisageable ? A ce titre, quand les ouvriers de Continental passe leur colère en démolissant d'un coup de poing ferme un écran d’ordinateur de sous-préfecture (entre autres)–ce qui est qualifié de "violence ! ", l'événement n'est pas anodin. A l’avenir, avec qui partagerons-nous l'essentiel de notre temps d'existence sinon avec un outil informatique quelconque relié à l’inconnu? Et dont l'on redoutera les effets. Bon, le syndicaliste en question a cependant réussi lors d’une incursion au comité d’administration de Continental qui vient de se tenir Allemagne, l'un des derniers coups de force de l'histoire: qualifier le PDG de cette multinationale de « trou du cul ! » Bien vu ! mais cette époque se termine.

Déshumanisation. Elle s’étend à tout en allant bon train. S’appuyant sur l’alibi « rationalisation/sécurisation/pas de temps à perdre!» Restera à concevoir l’endroit du défoulement. Afin de contenir la mayonnaise qui monte.

D’ailleurs, il n'y a pas un instant à perdre ! mais que fait donc la police ? A quand la loi pour l'interdiction de siffler le président de la république après qu'il soit interdit de siffler la marseillaise? Un collègue qui assistait au match de foot Bordeaux-Vannes au stade de France samedi dernier me dit que le public s'est mis d'un coup, le stade entier, à huer Sarko quand il est apparu à l'image sur le grand écran. "Et là Vannetais et Bordelais tout le monde était d'accord!"

L'événement-là a dû échapper aux commentateurs, caméras et journalistes: "le président Sarkozy chahuté par le public du Stade de France" lira-t-on. Et pas une bribe au 20 heures. Pourtant mon collègue est formel: "Je n'ai jamais vu ça ! A ce moment-là je parlais avec un copain, comme on n'avait rien vu venir, on s'est vraiment demandé ce qu'il se passait! je pense que ça en dit long sur l'état de l'opinion!" Déjà, lors de la finale de rugby lors du match de l'équipe de France contre le Pays de Galles, Sarkozy avait été copieusement sifflé au Stade de France par les 80 000 spectateurs lorsque son visage est apparu sur les deux écrans géants. Des sifflets pas de hola!

A quand "Président trou du cul !" chanté en foule pour se défouler un peu?                                                                                                                                      

           D.D

 

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