Elections printanières. Dans ma boîte à lettre en début de semaine, une feuille en couleur de papier glacé d'une dame souriante, qui se projette dès janvier, candidate angélique pour les prochaines élections printanières, bientôt. En mars, pour les cantonales. Qui se tiendront avec les régionales. En juin les européennes. Un cycle. La course, le manège, la compétition ouverte s'annonce morne. Attention au mouvement de rotation, les deuxièmes tours peuvent se révéler spectaculaires. Mais comment s'y intéresser? Comment s'y intéresser après en être sorti comme un encombrant déposé en un container. Ce fut mon cas, je cause en connaissance de l'effet du couvercle qui se rabat sur soi. A l'issu d'une défaite, à la cession d'activité (municipale) j'aurai souhaité, et l'ai dit, que l'équipe soit restée unie et fière d'avoir fait ce qu'elle avait fait et bien fait. Pour qu'un jour l'on en reparle avec bonheur. Pour qu'un jour cela redonne envie à des plus jeunes. C'est l'inverse qui s'est réalisé dans ses trois dimensions: le ridicule, la bêtise, la méchanceté. Bref, du libre ravage dérisoire diamétralement à l'opposé de l'activité lucide et intelligente portée collectivement durant 6 ans cousus de moments forts. Cela peut aussi se voir comme un désir compréhensible de se délier de lanières devenues au fil de la tension exercée, insupportables. Alors stupeur! le collectif s'est dissout. Puis nous nous sommes tous fâchés. Nombreux ne pensent pas dans cet ordre tant pis. Sans doute même que chacun, amorphe depuis lors, ou presque, y tient encore à cette équipe, à ce moment dynamique, un jeu d'énergies, durant lequel chacun s'est senti battre des ailes. A l'échelle locale de l'être-là, un an avant à l'unisson de ce qui se passera à l'échelon national...Mais là aussi, enrichi de l'expérience de proximité j'annonçais autour de moi, et dans cette chronique, déjà ce qu'allait connaître Lionel J. Aigri, déçu, vaincu ? Nullement. Aucun regret, aucune nostalgie, aucun espoir. Tout au contraire. Ce qui m'a été amené à vivre s'est révélé formidable, avec de l'action citoyenne à plein, avec chaleur et passion. Et répliques de tac au tac, un jet qui fuse et se lance face au tonitruant ronron des dominateurs de ce monde. Cependant et c'est paradoxal, fermée sur les relations des hommes en localités. Drôle d'ambiance d'abîme au final. J'aime en outre à dire combien le concret réalisé est bien réel et d'utilité publique, bien qu'enfouit dans l'indifférence générale. Des intentions, des intuitions, des convictions, bref de l'en-soi devenu matière et usage quotidien. Mais "l'effacement progressif des événements locaux constitue le plus grand événement contemporain global" écrit Michel Serres. ' J'aime ce qui renaît. Comme cet impensable "point de vue" de Cornélius Castoriadis paru à la une du Monde de samedi, alors que le philosophe est décédé en 97! Le titre "Pensée politique, la rupture grecque". Evidemment cela ne renaît jamais à l'identique, puisque le monde a changé. Mais ce qui fut pensé alors dans la brume devient si vif, si criant, si visible aujourd'hui, qu'il est juste de savoir ré-investir le propos. Selon lui:"...qu'est-ce que la société? Qu'est-ce que son institution? En vue de quoi cette institution? " Cela vaut à tous les échelons. Qu'est-ce que ta collectivité? Qu'est-ce que son institution? En vue de quoi son institution? A ces questions, il en découle un programme politique qui se doit toujours fidèle à cette sagesse grecque: "Ils ne sont esclaves ni sujets d'aucun homme." Seulement aujourd'hui j'émets un bémol de taille à ce qu'annonce Cornélius, car s'il s'institue une institution, par prudence et par avance j'adopte celle de l'écart, de la distance, du non-regard du village sur mon existence. Cela tombe bien, bien heureuse coïncidence, car dans ma localité l'on m'y croit parti. Cela arrange et j'en use. Ce n'est pas demain que je ressortirai du bois. "Que tous sachent actuellement tout de tous et en vivent, voici la ville de rêve et la liberté antique, voilà l'idéal des philosophes modernes depuis Rousseau, celui des médias et des sciences sociales, de la police et de l'administration: sonder, clarifier, informer, faire savoir, montrer, rapporter. Cauchemar terrifiant qu'il suffit d'avoir vécu en de petits villages ou de grosses tribus pour vouloir l'éviter toute sa vie comme le comble de l'asservissement. La liberté commence par l'ignorance où je suis et désire rester sur les activités ou les pensées de mes proches et par l'indifférence relative que j'espère qu'ils nourrissent à l'égard des miennes, par manque d'information." écrit Michel Serres, autre philosophe. Impeccable! Dans son livre "le Contrat naturel", Serres poursuit-il ainsi "La cité antique n'a pas connu la police. Elle n'en avait nul besoin, puisque l'information de chacun pouvait contrôler en temps réel la conduite de tous. Ce citoyen dont la vertu fut célébrée durant toute l'histoire, de Plutarque à la Révolution française, nous paraîtrait, s'il revivait à nos côtés, rien de moins qu'un délateur ou un mouchard continu, insupportable, un rapporteur ou, comme on le dit en anglais, un reporter, courant sans cesse dire à tous tout ce que l'on peut apprendre de chacun. Cette information absolue et totalitaire, régulatrice et dangereuse, appartient désormais en principe au chef de police." Le problème aujourd'hui, c'est que, sous Sarko (comme sous Bush) tout se confond, et l'on revient très largement à ce modèle antique. Comme d'ailleurs justement ce regard inquisiteur des cités de banlieues qui s'abat aujourd'hui sur les jeunes filles issues de l'immigration, et qui, par crainte des insultes, des commérages, des jugements expéditifs définitifs de l'arrière-fond des familles, et des crachats de p'tits frères, les contraint au voile. Et une fois voilée pensent-elles à tort, qu'on ne les fasse plus chier. Est-ce de la tradition, du zèle religieux, du fondamentalisme, de la réappropriation personnelle d'un passé familial ou de racines (cf voir les Bretons!), du ceci- du cela, et du pas ceci-sans cela? un peu de tout entre autres. De la trivialité collective, avec la pression du soupçon, l'intimidation, et la dénonciation, la mise au ban et la répudiation comme condamnation, à coup sûr. L'exemple est d'actualité mais illustre ce qui est vécu dans toute secte...villageoise! "Qu'il y ait de la police, à la bonne heure, il y a quelque chance de liberté" dit Serres. D'accord, mais sans mélange des genres. Or je crains que le noyau dur de ces élections locales ne tourne autour du souhait non-avoué de nos communautés locales en faveur de la propagation des polices municipales et de la fonction officielle d'accusateur (en plus d'espion et d'inquisiteur) accordée à chaque citoyen dans "l'intérêt public". Lire le coup de sang de Robert Badinter. La p'tite dame souriante me parle, sur sa feuille couleur jonquille, de "développement local". Menue cause, ma p'tite dame! D.D |
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