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"ça va l'faire!" N°325 C'est ma chance, le jour de mon anniversaire je tombe pile poil sur ce mot de Wilde: "Ce qui est terrible quand on vieillit, c'est qu'on reste jeune." Je ne sais pas si cette formule se vérifie mais ça se pourrait; "ça s'pourrait!" étant d'ailleurs ce qu'on se disait souvent à l'époque, formule à traduire pour la compréhension de tous par son quasi-équivalent contemporain dans son usage: "ça va l'faire!". Pourtant j'y vois plus qu'une différence, "ça va l'faire!" me renvoie à ce que dans ma jeunesse j'avais tendance nette à remettre à demain. Or, comme se plaisait à l'affirmer Prévert, "il ne faut jamais remettre à deux mains, ce qu'on peut faire avec une". Car remettre à demain c'est risquer d'arriver toujours trop tard, comme la fameuse "chouette de Minerve" qui prend son envol à la tombée du jour. Alors qu'avec "ça s'pourrait!" il était question d'essayer d'accorder le dire et le faire. Formule plus heureuse tombée en désuétude. Qui révèle quelque chose: avoir en tête le "ça va l'faire!" terme passif qui signifie qu'on se laisse porter, contredit le "ça s'pourrait!" terme actif qui signifie qu'on se laisse gagner par notre imagination, voire qui contribue à ces exercices préliminaires à l'accouchement d'une pensée et d'une action, qui laisse émerger du nouveau. Propre même à engager la bataille avec les puissances. Balancer dans la tassée d'orties le "ça s'pourrait!" c'est se priver de son rôle moteur. Comme il n'est pas douteux d'entendre en le "ça va l'faire!" le symptôme d'une impuissance pratique et de l'incapacité de l'assumer. Bref, j'en ai marre d'entendre ce "ça va l'faire!" qui signe et scelle "ce qui est "réel" de ce qui ne l'est pas". Voilà pour dire -et en rire- ce qui se passe en nous à l'écoute des formules toutes faites d'échos liés que véhicule le flux de conneries qui empoissent nos esprits dès tout petiot, et se poursuit ensuite. Cela se déploie sur plusieurs modes sans qu'on fasse gaffe en s'auto-enfantant à l'infini. D.D |
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