Du neuf à l'univers.

"La couleur n'est-elle pas ce lieu où notre cerveau et l'univers se rencontrent?" Paul Cézanne. Cette très belle phrase vaut pour tout.

Ainsi la Nième édition du Festival de l'Eté des festivals en couleur s'achève. Avec en ce qui me concerne pour point culminant la fête de clôture entre amis au pays de l'Uzeste de Lubat, lieu d'une tribu d'aventuriers où le cerveau et l'univers se rencontrent, passeurs entre hier et demain; ils bousculent, détournent, inventent, contournent, bifurquent, soufflent comme des bêtes dans leurs trompes à air, battent le blanc des batteries tant que leurs bras ne leur en tombent, et encore ils leur restent les pieds. Nous y sommes passés, nous y sommes retournés, nous ne lâcherons de sitôt.

Son organisateur pas facile nous avait annoncé la couleur: les déconvenues entre lui et la mairie. En cause, un banal avis défavorable de la commission de sécurité locale dont l'arrêté fut signé comme ailleurs par le maire, qui est une maire, pas dans son tort mais seulement imbue de sa petite personne comme ailleurs, banalement. Mais pour un peu, en multi-instrumentiste, là-bas Lubat crie haut, cette 27ème édition d'Uzeste musical du coup décolla. Question de couleur car après tout Uzeste serait-il vraiment Uzeste sans sa touche d'imprévue? "On n'est pas sur de le refaire l'an prochain." nous rebat Lubat à pleine oreille depuis près de 58 ans! De toute façon, difficile d'imaginer la 28ème ailleurs que dans son village sans La bagarre, à l'Uzeste-Fort La latte !

Bon ça se termine, on remballe. Merci aux artistes, merci aux amis, mais surtout un grand merci à vous, nombreux spectateurs avec qui nous nous sommes confondus! Sans qui nous nous serions ennuyés sérieux. Vous qui vous êtes aventurés, intéressés et avez chaleureusement participé à cette édition 2005 de l'été des festivals qui nous en ont fait voir de toutes couleurs et avec grand bonheur une succession de temps denses, instants émotion (par e-motion, entendre: en mouvement, tel que nous l'indiquait à Uzeste le philosophe Didi-Huberman reprenant Deleuze pour étayer en ces lieux la circonstance).

Le tout en couleurs et temps denses, en tango aux Nuits Atypiques, langoureux à Langourla, plein de jus à Jazz sous les pommiers, énergique à l'Uzeste-Fort La latte où l'accordéoniste Marc Perrone livra au public une réflexion personnelle au sujet de l'effondrement en quelques secondes de la cité des 4000 à la Courneuve en Seine Saint Denis, cité dans laquelle il a passé son enfance:"Je vous livre cette réflexion, c'est que l'habitat des pauvres part, ne dure pas, alors que l'habitat des riches reste, demeure!" Ce qui fut dit en douce, avec la même douceur que lorsqu'il joue ses ritournelles douces que tout ce public attentif reprit doucement en coeur.

Retour donc près en ce qui me concerne de notre radio indépendante, isolée, solidaire, et sauvage. Retour au bercail pour trouver du neuf à l'univers et appeler de ses voeux l'heureuse liberté de l'instant et le hasard.

Ce qui me fait penser à quelques invités  qui, en direct en nos studios, en cours de phrase s'arrêtaient d'un coup, sortaient leur paquet de tabac, leur papier, se mettaient à rouler leur clope en toute tranquillité, puis la cigarette une fois allumée reprenaient sans faillir la conversation à l'endroit exact où elle s'était posée. Je me souviens aussi d'un animateur des samedis matins, fort pratiquant de la roulée de gris à l'antenne -imaginer le son du léger craquement du tabac qui roule sous les doigts-, en charge d'une revue de presse qui portait quasi-essentiellement d'ailleurs sur l'unique journal en sa possession, à savoir le numéro hebdomadaire du Canard Enchaîné. Cela remonte à l'époque épique des 33 tours vinyles placés sur les platines qui, de temps à autres, démarraient à la mauvaise vitesse, sur lesquels l'on tentait de viser juste le sillon tout en soufflant simultanément pour chasser la poussière moutonneuse accrochée à la pointe de diamant.

Pour trouver du neuf à l'univers et appeler de ses voeux l'heureuse liberté de l'instant, mettre en lumière cette vieille histoire pleine de nostalgie de sons de tabac gris sec dans du papier à cigarette froissé n'a guère d'intérêt, me direz-vous. Pas si sûr.

Que par haute fidélité la radio soit un lieu de vie à chaleur humaine avec des mots qui savent être durs comme du granit, qui se déploient, se déplient, avec de grands coups de poing sur la table comme il en a été, où l'on brasse les mots de laine et de flots, aux anecdotes salées qui t'agrippent la glotte, ces rires, cette musique qui s'infiltre entre bois et bitume et dégringole vers la mer dans un coin de grève ou sur des rochers bruns, qui mijote, qui lèche, qui lève l'ancre, qui patrouille l'obscurité, qui chaloupe au gré des caprices de la lune -cette folle qui rythme les vagues-, happée par l'horizon comme l'hameçon dans la langue, avec de belles parties de silence  à ne rien faire qu'écouter la parole toute crue toute nue qui clame à tue-tête, une info qui nous informe sur les bouchons...de liège comme modèle aussi de l'éternel qui passe vite, un programme qui nous va telle une chemise au col râpé qu'on aime mais qu'on ne raccommode plus en cette vie-ci, à la glotte folle sans collerette, au rythme noir, par les fils d'hier aux câbles d'aujourd'hui, du braconnage révolu des ondes au digiplexeur-limiteur d'excursion sur bande passante -nouvelle ornière-, c'est pas mal non plus dans ce monde de la radio qui s'aseptise...par l'ennui. Et l'absence de couleur, la vie en somme!

La prochaine édition de l'Eté des festivals se déroulera en 2005. Le programme de cette N+1ème édition sera disponible dès le printemps 2005. A l'année prochaine!

Bien sûr en attendant soyons attentifs car où notre cerveau et l'univers se rencontrent, il se peut que nous trouvions autour de soi du neuf à l'univers, la liberté de l'instant et le hasard...Des couleurs dans le quotidien.

DD

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