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Conflit. N°297 Nargué par un policier en civil le chauffeur est resté de pierre face à l'injure. Mais ce fut juste souffle-t-il. Bien que sali, pas dupe il n'est pas tombé dans le panneau de la provoc organisée: la "sécurisation". Je vous raconte l'histoire, que l'on vient l'un l'autre de se rappeler ce midi à table. Colère sociale. Lors du conflit des retraites du printemps 2003, en assemblée générale il fut voté très tôt, à l'embauche, une opération escargot sur la rocade de Rennes, avec comme objectif trop vite perçu par les autorités d'aller protester au nez et à la barbe de la préfète de Région et de la chatouiller d'un juste courroux. En lui donnant une formulation claire et maniable, l'expression du coup de gueule matinal prendra la forme d'un convoi de véhicules et d'engins de travaux publics roulant à très faible allure sur la file de droite de la "deux fois deux voies" qui ceinture la ville. Banal. Arrivée à mi-trajet, l'un des chauffeurs septique quant à l'effet produit sur le trafic, porté par un élan instinctif prend l'initiative imprévisible de se poster à la hauteur de son camarade sur la seconde voie. Avec pour effet immédiat le ralentissement sec du trafic. Le convoi roule très lentement ce qui provoque à l'arrière un bouchon d'une vingtaine de kilomètres. La télé en quête d'images fortes et de nouvelles excitantes sur les conflits sociaux est avertie par on ne sait qui -les télés passeront les mêmes images en survol dans leurs éditions nationales "13 heures" et "19-20". Il y a plus. Car à leur sortie de la rocade, arrivés Boulevard Tillon, en direction de la préfecture, les véhicules des collègues occupent alors seulement le flanc droit, reprenant leur opération escargot de protestation délibérée collectivement. Banal. Mais à la logique rigoureuse et claire en terme de sécurité, les CRS anticipant le fait qu'ils allaient foncer droit sur la préfète, voire la charger avec leurs gros engins à roues une fois rendus sur le champ de bataille, décident qu'il leur était crucial d'immobiliser le convoi en disposant leurs fourgons bleu-engrillagés en travers du boulevard, en ligne de front, afin de bloquer efficacement son avancée. Et comme deux fois deux font quatre causant d'office par eux-mêmes sans préalable ni sommation, pour hâter l'effet et le monter en puissance, un second bouchon non-prévu d'automobilistes non-prévenus. Bref, un supplément aggravant, l'escalade de l'insécurité en quelque sorte. Ce n'est pas fini. Notre arrogant directeur régional de l'administration d'alors, idéologiquement marqué pour nous faire la peau, paniqué à l'idée d'être pris en otage seul dans son bocal situé proche de la préfecture car s'estimant visé et sans protection policière alors que le quartier entier était quadrillé, a vite couru rejoindre la préfète protectrice. Et ainsi à l'abri en son donjon pu suivre en live les événements jusqu'au jugement par comparution immédiate qui devait selon ces deux sarkosystes déclarés -qui depuis ont gagné quelques pompons- tomber d'une heure à l'autre. Il est vrai que c'était lui que les manifestants venaient calmement rencontrer. Loin des manifs habituelles mal-ficelées et sans saveur, énervé un chef des robocops, le sabre au clair, interpelle un chauffeur à l'égard duquel il exige son permis de conduire. Injures? il reste de pierre. Mais ce fut juste. Solidaires, les camarades de ce dernier réagissent au quart de tour et sans reste se mettent tous à descendre des cabines en les fermant à clé. Puis tranquillement s'en vont à pied regagner leurs pénates de besogneux la clé en poche, laissant sur place tout ce avec quoi ils sont venus là où ils furent stoppés. Menacent même de jeter ces clés dans les buissons en cas de poursuites. L'acte malin fait mouche et laisse coi, ébêtées les forces de l'ordre et la Préfète qui pince les lèvres (pas d'images filmées) bien incapables de se dépêtrer de la présence inerte de ces poids lourds sans clés et sans pilotes (compacteurs, porte-char et niveleuse). Inéliminables. Résultat: bouchon considérable à l'entrée de la ville. Le temps passe. Et de bien belles images télévisées d'un conflit vraiment spectaculaire qui témoigne d'actions dites "radicales parfaitement organisées". Des négociations sont alors engagées par la préfète pour que les chauffeurs reviennent rechercher ces engins et débarrassent dare-dare la chaussée encombrée. Finalement personne n'a été inquiété, mais ce fut juste. D.D |
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