Drapé. N°263 La canicule a souligné que l'on avait délaissé nos parents, et la révolte des banlieues que l'on ne savait plus s'occuper de nos enfants. Mais comment aurions-nous pu nous attendre que les présidentiables, en pleine sénilité et provocante démesure quand Sarkosy cherche à récupérer les voix des fascistes, se hâtent de monter les couleurs en ressortant les drapeaux de la "der-des-der"? Car par delà le ringard, à voir ressortir ainsi la relique j'ai le sentiment que c'est en tant que linceul qu'ils s'en servent. Pour envelopper la politique dans sa tombe. La politique étant cette façon ancienne de garder le troupeau selon la norme préalablement établie -ce dont on nomme "identité nationale". En témoigne aussi "La Marseillaise"qui est très tendance, ce chant de guerre de l'armée du Rhin qui s'entonne en meute, bref, voici une présidentielle qui sent les tranchées et les colonies... Souhaitons que tout au plus ce drapeau et ce chant guerrier rejoignent ce que Jacques Rancière lit dans notre présent: "Il n'est pas vrai que le monde moderne soit l'univers de la rationalité grise des savants, des administrateurs et des marchands. Il est le monde où tout se mêle, où le décor de la marchandise s'égale à une grotte fantastique, où toute enseigne devient un poème et le chiffre d'un monde vécu, tout prospectus une végétation inconnue, tout déchet le fossile d'un moment de la civilisation, toute ruine le monument d'une société. Le monde moderne est un gigantesque amoncellement de ruines et de populations fossiles sans cesse renouvelées, un vaste tissu de hiéroglyphes à lire sur les murs. La cité antique idéale, où la vie au grand jour lumineux, les attitudes des corps dans les palestres et le drapé des habits s'offraient par avance au ciseau du sculpteur et à la pompe des fêtes, trouve son équivalent inversé dans cet univers où le dedans et le dehors se mélangent, comme le nouveau et l'ancien, les signes de la vie prosaïque et ceux de la poésie. Le chaos de la vie recèle une puissance de langage et de rationalité qui surpasse de loin la vieille logique des actions." (Politique de la littérature) Souhaitons que tout au mieux, puisque la poésie on baigne dedans, parmi le gisement décrit ci-dessus, semblable au moineau qui chaque jour frappe la vitre de mon bureau, il y picore des petits insectes je pense, de la même façon chacun picore des petits brins de poésie; le drapeau comme le chant étant pour certains si l'on croit en leur sincérité, l'un de ceux-ci. A chacun le sien, pour symbole Bové arbore un coquelot rouge "la fleur qui résiste aux pesticides"; pour effigie quant à moi, je m'accorde ce jour celle de ce petit oiseau qui fait toctoc aux carreaux mais qui veut pas qu'on le regarde! D.D |
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