Le monde est simple après tout. Avec toutes ces choses intéressantes du beau monde du printemps je ne sais plus où donner de la tête, je pérore et du coup les bras m'en tombent. De Lucrèce: "Navigation, culture des champs, fortifications, lois, armes, routes, vêtements, et tous les autres avantages de ce genre, et aussi les délices de la vie, toutes sans exception, c'est à la fois le besoin, mais aussi l'expérience de l'esprit infatigable progressant pas à pas qui l'ont un peu enseigné. Ainsi chacune de ces choses, c'est le temps qui l'amène au jour et le raisonnement qui l'élève aux rivages de la lumière." Ainsi je me régale de tout. L'autre matin à Rennes où une dame dès 8 h de sa fenêtre du 1er époussetait son tapis à poil (tapis à poil) pile-poil au-dessus de la tête d'une jeune passante qui sortait faire pisser son chien à poil (chien à poil). L'une et l'autre, qui s'ignoraient en regardant dans divers directions toutes investies de préoccupations matinales, ne se sont aperçues de rien. Comme quoi le monde est simple aussi après tout. C'est l'ordinaire qui est admirable! Quelque fois il suffit de très peu de chose pour que la journée soit différente. Puis cet autre matin des beaux jours. D'abord un professionnel de la tonte d'herbe vient de me dire que ce mardi matin tôt, il n'y avait pas eu de rosée. Pas une gouttelette! De cet instant du printemps pétillant quand la vie virulente se ré-invente, quand tout est léché comme sur des estampes chinoises, quand les feuilles-bébés sortent du ventre des branches en piaillant fort, quand ces bestiaux de plumes, perchés sur leurs fameux trois mâts, t'envoient à qui mieux-mieux des Hisse et haut! et cet oeuf sur le plat bien rouge qui frissonne dans le ciel très tôt, ah! j'en ai le goût floral plein les papilles. Et les gens pris dans l'engrenage aussi se laissent pousser les feuilles, ils se cachaient mais je les ai vu, matin tôt après matin tôt, verdir. Puis vu l'asymétrie des encolures peut être sont-ils prêts pour recommencer une autre histoire. Ah! la nature, irréductible à toute loi. Car inconstante, complètement voyez ces changements. Un délice, la résistance. Après la perception, l'action. Encore et encore de l'action. L'action syndicale j'entends. Assurer la mobilisation du contraire. J'en sorts. Il s'agissait d'une réunion d'un comité paritaire local, de direction. On a envahit la salle, en conséquence, le comité en question n'a pu siéger. Voilà, c'est tout. La signification? La manifestation du contraire. Par moment, il n'y a pas à s'envaser dans des discours qui traînassent, bifurquent, se mordent la queue. Plus c'est clair, mieux c'est. Pour que cela y soit bien clair, il est bon que cela soit énigmatique. Comme l'a dit il y a quelque temps Héraclite: "L'opposé coopère." Ainsi en va-t-il des scieurs de bois: "L'un tire, l'autre pousse." De cet opposé menaçant-incitant, et de ce fait contribuant. Il faut agir, résister, exiger. Et on verra ce qui se fera. Aucun ordre n'est à respecter comme tel. En même temps que triomphe, du moins au niveau du discours, une unanimité aseptisée qui emploie les mêmes mots qui signifient qu'on reste entre soi, il n'est que le style qui tranche. Le style, la posture. Et qui exerce le contraire, ou la contrariété ou la contestation, ou la contradiction, en opérant par différenciation-opposition vis-à-vis d'un ordre convenu, attendu. Ce style c'est une tension inventive, indéfinie, d'écartement. Pas avec un esprit de rivalité, mais avec un esprit d'écartement-affrontement. Déshomogénéisant. Par une transformation silencieuse. Donc, durant cette réunion citée pour l'exemple, ce fut de dire à ce président de conseil d'administration que son discours tournera en boucle sans fin sans nous, sans public, sans faire valoir. Donc, sans sens. L'action est un style activant, mobilisant, tel qu'il met sous tension, promeut, innove, intensifie. Pas en radicalité de principe, mais en restaurant un écart dans la pensée, le dissensus des éveillés, contraire au consensus des dormeurs. En procédant à une rupture de plan. En déplaçant tout. Chaque matin l'action toujours. Refuser de se soumettre au destin économico-financier. Désobéir, provoquer en chacun de nous, selon l'expression de Dominique Lecourt, "la désobéissance créative"; ou encore "vouloir", "vouloir tout autre chose. Vouloir aussi sans abris. Sans excès d'illusion. Sans faire de la volonté une idole. En commençant par vouloir limiter l'arrogance inhérente à la volonté". "Qu'est-ce que le monde? disait Alain, c'est des chemins et des carrefours partout." D.D |
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