Dans les bois.                                                                         N°225

En reprenant cette petite phrase d'un des auteurs que publie Louis Dubost aux Editions "Le Dé Bleu" qui tiendra un stand ce week end prochain à la foire de la Poésie de Rochefort-sur-Layon, en pays de vignobles :

"J'ai mangé ce que je voulais dire

ça va me revenir"

comme les sardines qui "remontent"! Petite odeur de friture...au risque d'indigestion, du coup en attendant que cela me revienne à mon tour, portons ensemble nos lèvres sur la coupe du monde. Objectif? boire la coupe jusqu'à la lie...

J'y vais ainsi de mon commentaire, comme tout le monde. Avec mes fiches techniques dûment renseignées à l'aide de résultats datant de moins de trois décennies. Notez le sérieux...

Le regard sur le foot  d'un oeil et d'une oreille distraits, et les paupières lourdes en suivant approximativement le jeu, a provoqué chez moi quelques rappels, ou remontées, ou renvois, d'une part cachée du gardien de but que j'ai été durant quelques saisons, évoluant en promotion d'honneur et en première division de district: seul le jeu merveilleux de certains gardiens de but m'intéresse.. Le style, le geste, la détente, la vista...

Seuls les grands gardiens des pays de l'Est m'ont ébloui. Fins, longilignes, très forts sur leur ligne, discrets, calmes, réservés sans s'effacer, apparemment un peu en marge des passions, tournés vers l'intériorité, des joueurs sans tambours ni trompettes dont on ne parle pas. Pas le genre de type goal armoire à glace, car en comparaison combien de gros lourdingues et arrogants de surcroît qui se mêlent de tout en croyant savoir jouer balle au pied comme un libéro, et combien de bavards qui conspuent leurs partenaires haletants quand une balle, par chance, vient les mettent en valeur sous les applaudissements des gradins des virages.

Plus attentif aux gestes des goals, dès le début du match qualifié par la presse d'insipides "120' soporifiques" entre la Suisse et l'Ukraine, le plaisir d'assister à quelques plongeons décisifs, à quelques envols, m'est revenu comme un ballon mal dégagé qui autrefois me revenait aussi sec dans les gants...de laine qui bloquaient mal. La séance de tirs aux buts m'a donc enchanté quand le gardien ukrainien Chovkovsky qualifia son équipe pour les quarts de finale, après deux heures de lutte rugueuse, âpre et acharnée, mais "insipide"comme le dit la presse.

Sur les pelouses grasses, sèches, voire gelées, je m'étais, jeune alors, beaucoup identifié à ces beaux gardiens russes qui plaisaient autant à mon père que ces autres héros des airs soviétiques qu'étaient alors Lev Yachine, Youri Gagarine, et Valéri Brumel, le recordman du monde du saut en hauteur. Ces gardiens volants avec de large casquette, habillés de noir, pour modèles, je me suis ainsi quelque fois aussi retrouvé au centre de la cage face à des tireurs de pénalties. En arrêtant des tirs plus qu'à l'ordinaire. Curieux moment pour les joueurs que ce face à face, presque les yeux dans les yeux.

Se tenir sur sa ligne, savoir décoder l'autre, sa course d'élan, son regard, l'ouverture du pied à la frappe, anticiper le geste d'une poussière de fragments de secondes. Normalement, considérant la vitesse de la balle une fois frappée le goal n'a aucune chance, mais rien n'est normal à ce moment là, à voir ces grands footeux qui se déballonnent avec des tirs à s'évanouir dans le néant.

Mon apport conceptuel pouvant être essentiel à notre intelligence du monde...hum! suivez-moi dans le merveilleux. Le gardien de but reste un mec à l'écart. L'on parle de la solitude du gardien de but. Sauf Barthez d'accord. A l'écart mais garant de l'intégrité, demeurant concentré, nullement contemplatif. Physiquement c'est un corps atypique, une plasticité, une détente, un mouvement, un style. Mais dans la tête c'est un style de vie et un mode d'être, non pas une énergie qui s'écoule par transpiration, un organisme à chaussettes qui se déshydrate en courant, mais une sagesse vécue, une manière de vivre selon la raison. Pas la tête dans l'gazon!

Ce poste dans l'épreuve inspire la circonspection dans l'action, la prudence, l'attention à soi même. Le sang froid. Une carrière "dans les bois" c'est une vie d'athlète vouée totalement à une ascèse et à une méditation sans somnolence qui attend de voir.

Méditation sur soi, les autres, les spectateurs, la balle qui arrive si vite, le vent qui complique les trajectoires, le soleil qui éblouit, les rebonds au sol, la course très rapide de tel ou tel attaquant de pointe, l'appréhension à sortir dans ses pieds juste à temps, le souhait de vouloir pousser ses partenaires en dégageant au plus loin un ballon qui s'alourdit toujours un peu plus quand l'équipe est menée au score, ou bien quand le vent souffle à décorner l'arbitre, l'angoisse de la toile causée par un ballon qui rebondit là ou on ne l'attend pas, celle d'aller chercher trop souvent le projectile gonflé au désenchantement dans des filets ternis par la défaite, ou celle des marées d'assauts qui secouent le portillon.

Faire peu de cas de nos jours pour ce plaisir révolu à produire un spectacle volant, car sans droit à l'erreur la responsabilité du dernier rideau est lourde à porter, l'ultime gardien du temple est exempt d'état d'âme, etc...Bref, l'attention du portier est portée sur le présent pour mieux l'anticiper.

En attente de voir...l'objet du désir. Et pour ainsi dire, tout est orienté chez lui vers la partie supérieure de soi: un gardien c'est un mental qui, en confiance, distille la crainte à l'attaquant.

Repousser ce qui menace l'intégrité, penser à l'avance aux événements que les autres joueurs considèrent comme malheureux, ne pas seulement consentir aux événements lorsqu'ils sont arrivés, mais il faut les préparer. Se représenter à l'avance les difficultés, calculer à l'avance les attaques, qui arrivent sans qu'on le veuille, prévoir l'inattendu dans l'événement, ne jamais émousser la perception.

En fait, pratiquer comme exercices le poste de goal c'est enrichissant. Et cela continue à me servir, pour me confier un peu plus. Ainsi je vous glisse ceci à l'oreille: lors d'une des premières réunions de conseil municipal du mandat, notre équipe majoritaire néophyte avait du subir l'affront de l'opposition de se retirer, refusant de siéger, contestant le verdict des urnes ni plus ni moins. Incident de séance. La réunion fut suspendue. Durant cette suspension, ayant du quitter la salle du conseil, notre équipe s'est concertée. Face à cette situation inattendue et grave selon nos conceptions républicaines d'alors, en toute franchise j'avais ressenti là des perceptions identiques à celles que j'avais connu sur les terrains, mêlée, attroupement, tension, les regards qui se croisent, s'interrogent, à savoir celles d'être utile à repousser la menace, à sauver son camp.

 D.D

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-Mais un mel post-parution de chronique vient réparer une injustice: "T’es pas zuste, t’as déjà oublié le grand kossi Agassa l’épervier du Togo ? grand félin élastique".

 

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