- Dernière mise à jour 28 fevrier 2009 -
 


 

   

« Mitigé ». N°387.

Un nouveau mot, dans l’air du temps : mitigé…Comment définir l’été ? eh bien, mitigé ! Au retour de congés, c’est le mot « mitigé » du genre entendu à la télé, qui file de l’un à l’autre et rebondit au mur pour décrire l’été. Donc, parlotes et papotages qui, de partout, nous tombent dessus, ou du moins c’est le cas autour de moi, dans une ambiance vaguement désabusée. "Tu as eu du beau temps? Oh! mitigé!"

Oui, autrefois on ramenait de ses vacances des coquillages, des bouts d’écorce ou des cailloux du Tage, de L’Ebre, de la latérite, un œillet rouge…là, les collègues ont ramené « mitigé ». Soit. Mitigé, tiède, mélangé…une histoire de robinet quoi !

Ainsi m’apprend-on : "si on cherche l’origine latine de ce mot on trouve MITIGATIONEM, MITIGARE…Et si on cherche un peu plus : Mitigationem, mitigation : « Mitigation (d'origine latine: mitigare), signifie atténuation en matière de prévention de risques majeurs naturels . Il s'agit donc d'atténuer les dommages sur les enjeux pour les rendre plus supportables par la société.

Pour cela il est nécessaire de développer une politique de prévention qui vise à réduire d'une part la vulnérabilité des enjeux et d'autre part l'intensité de certains aléas tels que les  inondations, les avalanches, aléas liés à des phénomènes climatiques et géologiques. La mitigation des risques naturels est une composante du développement durable : on investit aujourd'hui en prévision de phénomènes qui auront lieu demain.

Ce concept implique :

  • La définition de règles et de contrôles de maîtrise d’ouvrage.

  • Le développement d'un savoir adaptés aux besoins locaux.

  • L'institution d'aides et de financements .

  • L'information de tous les publics de l'intérêt de cette approche alternative.

La mitigation est une véritable stratégie de développement durable » (Wikipédia)

Eh oui, l'utilisation courante de ce mot amène vraiment à se croire manipulé à un point qui dépasse l’entendement. Puisqu'à l'écoute du bulletin météo peut s'y déceler de forts soupçons de propagande. Enfin, presque. Etonnant, en tout cas, cet « air du temps ! » où se niche l’idéologie pour ces temps nouveaux d’une si dépaysante douceur.

Cette mitigation consistant à augmenter ou diminuer la valeur des choses, je pressens que sa pratique peut devenir à la mode. Car vivre un continuel chaud et froid de crainte et d'espoir constituant déjà et depuis longtemps la condition existentielle de la plupart des êtres humains superstitieux, une encombrante tristesse disait plutôt Spinoza, opter pour la mitigation serait alors fort prometteur. En sorte, un art de vivre...tiède.

D’ailleurs à propos de douceur , allez ! on passe à la douche! Puisqu’en qualité de reporteur de vécu et afin d’appréhender physiquement la signification du mot, éprouver dans les faits ce que veut dire « mitigé « à l’heure des mitigeurs nouveaux peut donner quelques résultats. Voyons-ça. Et parlons d’eau.

A l’épreuve des faits, voici mon témoignage. J'expose. Après être passé cet été par quelques douches de chambres d’hôtes, chambres d’hôtel, et gîtes, me voici ainsi en mesure de témoigner : oui, les mitigeurs nouveaux aux innombrables variations et au maniement d’autant plus aisé considérant leur esthétique douce, sont de nos jours d’une grande complexité d’utilisation pour les non-initiés. Puisque profane j’en suis sorti soit grillé soit raide comme un glaçon.

On entre avec énergie dans la cabine de douche, on se savonne, puis on actionne le mitigeur et là s’attendant au flot harmonieux et revigorant « Merde ! comment ça fonctionne ce truc ? » Soit c’est bouillant soit ça s’abat froid, et le temps de comprendre comment marche le règlage du flux afin d’en trouver la bonne « atténuation », on a vite fait de ressortir de là sous une forme grotesque dégoulinante et toujours savonnée, compulsive comme de la vaisselle pas rincée.

Car si le maniement est d’autant plus aisé sa solidité apparaît plus que douteuse, alors à défaut de forcer un temps soit peu quoi qu'il en coûte les combinaisons possibles qu’offre la colonne de douche thermodynamique, la raison s’accommode à la nouveauté et s’abstient: il ne faut pas s’emballer sur ces questions là! Faut pas bricoler.

Bon, dorénavant, méfiance fondamentale envers ce qui mitige grâce à ses propres mesures de mitigation. Et à plus forte raison quand comme moi l'on rejoint l'avis de cette dame entendu ce week-end à Lanildut: « Le portable je ne sais pas m’en servir, ou à peine, l’appareil photo numérique pas plus, la zapette de la télé idem, et les mitigeurs de douches n’en parlez pas ! »

D.D