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Taureau. N°312 Dimanche dernier, à table en fin de repas, nous parlons du Mont Saint-Michel et de son désenvasement et je m'étale un peu sur la perception récente que j'en avais eu lors d'une visite de musée. Ayant cherché le cachot dans lequel avait été enfermé Louis-Auguste Blanqui (1805-1881) que j'espérais revoir à sa place, je me suis aperçu que nous n'y avions plus accès de nos jours. Et à table, dimanche, de Blanqui à Mai 68 l'enchaînement était tout trouvé. Car remontant le temps des seuls moments où la classe dominée s'est battue sur la base de la dénégation d'elle-même "en tant que telle", sur la base du seul fait qu'elle n'était rien, se tricotent Mai 68, La Commune et juin 48! Or personne n'incarne mieux ces deux derniers soulèvements insurrectionnels que Blanqui l'insurgé, alors qu'il n'était, pour l'un comme pour l'autre, pas vraiment dans le coup. L'une de ses devises était: "De la patience toujours, de la résignation jamais". Pour tribut payé en fidélité à ses idées en faveur de la République des Egaux, ce prisonnier politique dont le nom se porte en avenue à Paris, a connu durant 42 ans l'enfermement. Soit une quinzaine de prisons, dont quelques insulaires comme celles du Mont Saint-Michel et Belle-Ile, et pour finir, la Château du Taureau en baie de Morlaix où il est incarcéré du 24 mai au 12 novembre 1871. N'ayant le droit de s'extraire de son cachot qu'une fois par jour pendant les courtes promenades qu'il pouvait effectuer sur la plate-forme du fort il lui est "interdit de regarder la mer". C'est dans le ventre de la citadelle du Taureau dont les murailles du fort à la Vauban plongent directement dans la mer -aucun recul, aucun retrait- que Blanqui rédige "L'éternité par les astres: hypothèse astronomique", fascicule dans lequel il parlera des galaxies, des planètes et des astres. Au fond de ce trou isolé en mer où on le confinait, l'autodidacte avait le tête dans les étoiles. Extrait: "L'univers tout entier est composé de systèmes stellaires. Pour les créer, la nature n'a que cent corps simples à sa disposition. Malgré le parti prodigieux qu'elle sait tirer de ces ressources et le chiffre incalculable de combinaisons qu'elles permettent à sa fécondité, le résultat est nécessairement un nombre fini, comme celui des éléments eux-mêmes, et pour remplir l'étendue, la nature doit répéter à l'infini chacune des combinaisons originales ou types. Tout astre, quel qu'il soit, existe donc en nombre infini dans le temps et dans l'espace, non pas seulement sous l'un de ses aspects, mais tel qu'il se trouve à chacune des secondes de sa durée, depuis la naissance jusqu'à la mort. Tous les êtres répartis à sa surface, grands et petits, vivants ou inanimés, partagent le privilège de cette pérennité. La terre est l'un de ces astres. Tout être humain est donc éternel dans chacune des secondes de son existence. Ce que j'écris en ce moment dans un cachot du fort du Taureau, je l'ai écrit et je l'écrirai pendant l'éternité, sur une table, avec une plume, sous des habits, dans des circonstances toutes semblables. Ainsi de chacun. Toutes ces terres s'abîment, l'une après l'autre, dans les flammes rénovatrices, pour en renaître et y retomber encore, écoulement monotone d'un sablier qui se retourne et se vide éternellement lui-même. C'est du nouveau toujours vieux, et du vieux toujours nouveau." Pour plus d'info sur le "Plus grand lutteur du siècle dernier, la tête et le corps du prolétariat en France" d'après Marx, "Le premier à avoir pratiqué la traversée des langages" d'après Armand Gatti qui considère "L'éternité par les astres" comme "l'oeuvre écrite de la Commune", par une courte recherche sur internet je viens de tomber sur l'ouvrage numérisé, et la préface écrite par Jacques Rancière. D.D |
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