Baluchon.                                                                         N° 213

« Résistance, le servage revient » tel est l'énoncé d'une inscription sur carton brandie hier par un anti-cpe. A sa lecture il m'est immédiatement venu à l'esprit ce geste de ma grand-mère.

Peu avant de décéder, elle avait alors 96 ans, alors qu'elle déraisonnait, il lui revenait ces gestes appris dans sa jeunesse: plier ses mouchoirs à carreaux, son tablier, préparer son baluchon. Parfaitement préparé, bien carré. Bel ouvrage. Soit donc 87 ans plus tard après qu'elle fut placée comme domestique, à ses 9 ans. A 9 ans, servante! Placée ainsi chez un couple de boulangers distants d'une bonne cinquantaine de kilomètres de chemins de cailloux taillés dans les champs, si loin chez sa mère et son père.

Quelle déchirure, quelle rupture pour la gamine Marie. Comment oublier pareil traumatisme? Comment parvenir à endiguer définitivement un tel souvenir dans le recoin de son crâne?

A la voir ainsi faire son baluchon délicatement, la paume retrouvant parfaitement ses gestes de jeunesse, émus et un peu moqueurs, nous lui demandions où elle comptait se rendre ainsi: "Je retourne chez ma mère!" nous répondait-elle. Brève a été la jeunesse, brève la vie.

Comment parler décemment de l'actualité sans être trop naïf: l'humanité voudrait faire machine arrière qu'elle ne s'y emploierait pas autrement. Rien n'a changé et rien n'est pareil. Je suis heureux que cette scène archaïque me revienne à l'esprit, ému même par son évocation. Le siècle passé ici en France regorge d'histoires comme celle-ci, et ces scènes demeurent intactes aux quatre coins du monde, aux quatre coins de disette...

« Résistance, le servage revient »!

                                                                                                                                                                                                                               D.D

 Chroniques

...