En raison des congés, nous vous présentons un édito de notre choix paru dans la presse, celui de Bernard Duraud publié dans l'Humanité :

"1984-2002. George Bush réinvente l'univers orwellien en préconisant une opération d'espionnage à l'échelle de toute la population américaine.

Ce n'est pas Océania, le pays totalitaire imaginé par George Orwell dans 1984 dirigé par sa figure emblématique Big Brother dont le portrait semble surveiller tout le monde, mais ça y ressemble bigrement. Avec l'opération Tips, officiellement menée au nom de la " vigilance nationale ", l'administration Bush est tentée de regarder aujourd'hui en toutes circonstances les citoyens américains afin de pouvoir répondre à tous les défis de sécurité intérieure qui se posent aux Etats-Unis. Le projet prévoit le recrutement d'un million de volontaires, et ces personnes ciblées dans les postes, chez les techniciens, les personnels d'entretien et tous ceux qui, à un moment donné, peuvent pénétrer chez les gens, seront encouragées à espionner pour le compte du gouvernement et à dénoncer toute activité suspecte, voire terroriste. Une sorte de schizophrénie nourrie par les attentats du 11 septembre. Quelques semaines après le drame du World Trade Center, l'adoption de la " loi patriote américaine " (USA patriot act) avait déjà conduit les associations de défense des libertés civiles à dénoncer le risque d'investigations " liberticides " menées tous azimuts contre des citoyens américains. Et l'histoire a montré que le système d'informateurs délateurs a été un outil de répression d'états non démocratiques. Avec le programme Tips, on voit se profiler d'inquiétants dérapages : fouille des résidences en lieu et place de la police, mouchardage, délit de faciès, désinformation. · quand les logements équipés de télécran - comme dans 1984 - impossible à éteindre, diffusant en permanence la propagande officielle et également moyen de surveiller le citoyen ? Dans cet environnement, où les Etats-Unis sont déjà engagés à jouer les pompiers de la sécurité planétaire, c'est aussi les années Reagan, et de la guerre froide, que l'on exhume. Il y a quelques mois, la presse américaine a révélé que l'ancien président avait créé en son temps - sans que le Congrès ne soit informé - un " gouvernement fantôme " opérant toujours en secret, aux pouvoirs élargis, dans le but d'assurer la continuité de l'Etat en cas d'agression extérieure. Or de nombreuses personnalités influentes à l'époque de Reagan font partie de l'administration actuelle et l'on peut dès lors s'interroger sur leur rôle exact alors que les initiatives sécuritaires se développent.

Vitrine légale de ce dispositif orwellien : un super ministère de la sécurité intérieure, présenté par la Maison-Blanche le 16 juillet dernier au champ d'action étendu avec la mise sous tutelle de différents services dépendant de ministères tels que la justice, la défense, les transports. Comme l'opération Tips, ce projet porte en lui les germes de tous les excès parce qu'il supporte mal transparence et règles démocratiques. Des dirigeants toutes tendances confondues ainsi que de nombreuses associations ont fait entendre leur indignation face à ce processus de désintégration des libertés, réticents à suivre l'administration Bush dans son entreprise de décryptage du moindre chuchotement des citoyens et sa volonté d'inoculer au corps social le vaccin de la suspicion. "

 

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