A la 200ème, musiques
et danses! Pour la 200 ème Chronique, chambard, musiques et danses! A l'heure où le téléchargement libre ou payant de la musique sur internet passe pour une question nationale, libre est ici la musique que nous diffusons à partir de ce site, après s'être acquitté des droits d'auteur auprès de la SACEM et de la SPRE. Qu'est-ce que la zizique à télécharger d'abord? Toute musique se définit par un rythme, par un cycle qui revient. Dans le rock le plus souvent, dans toutes les musiques commerciales, la mesure la plus répandue est en 4-4, soit découpée en 2 ou en 4 temps, c'est ce que l'on appelle le binaire. Le son binaire. Et ce son inonde nos cerveaux. Binaire. Ce son arrête à 4 "Pourquoi 4? ah! oui, pour être binaire!", alors qu'il pourrait être choisi de l'arrêter à 5 ou 7 temps comme les musiques traditionnelles selon les danses, les pas de danse. Selon qui danse. Le ternaire c'est le 3 temps, un rythme à 3 temps qui reste abordable à l'oreille commune: la valse par exemple est à 3 temps. Et non à mille temps, comme la valse qui aurait mis le temps...(cf Jacques B.) Ou encore des rythmes africains traditionnels, un peu de rock parfois, sont aussi à 3 temps. La musique bretonne, comme la musique tzigane et toute autre musique traditionnelle du monde, est une sensible combinaison de rythmes qui selon les danses varient, se démultiplient pour apparaître de nos jours incompréhensible, classée de suite parmi les musiques intellos. Alors que les danseurs d'autrefois d'ici ne savaient à peine lire, pas mieux que chez les tziganes, pas moins que chez les peuplades du désert, des glaces, des steppes ou des forêts sombres, cela a constitué un patrimoine populaire pour la danse et la fête, pas pour la prise de tête. Ethnique dit le catalogue du marchand. Entendre ces chants mélodieux ou diphoniques, ces vocalises mystérieuses qui sortent d'on-ne-sait quels fonds de gorges qui résonnent comme des cavernes. Ou cette musique mongolienne, étrange avec les chants guturaux appelés "khôômij", combinés avec les chants harmoniques et les basses. Ou accompagnant les guitares andalouses, ces autres chants incantatoires pour danses flamenco sur planchers martelés du talon. Et passent de la voix déformée à la voix claire mais grave, ces sons vocaux rauques, très graves, bien puissants et rarement mélodiques. Car à bien des aspects comparable aux langues, la musique et ses danses, ses voix et ses chants, pointent et véhiculent une vision du monde, le flux de la vie et de ses émotions. Quelles vitalités! Et d'une manière ou d'une autre cela a participé à une constitution mentale et symbolique. Catalogué élitiste et intellectuel, devenu indécryptable et impossible à qualifier, à classifier si ce n'est en world-music pour le consommateur fnac-virginisé, par la variété et l'étendue des rythmes, des temps, des mesures, aujourd'hui ce patrimoine rythmique et lyrique ancestral aux variations subtiles est balayé dans tous les coins du monde au profit d'un rythme binaire, identique à la musique militaire des colonies. Diffusé au rouleau-compresseur, un rythme mondial abondant hégémonique pour faire marcher les gens du même pas binaire, le pas marchand de l'Occident bat la mesure dans son désir de pillage et de conquête. Décrire cet assujettissement c'est décrire une forme de prison mentale. Celle d'un enfermement surveillé et productif de l'Ordre Temporel global où nous vivons. Et qui bat la mesure de ce temps libre désincarné et vide de cet esclavage social, avec l'absence de toute vergogne de ceux qui comme Patrick Le Lay, le Président de TF1, parlent du "temps de cerveau disponible" des téléspectateurs/ consommateurs comme s'il s'agissait d'une marchandise comme une autre? Ainsi, de la disparition de l'art populaire, laissant place, pour l'immense majorité, à une sensibilité esthétique entièrement nivelée -anesthésiée- par le marketing, qui manipule le sensible, et par la télévision, il en découle une misère symbolique. Car il existe un rapport bien réel entre les oreilles et les orteils, comme le nez, le palais et les papilles, les oeuvres et les organisations sociales. Parce qu'il se produit là aussi par la musique un type de lien social -la fête des oreilles, la danse des orteils - qui produit des critères de symbolisation. Je ne sais pas si la musique techno des raveurs avec cette sono qui procure au corps des secousses et sensations particulières, resymbolise les choses, recrée une nouvelle représentation communautaire, identitaire, etc...Mais les chants d'oiseau non plus, on ne sait pas les décrypter...Ce sont des stimulis qui appellent une réponse: de fuite, ou d'attirance sexuelle, de bouffe etc...toujours liée au corps physique. Donc les musiques, pas les binaires, les autres, les "primitives", les ritournelles peut-être..."toujours très liées à la danse", donc en appel aussi d'une réaction, d'une réponse physique rapprochement/séduction ou menace/éviction, je ne sais pas... Il me revient que Deleuze parle souvent d'Olivier Messiaen -dont on diffuse la musique sur Univers fm- et je sais que Messiaen écoutait beaucoup de chants d'oiseaux, partait en forêt, essayait de décrypter justement ces lignes mélodiques des oiseaux...-la femme de Messiaen, s'appelait Yvonne Loriod, c'est la preuve!. Alors la musique binaire, pas un progrès non, mais une autre chose qui s'éloigne des principes strictement vitaux (se déplacer, manger, se reproduire, danser donc). Le rythme du coeur de la mère est binaire. Il n'y a pas que les marches militaires...Mais je connais rien à la zizique (z'ai pas été initié!). A l'heure où le débat national relatif au téléchargement libre ou payant, de la musique sur internet, passe donc en France pour une question mondiale, l'occasion est donnée de citer Claude Lévi-Strauss, homme considérable, penseur universellement respecté, bon pied bon oeil à 96 ans, devenu ethnologue sur le terrain de certaines tribus au Brésil, notamment les Bororos dont les perroquets araras sont le totem. Alors qu'il déclare ne plus rien comprendre du monde tel qu'il est, le sien celui qu'il a aimé comptait 2.5 milliards d'hommes, celui d'aujourd'hui 6 milliards, avant de passer à 9, et qu'il s'interdit d'émettre toute prédiction quant à l'avenir, répond ainsi en février 2005 à cette question : "-Vous êtes mélomane (...). Dans Le Cru et le Cuit, le premier des quatre volumes de Mythologiques, vous commencez par le récit d'un mythe bororo que vous avez appelé "air du dénicheur d'oiseaux". Avez-vous analysé leur musique? -Non, je ne suis pas un ethnomusicologue; je n'ai pu étudié leurs chants. Quelquefois ils m'ont frappé, parfois ils m'ont ému. D'ailleurs une de mes premières émotions a été les cérémonies qui se déroulaient quand je suis arrivé chez les Bororo (en 1935). Ils accompagnaient leurs chants avec des hochets qu'ils manipulaient avec autant de virtuosité qu'un grand chef d'orchestre sa baguette. Il se trouve qu'il y a quelques mois j'ai eu la visite de deux Indiens Bororo en compagnie de chercheurs de l'université de Camp Grande du Mato Grosso, la plus proche de leur territoire, et où eux-mêmes enseignent. Ils ont voulu pour moi, dans mon bureau du Collège de France, de leur propre initiative, chanter et danser. Eh bien là, c'est précisément l'un des paradoxes dans lesquels nous vivons: ces collègues bororo conservaient dans toute leur fraîcheur et toute leur authenticité des chants et une musique que j'avais entendus soixante-dix ans auparavant. C'était très émouvant. La musique populaire brésilienne de mon temps était extrêmement savoureuse elle aussi." (Loin du Brésil- Editions Chandeigne) D.D |
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