Avivons!

"Soyez d'abord heureux, et vous serez nécessairement humble". Ainsi la joie garantit l'humilité dit Nietzsche. Ce qui signifie comme le note Clément Rosset que la plus profonde sagesse ne recommande pas d'être d'abord humble, mais d'abord heureux.

Je reprends Rosset: Le bonheur est la seule expérience relativement sérieuse, et la seule expérience relativement noble. Pour lui, toute la dignité de l'homme ne consiste pas en sa pensée, mais plutôt en sa capacité de bonheur.

La salle entière aura pu mesuré cette capacité de chacun lors du concert de Lubat (éclats de piano-batterie-voix), Corneloup "Corrneuloou" (sax baryton-soprano nerveux), Chevillon (contrebasse électrifiée) à Jazz sous les Pommiers. Et bouleversé de bonheur, cela s'est passé samedi dernier à Coutances, j'en suis encore sous le coup comme sur le cul, j'en témoigne du bout des lèvres.

Pour solliciter cette capacité précise plus ou moins commune à chacun, il va de soi que le rôle des artistes pertubateurs qui donnent, comme chacun sait, beaucoup d'eux-mêmes, et qui, comme chacun sait aussi, y mettent une bonne part de leur vie, est souvent une invitation prépondérante qui nous est offerte à mettre un instant tout sens dessus dessous. Pour le reste, en vrac, c'est à chacun selon une combinaison de besoins, de moyens, d'émotions, de goûts et d'écouteurs.

Pour notre goût de l'art, et du réconfort, quand l'ennui s'infiltre et rampe le long des murs, qu'il englue et que le monde entier bâille, renvoyons à Gaston, Gaston Bachelard: "Si la contemplation de l'oeuvre d'art veut retrouver les germes de sa création, elle doit accueillir les grands choix cosmiques qui marquent si profondément l'imagination humaine. Un esprit trop géométrique, une vision trop analytique, un jugement esthétique qui s'encombre de termes de métier, voilà autant de raisons qui arrêtent la participation aux forces cosmiques élémentaires." Question cosmique, ce samedi en musique était cosmique, au sens éclats, pas planant attention! pas confondre.

Eclats en salles, éclats dans les rues de Coutances -alors que ça caillait!, dans les troquets et sur leurs terrasses de plein vent, parmi les longues saucisses normandes et la fumée opaque des grilloirs à haut débit près desquels l'on tranche le lard, les rires et les frites des amis et la mousse des demis...Pour désenliser, ou désensabler (terme plus proche du Mont St Michel voisin) les structures sociales, comme purges à son âme il y a donc les rituels des fêtes de l'été, des festivals, et des diverses manifestations disparates qui paraissent incontrôlées, mais qui sont autant de ruses de la vitalité aux pieds des clochers pour retrouver prise sur l'enlisement (ou l'ensablement, ou l'engourdissement) qui nous échappe en même temps qu'il nous défait. Défions-nous des emprunts plaqués, soyons inventifs, avivons car le bonheur est tout prêt.

A partir de cela, à la compagnie des hommes on peut à nouveau organiser du récit à raconter, et à la lecture des mains des histoires de bonheur qui dure longtemps. Quant à la question du bonheur-mot-clé, "c'est quoi l' bonheur?" et tout et tout....surtout, pour être heureux, ne pas en attendre la réponse, ni la promesse.

 D.D

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