L'on annonce une profusion d'émissions de télé-réalité pour la rentrée. Pour la reprise si vous préférez. Encore que la reprise, autrefois, cela concernait les chaussettes et les bas. Cela concernait la reprise en côte, pour les 2 cv. La reprise d'aujourd'hui signifie la rentrée. La reprise de l'activité...Donc, cela repart de plus belle, au point précis où elle avait cessé. Encore que question reprise de l'activité économique, et de ses sales relations qui l'entoure, puisons dans le spectacle de l'intime. Et compte tenu des audiences et du fric qui en coule, faut s'attendre à pire côté avilissant, côté aliénant, côté fascisant.

Quelqu'un a dit la vérité il y a trente cinq ans, dans un livre intitulé "La société du spectacle". C'est totalement subversif, et parfaitement irréfutable. Guy Debord y détruit avec une vélocité formidable de férocité les sociétés industrialisées. Le monde est effectivement une illusion spectaculaire: 35 ans après la parution du bouquin, les preuves ne cessent de s'accumuler. Ces choses avec lesquelles on nous dit de jouer n'ont aucun rapport avec la vie réelle. C'est du pipeau, des mensonges, des fausses valeurs, un écran de fumée. Nous courons après les images.

"On sait que les gains de temps constamment recherchés par la société moderne -qu'il s'agisse de la vitesse des transports ou de l'usage des potages en sachet-se traduisent positivement pour la population des Etats Unis dans ce fait que la seule contemplation de la télévision l'occupe en moyenne trois et six heures par jour. L'image sociale de la consommation du temps, de son côté, est exclusivement dominée par les moments de loisirs et de vacances, moments représentés à distance et désirables par postulat, comme toute marchandise spectaculaire. Cette marchandise est ici explicitement donnée comme le moment de la vie réelle, dont il s'agit d'attendre le retour cyclique. Mais dans ces moments mêmes assignés à la vie, c'est encore le spectacle qui se donne à voir et à reproduire, en atteignant un degré plus intense" C'est daté de 1967 !

Vu, jugé, exclu, l'individu seul face au groupe, la télé-réalité devient modèle. Modèle social fasciste. Il suffira d'élargir cette pratique pour sélectionner les personnes désirables. La télé-sécurité associée à la traçabilité des cartes bancaires, les mises en banques de données des compagnies bancaires etc..., et aujourd'hui l'acceptation douce et majoritaire du viol de la vie privée, tout est prêt pour des jours "radieux". Et totalitaires.

Debord est implacable: "C'est une société parfaite pour être gouvernée, écrit-il dans un second volume, "Commentaires sur la société du spectacle", paru en 88; et la preuve, c'est que tous ceux qui aspirent à gouverner veulent gouverner celle-là, par les mêmes procédés, et la maintenir presque exactement comme elle est. C'est la première fois dans l'europe contemporaine, qu'aucun parti ou fragment de parti n'essaie plus de seulement prétendre qu'il tenterait de changer quelque chose d'important...On en a fini avec cette inquiétante conception, qui avait dominé durant plus de deux cents ans, selon laquelle une société pouvait être critiquable et transformée, réformée ou révolutionnée. Et cela n'a pas été obtenu par l'apparition d'arguments nouveaux, mais tout simplement parce que les arguments sont devenus inutiles. A ce résultat, on mesurera, plutôt que le bonheur général, la force redoutable des réseaux de la tyrannie."

Les neuf dixièmes de la planète vivent dans la misère matérielle, morale et intellectuelle, et cela serait l'ordre normal des choses ! L'homme est exploité, berné, téléguidé, dominé, la bride lui cinglant les amidales, et il devrait s'en flatter.

 

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