Fantôme.                                                                               N° 277

Et je fais irruption à l'improviste après une semaine d'absence webique, alors qu'on me croyait peut être en vacances, ou bien mort. La chronique qui aura tant attendu qu'on la passe en ligne c'est celle-ci. Bien reprenons. Je vais bien, ne vous en faites pas. Très bien, merci. Où en étions-nous? Oui, mauvais temps pour mon PC qui a eu à faire front avec son épée dans l'eau à l'attaque d'un virus, un vicelard éructant puissamment armé qui s'est infiltré pense-t-on par les petits trous d'une clé USB. Conséquence: le grand silence, avec l'impression personnelle de s'être fait volé mon vélo, c'est pourquoi cette chronique ultra-sensible est restée muette. Big aventure!

On m'a cru mort encore une fois. Car déjà cette observation m'a été faite il y a peu alors que je mangeais paisiblement une grillade sur une longue table de bois dressée au centre de Cuguen à l'occasion de leur première fête de la musique. Observation ou reproche qui signifiait dans la tête de celui qui me l'adressait que j'avais quelque peu déserté le terrain local, laissant du coup champ libre aux spéculations féroces au mieux, à l'indifférence sans doute, situation qui arrange pour le mieux comme pour le pire les combinards de campagne.

Le regard de l'auteur de cette formule "On te croyait mort!" est si innocent qu'il m'amène toutefois à ajuster mes lunettes. Ainsi suis-je disparu. Observons l'événement. Mort un peu comme si celui que j'étais autrefois n'est plus de ce monde. Ou bien de son monde. A un point tel que ce personnage en question -ce que j'étais-compte tellement pour du beurre, pour des clopinettes de nos jours qu'il n'est pas celui à qui il se dit en attendant son retour "Je te croyais parti, que deviens-tu?". Bien sûr s'entendre dire de son vivant: "Je te croyais mort!" galvanise son quotidien à condition que celui-ci ne soit pas autant pluvieux en juillet qu'en juin. Sinon ça aplati tout net comme une sacoche vide. Bref, le fantôme est vivant!

N'empêche que cela dépouille par ailleurs c'est l'avantage l'auteur de la formule de toute ambiguïté. Est-ce révélateur à l'entendre sur le fait que je ne serai plus si socialisé que ça? Car sinon aurait-il pu dire encore "On t'a perdu de vue!" question d'adoucir la perte, de faire apparaître un manque, donc du coup une bonne nouvelle, celle des retrouvailles. Au fond, nous ne sommes pas grand chose. Avantage: tout paraît plus léger.

Mais ici par bonheur face à un silence des signes, cette fois-ci signes sur l'écran d'ordinateur, avec nos titanesques archives de chroniques pour esthètes du kitsch vous aviez quand même de quoi patienter durant ces sept soirées pluvieuses, et rabougries comme dans un pot en plastique dans un jardin anglais. Reste pour les autres le tricot au cas où, pour occuper sa chair teint aspirine.

                                                                                                                                                                                                                            D.D

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