Formes d’écriture. Après avoir vérifié à nos dépends la leçon des fragments héraclitéens: « La foudre gouverne l’univers » (fragment 64), j'ai l'heureux plaisir et la très grande satisfaction de vous informer si besoin est que la radio se remet à la musique tant bien que mal. Par contre si les travaux sont toujours en cours -car tout l'équipement de haut en bas est à changer- obligeant la radio à émettre doucement sans faire beaucoup de bruit, en catimini du maquis, en attendant de retrouver sa forme, la foudre la gouverne toujours. Et à ceux qui chantent "un coup de jus et ça repart!", quand il y a de l'orage dans l'air, je leur répond que ça lui fait une belle jambe à la foudre de savoir que notre matériel est flambant neuf rutilant, elle s'en moque et digresse:"Cet été 2005 marquera le début d'un nouveau cycle!". La musique cela se porte. A sa façon. "Se vêtir, c’est aussi une forme d’écriture. On devient auteur en s’habillant." a dit dans un interview le philosophe Peter Sloterdijk. Se fabriquer un fil musical ça l'est peut être tout autant. Et peut être mieux que de renouveler sa garde-robe, à défaut de jouer soi-même d'instruments à musique dansante, préparer avec soin et sévère sélection les morceaux musicaux que l'on souhaite faire partager aux autres -comme lors de la soirée dansante d'un mariage auquel, invité avec joie, j'ai eu le bonheur de me joindre-, et réussir à y rendre les gens heureux, libres et détendus, c'est être auteur. "La majorité des individus achètent leur parole aux grands magasins. Ils ne vont pas très loin dans leur expérimentation."ajoute Sloterdijk. Pareil kif-kif et tricots de peau en ce qui concerne l'animation des soirées, qui se trouve souvent déléguée à quelques prestataires de service extérieurs, alors que c'est une écriture, son écriture. Avoir le culot de se construire son programme musical bigarré qui fait danser, pour rendre heureux, qui permet le brassage, pour marier les uns aux autres, cela se salue car c'est un geste créatif élégant, épatant et risqué. Bravo les artistes! Avec de temps à autres, quelques questions en voix off: "C'est de qui ces paroles?". Qui organise ce moment collectif comme un bain de musique dans lequel chacun-chacune se trempe à sa guise, y barbotte, y évolue avec style cinétique ou pas, ou par virages et retournements déclenche un tourbillon, ou à grands rires y plonge en éclaboussant, ou y gesticule obstinément jusqu'à l'épuisement, bref en échappant à la voracité du temps, contribue à une intensité commune insoupçonnée. D'un ordinateur, cette programmation musicale sur logiciel qui assure aujourd'hui lui-même les transitions douces, les enchaînements réussis, peut être traversée par des courants multiples, avec leurs renversements et leurs ramifications. Les machines connaissent une évolution sans fin, et entre autres prouesses celles d'offrir quelques bouts de brins d'autonomie supplémentaire, temporelle à saisir sans faute. Ainsi permettent-elles de sauvegarder la maîtrise personnelle de la fête, de créer une situation de fête à sa main, allégée comme on l'entend selon son propre façonnage-maison quand se révèle en soi quelque chose qui touche. Et même qu'à l'"Antisocial, antisocial...tu perds ton sang froid..." cela va dans la salle jusqu'à prendre tournure de manifeste! A l'inverse, il se pratique l’intoxication volontaire qui est celui de l'abandon de soi au profit d'une irruption de produits pré-fabriqués de consommation d'animation, ou "de l’abêtissement quotidien de l’homme par le divertissement désinhibant que sont les médias" (Sloterdijk). Invité récemment à un autre repas de mariage, m'y tenant-au-dehors j'ai pu amplement assister jusqu'aux baillements à la ruine d'une animation assurée par un couple étroit et quelconque de quinquagénaires semi-professionnels adeptes sans le savoir de la technique de domination essentielle et routinière qui nous est restée en mémoire grâce à la formule "du pain et des jeux". Poussée par ces fossoyeurs du plaisir, pénibles dans l'éloquence, à rejouer en groupe sa propre aliénation quotidienne, l'assemblée fût invitée à reconnaître la série télévisée qui correspondait à la musique diffusée, et le gagnant eut droit à une ovation! "Mais que fait la télé?". Ce qui signifie, même dans la fête -qui s'est désintégrée du coup- exister comme objet et non comme auteur. Heureusement, les plus jeunes abrégèrent un temps la prestation d'animation rémunérée en improvisant avec déguisements des parodies fraîches, des allégories insolentes, pleines d'humour et d'ironies. Ne pas se désaisir lors de ses moments forts, dans ces événements marquants, de son propre désir de mener le bal à son propre tempo, c'est un choix, c'est un acte, c'est un manifeste, c'est un aiguillon, c'est un signe, une écriture! PS: Fidèles à cette chronique comme à nos sites, vous n'avez pu rater nos reportages sur Madagascar. A ce propos, il me semble bon de relever que lors de sa visite au président malgache à Antananarivo, Chirac a vivement dénoncé "le caractère inacceptable des répressions engendrées par les systèmes coloniaux." D.D |
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