Dans un monde qui s’écroule de partout , où même répertorier les ruines industrielles est périlleux, le bonheur est de conduire son œuvre, sans prétendre avoir raison. En progressant, doutant, zigzaguant, en reculant selon les vississitudes. Zygomatiquement toujours à la croisée des chemins, en vagabondant immobile. Vague à l’âme en bandonéon quand la mer nous gagne au dedans du corps. Bref quand on poursuit son aspiration à la réalisation de son projet humain, c'est pas du tout cuit pour qui se veut capable de se modifier en modifiant son milieu, et craint comme la peste, le refoulement émotionnel. Créer c'est bien !

 

Bien sûr, on n’est pas tous Tonton Archimède (293 avant JC). Bon exemple, prenons Archimède. On lui doit l'invention du levier ("Donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde!"), de la vis sans fin (dite vis d'Archimède), des roues dentées, mais aussi de la recherche opérationnelle; avec des machines de son invention, il tint trois ans en échec le consul Marcellus, qui assiégeait sa ville. Fondateur de la mécanique statique, il a notamment déterminé (dans son bain, dit-on, d'où il s'élança dans la rue en criant "j'ai trouvé") la poussée qu'un fluide environnant imprime à un solide (principe d'Archimède).

Application : l’origine du bathyscaphe, pas d'gaffe, c'est en raison de Traité des corps flottants d'Archimède que le premier bathyscaphe, ancêtre du sous-marin, fut baptisé "Archimède"...

C’est qu’on en est fier, pas rien qu’un peu, nous les Français, avec notre bathyscaphe national utilisé dans le plan Polmar 2 et qui regarde sous flotte ce qui dégueule noir du Prestige, en ce moment en station au large de la Galice. C’est qu’on est fier nous les Français de notre technologie de pointe dans le domaine de l’organisation du ramassage des boulettes. Mais c’est grâce à qui ? C’est grâce à lui, à Tonton Archimède. La poussée d’Archimède, fondamental ! 

Une grande partie de notre civilisation technique et industrielle en découle. Et tout çà pour quel remerciement ? Quand Syracuse fut envahie par les légions de Marcellus, Archimède était, selon Plutarque, absorbé dans la contemplation d'une figure qu'il avait tracée sur le sable, et ne s'était aperçu de rien. Et quand un soldat surgit à ses cotés, il lui demande de ne pas abîmer ses cercles, « Putain de dieu ! tu marche sur mes tracés »; le soldat, s'estimant insulté, se jeta sur lui et le tua.

 

Tué par "un gros nigaud de village" (Le canton n'est pas précisé) ! Et en ce qui concerne les tracés piétinés,  ses calculs portaient sur le barycentre . Rien à voir avec les éléphants d'Hannibal, l'inventeur du barbecue, quoique, ils étaient dans le coin, et que les éléphants barrissent...Mais au fait, pourquoi barrit-on?

 

Ce type de personnage, intuitif, tendu vers l’avenir, complètement révolutionnaire, ne donne pas un sens personnel au monde mais c’est le monde qui tend vers lui comme vers son centre. Comme si tout convergeait dans ce qui sera créé. Comme si le monde est un flux. Heureux sera celui qui, attentif, intuitif, imaginatif, le gobera .

 

L’histoire bégaye. Il y a toujours, par cycle, un monde qui s’écroule de partout , où même répertorier les ruines est délicat,  des légions de Marcellus qui se jettent sur ceux qui rêvent. Dans le même temps, d’autres « ceux-qui-rêvent », capables de se modifier en modifiant leur milieu, s’entêtent dans une œuvre : un monde . Un monde nouveau .

 

"Donnez-moi un point d'appui et je soulèverai le monde !", le tout est de dépasser la sensation de faiblesse qui dissout le corps et l’esprit. Et pour se faire, aucun moyen n’est trop délicat ni trop vulgaire. Penser politiquement en musique. Entendre de tous ses sens les métamorphoses du monde.

 

L’élan est là. C’est sûr, c’est là. Un peu. Dans la jeunesse qui, quelque soit son âge, ne céde pas à l'impossible.

 

Créer des œuvres, de nouvelles conditions de vie, éprouver et expérimenter quelque chose, développer une miriade d'expériences, foncer dans la musique concrète, épaissir la réalité, lier et relier des expériences, des ripostes poétiques, des initiatives multiples, petites, minuscules, toutes petites, si apparemment ridicules, si microscopiques, si mini-mini qu'on en rigole, et au final c’est balèze, vachement optimiste, du neuf, tout compte fait quand, dans un monde dominé par l’impuissance et le coup de manivelle, ce sentiment d’incapacité à influer sur son devenir tend à ce que l’homme ne s’accepte plus lui-même.

 

A Archimède, le bathyscaphe; à Hannibal, le barbecul, vive la création !

 

Je viens de recevoir ce livre de Bertrand Russel, philosophe, "La conquête du bonheur". Le titre du bouquin  est symbolisé par tout un système de roues et d'engrenages qui moulinent je ne sais quoi...Donc, Archimède le mathématicien, pas loin...

 

Faut savoir qu'Archimède sortait de chez lui tout nu dans la rue, en criant « Euréka ! Euréka ! ». C'est pas aussi l'bonheur çà ?

 

"Résister c'est créer" , affirmait le philosophe Gilles Deleuze.

La formule va aussi comme un gant à José Bové qui vient de savoir aujourd'hui qu'il retourne pour 14 mois en prison.

 

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