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La guerre humanitaire ? Nouveau concept. Les bombes cassent les canalisations d'eau, et voici voilà les 35 Tonnes d'eau livrées dans le cadre de l'aide humanitaire devant une marée de journalistes arrivés par cars. Jamais les irakiens ne pourront accepter cela. C'est un peuple fier. Debout! Les bombes dites "intelligentes" qui sont censées posséder une précision quasi métrique? Dotées des technologies les plus sophistiquées, les munitions embarquées par les avions qui passent au-dessus de nos têtes ici en Bretagne, pour se faire ravitailler en carburant au-dessus des villes espagnoles, sont d'une incroyable efficacité. La preuve : le bombardement du marché de Bagdad. L'éventration des boutiques, voitures, camelots, femmes et enfants. Une bavure ? Trop facile. L'opération "choc et effroi" s'étant soldé dans une indifférence manifeste des citoyens de la capitale irakienne, les Forces de la coalition se devait de frapper plus fort. C'est fait !

Bon, je ne pense qu’à ça. Je ne pense qu’à cette guerre, qui m’énerve. Je ne tiens pas en place, je me gratte. Je boue. Je guette les flashs d’info. Et pourtant je suis écoeuré du traitement journalistique en cours : ces éditorialistes de connivence si proche de l’hyper-puissance divine, si éloigné des pauvres diables. Je viens de regarder le 20 h de France 2: c'est devenu une télé US. La même propagande...Et qu'en dire de TF1, puisqu'il paraît que les gens ayant reçu cette aide humanitaire acclamaient les Américains selon cette chaîne, alors que c'est une situation totalement inverse qui apparaissait sur les écrans de France 3.

L’Irak occupe l’actualité, pour preuve Patrice Drevet le présentateur météo de France 2, donnait aussi le temps qu’il faisait ce matin sur l’Irak. Il a raison, car dans quelques semaines l’on connaîtra Bagdad, pardon par avance pour le jeu de mot, comme notre poche. Ou presque. Déjà prévoir une carte de la ville. Pour mieux suivre l’avancée des Forces de la coalition, rue par rue, faubourg par faubourg. Je me souviens qu’en 68, mon père étalait sur la table de cuisine la carte de Paris, pour, à l’écoute de la radio, ne rien manquer des évènements qu’il estimait être La Révolution. Compte tenu que l’avancée dans Baghdad en état de siège sera moins rapide que sur l’autoroute à plusieurs voies qui relie Bagdad de Koweït City, je vous invite à consulter au même titre que chaque pilote des Forces Etats-Uniennes, le meilleur plan de Bagdad. Cliquez sur "Bagdad map". Montage de photos satellites, avec les cibles (palais de Saddam, QG du Baas etc). On peut zoomer comme des fous et avec la navig survoler Bagdad d’est en ouest, du sud au nord, zigzaguer en remontant le Tigre. http://www.msnbc.com . C’est le site internet de la chaîne de télé US, NBC.

A ce propos, c’est à se demander comment sont pointées les cibles de certaines bombes Tomahawk à venir, car j’ai l’impression d’un guidage GPS réalisé à partir des images plutôt positives pour l'Irak, diffusées par les télés. Pour donner un exemple : mardi, nous étions stupéfait de voir un marché en plein cœur de Bagdad se tenir sous les bombes, avec ses étales de tomates bien fraîches. Dans les quelques heures qui ont suivi, le marché en question a été pilonné par ces armes très "manoeuvrables" grâce au laser et GPS que les avions peuvent larguer pour certaines à 25 kms environ de l'objectif.15 morts ! La guerre des images, c’est pas rien. Autre exemple : pour l’image tranquille des fumeurs de narghilé bercés par le ronronnement du vieux téléviseur fixé au plafond qui diffusait le discours de Saddham dans l’indifférence des civils irakiens ci-dessous attablés, par ailleurs apparemment nullement percutés d’effroi par les bombes qui leur explosent les tympans, la panique du troufion anglo ou saxon le guida sur un pointage de l’émetteur de la télé irakienne. Après en avoir raté la moustache en tout début de conflit quand il était question de décapiter le dictateur, le troufion en question, qui programme son GPS depuis sa base anglaise, ne peut qu’être effrayé par une ré-émission 45 minutes plus tard à partir d’un émetteur ambulant en charrette à bras. "Faut en finir !" a-t-il pu s'écrier allant jusqu'à programmer le choc et l'effroi sur le marché à tomates afin de déstabiliser vraiment le fumeur bagdadi buveur de thé à moustache . Quel était le "spot" de lumière réfléchie par l'objectif sur lequel se dirigeait la bombe une fois larguée ? La flamme du briquet du fumeur ou la théière en inox ?

Pour le prochain guidage GPS des "smarts bombs" réalisé à partir des images plutôt positives pour l'Irak, diffusées par les télés, le troufion en question devrait pointer Dick Chesnay, n°2 du régime US, premier bénéficiaire des contrats de reconstruction.

Au fil de la guerre en Irak, les présentateurs de télévision, ici, en France, deviennent de plus en plus favorables à la coalition anglo-américaine. Et ne demandez pas pourquoi.

A part suivre l’info, comment agir ? Que faire ? Bloquer le survol du territoire national par les B52 ? Je guette et regarde le ciel…Et j’attends la prochaine manif rennaise. J’imagine d’ici la cocotte minute du Moyen Orient. 1600 sorties / jour en ce moment, les bombardements se déchaînent. La carnage de Bagdad est à prévoir, mais du haut de la grande civilisation mésopotamienne, le peuple irakien résistera jusqu’à la fin. Déjà, après 12 ans d’embargo, l’on parle de famine, épidémies, etc…La bataille de la capitale réveille les échos de Stalingrad ? dans quelques heures, quelques milliers d'hommes, donc, déjà fatigués par une semaine d'offensive, pour un assaut sur une ville de 6 millions d'habitants, plus vaste que le Territoire de Belfort (près de 700 km2), c'est peu. Quelque chose ressemblera à l’enlisement de l’armée allemande. Ou à la déroute des Forces spéciales dans les rues de Mogadiscio en Somalie (1993). Et la cocotte minute du Moyen Orient commence à siffler…

Bon, à notre niveau, nous sommes des fantassins aussi. Marcher. Un à un. Marcher agglutinés. Serrés. Marcher accordés. Pour former un cordon. Un flux coloré de marcheurs. Flux lent de pieds et de têtes. Les deux  grandes caractéristiques de l'homme: le pied et la tête. Pas la main qui est partagée avec les autres primates. Mais le pied, c'est ce qu'on a de particulier. Un pied c'est cambré sur la voûte, en équilibre constant, d'un pied sur l'autre, une réussite géniale de l'évolution humaine. Pour se redresser, pour sa survie. Face aux prédateurs, l'homme s'est redressé. Il s'est mis debout, sur les voûtes plantaires. Dressé sur ces demi-assiettes très solides. Solides à l'exemple des voûtes, principe constructif qui a fait ses preuves. Le pied  de l'homme est une réussite technologique fantastique, il est souple, il s'amorti par le talon, il est capteur sensitif, il est solide, il est joli. Les marches chez l’homme se font debout, le front droit si possible.

Un flux de piétons mondial contre la guerre ondule ainsi à tous les quatre coins du monde. Le centre de gravité se tient dans l’axe du corps. Du coup, ces manifs planétaires  sont devenus des centres de gravité de l’humanité. Elles prennent assises sur terre, très significatives de cette humanité en marche. Membres inférieurs, ces pieds souvent oubliés, c’est dans leur surgissement même qu’un agrégat sensoriel s’implique . Multiplicité de fusion, d’interpénétration, comme un nouveau visage de l’humanité tranquille de l’ordre, comme l’annonçait Paul Ricoeur de passage à Rennes, la semaine dernière. Ces manifs, cette source qui s’écoule dans toutes les rues, les artères du monde, comme un sang nouveau et tranquille, celui de l’homme, ce plantigrade en marche et de sa lente ascension vers la verticalité… Ce flux mondial ? une « enveloppe tissée » comme un réseau de capillaires sanguins qui charrient, pour combler l’hémorragie que constitue ces connards d’amerloques déficients, ces prédateurs, de nouveaux globules plus riches et plus forts !

Un ensemble de cellules d’un grand corps. Une manif c’est une conspiration. Parce que le groupe humain a une liaison, a une aptitude à se rejoindre que n’a pas l ‘animal, il est fait des consciences individuelles qui se rejoignent, qui vont s’unifier. Prenons la nature : quand il y a une rupture, une blessure, un manque, une faille, la nature compense. Prenons un arbre, pas con quand une branche est cassée, c’est la branche voisine qui fera plus de fruits que prévu. Même phénomène chez une espèce animale victime de maladie ou de prédateurs, elle fait beaucoup plus de petits…

Quand un corps est menacé, il se défend. Il existe une fabrication d’anti-corps. Nous sommes tous, chacun , cellule d’un grand corps, comme le dit Bergson. Ce grand corps c’est l’humanité. Face à un tel événement  d’impact mondial auquel on assiste en Irak, qui touche et blesse l’humanité, grace à ces mobilisations des opinions publiques du monde en marche, chacun des corps de celle-ci contribue à la défense du grand corps.

Anti-corps contre prédateur, ainsi sommes-nous en manif. Pour définir le prédateur, cette voix off impeccable que l'on entend dans le film de Jean-Luc Godard For ever Mozart : " La guerre, c'est simple, c'est faire entrer un morceau de fer dans un morceau de chair. " Justement, quand je pense aux USA, je pense cinéma. Mais j’en ai marre de ne voir dans l’Amérique que du cinéma...George W. Bush c'est surtout du délire !

C’est beau la résistance d’un peuple fier, qui ne se contente pas qu’on lui lance des chewing-gums et des petits fanions étoilés, comme lors d’une étape du tour de France devant toutes les télévisions du monde. Si par honneur envers leurs 5 000 ans d’histoire, les irakiens résisteront jusqu’au bout, l’on verra bien dans les heures qui viennent, à Bagdad qui se transforme en taupinière qui n’a plus rien à perdre, si l’appareil d'État états-unien et ses Marines sont en fait autre chose que de simples Malabars soufflés en bulle …qui éclatent à la gueule, en attente des résultats du championnat de base-ball.

 

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