E Erasme a noté, dans un livre "L'Eloge de la folie", qu'il est de certaines bêtises sans lesquelles l'homme ne verrait même jamais le jour ! J'ai commencé par en faire sur moi l'expérience. Je préfère donc avouer d'emblée ma faiblesse devant ce problème: c'est que j'ignore ce qu'elle est. Je n'ai pas découvert de théorie de la bêtise à l'aide de laquelle nous pourrions entreprendre de sauver le monde. Peut-être cela tient-il à mon manque d'information: "Qu'est-ce que la bêtise ?" ne fait l'objet d'aucune émission, d'aucun reportage, d'aucune enquête. La bêtise endort la confiance, elle désarme. Quelques vieux adages nous en donnent une idée: "Vanité et bêtise poussent sur la même tige" ou"Qui se loue s'emboue" . Il y en a plein d'autres. Bref, la pratique de la bêtise est largement partagée. Etre bête, ou du moins être traité comme tel, veut dire souvent être incapable. Pourquoi donc employer un mot qui renvoie à l'animal, qui, lui, n'évoque pourtant pas la bêtise ? Dans la vie de tous les jours, on entend généralement par un homme bête quelqu'un "d'un peu faible de la tête". Bien sûr, il y a plusieurs genres: bêtise occasionnelle ou fonctionnelle et bêtise constante ou constitutionnelle, erreur et inintelligence, épaisseur et finesse. La meilleure arme contre la bêtise: la modestie. Autre façon d'y échapper: "Abstiens-toi de juger et de trancher chaque fois que tu manques d'informations". Tous les thèmes de l'absurde et de la bêtise s'empilent en moi, car ce soir, je connais une assemblée d'élus locaux dits de pays, labellisés de terroir qui a du faire un saut mémorable pour s'affranchir d'une de leurs décisions récentes qui transpire de bassesse et de veulerie. Est-ce que de l'état d'esprit où l'on se tient en pareil cas, en décidant de n'envisager plus les conséquences de ses actes, l'on ne risque pas de glisser insensiblement bientôt à celui où l'on ne tient compte d'aucun futur, même immédiat, où l'on ne tente plus rien, où l'on se laisse aller ? Et si encore c'était soi qu'on laissait aller, mais ce sont les autres, toute cette majorité à l'intérieur de vous qui vous fait ressembler aux autres qu'on laisse aller en pareil cas. Ainsi cette Assemblée de communauté de communes a dû être amenée à opter pour un vote à l'envers de ce qu'elle avait voté en juin, soit ainsi se dédire, se contre-dire, virer de bord, au risque pour ces élus, les mêmes qu'en juin ! , de passer publiquement pour des cons, des sots, des idiots, des demeurés; ou pire encore, à opter pour "plus bête que moi, tu meurs ! ", à savoir de confirmer son choix de ne tenir compte d'aucun futur et de se laisser aller. Coliques...Je sentais déjà chez certains une pointe d'amertume ici, là, vous voyez, au centre en haut du ventre. Qu'importe ce soir que se tordent les bras bas de poil, les doigts, les mandibules, ou autres appendices, pourvu que la colique ne gagnait pas l'assemblée ! Qu'aux efforts de la colique, que nos élus ont gardé tête haute. Car le spectacle qui a été donné a été celui de la bêtise. Mais je l'espère, de la bêtise honorablement corrigée pour certains, avec dignité et ...retenue, par des élus qui se sont reconnus collectivement bêtes. Mea-culpa. C'est quand même beaucoup plus humain ainsi. Ce qui se manifestait là publiquement n'a été rien d'autre qu'un trouble de l'équilibre . Mais est-ce encore de la bêtise, cela a t-il encore le moindre rapport avec elle. ? Par contre, d'autres ont carrément confirmé leur vote, sans pour cela émettre un quelconque argument pertinent . Opter pour la confirmation signifie que la sottise et dérèglement de sens n'est pas chose guérissable. Si ce n'est qu'à mon sens, Montaigne pas bête, a encore raison quand il écrivait presque simultanément à la Saint Barthélemy de 1572 : "Il faut regarder non seulement ce que chacun dit, mais aussi ce que chacun pense, et même pour quelle raison il le pense" . Ainsi j'ai vu 4 médecins de professions libérales et d'idées réactionnaires, qui ont mené le bal de la démolition et de la mauvaise foi, jouant de la bêtise avec grande intelligence comme maniant plus ou moins bien l'alibi du projet d'intérêt communautaire dont ils se foutent pas mal, mais animés de l'intention non avouée d'en découdre avec leurs opposants directs, ces élus d'hier devenus citoyens spectateurs d'aujourd'hui, ces "intellos-fonctionnaires" d'idées progressistes qui n'en finissent pas de hanter leur pré carré depuis près d'une décennie. Comme durant le siècle passé et même probablement de tout temps, ces deux mouvements se sont affrontés. Dans la France d'en bas, de la bêtise, les puissantes forces réactionnaires savent en jouer comme d'un vieil instrument traditionnel qui endort la confiance, qui désarme.
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