Trêve d'actualité, trêve des infos. Des vraies et des fausses. J'opte en ce qui me concerne pour une toute autre actualité: le charme de l'automne.  Mais l'automne vu  de la radio, la radio qui est une aventure quotidienne.

L'étrange est que cependant la joie demeure quoique suspendue à peu, se maintenant à peu d'assise. C'est même là le privilège extraordinaire de la joie que cette aptitude à persévérer alors que sa cause est entendue, d'ignorer allègrement l'adversité la plus manifeste, indifférente à toute objection. Une faculté de persistance incompréhensible.

Radio Univers fm est toujours une singularité sonore dans un paysage radiophonique très "galerie marchande". Avec en ce qui la concerne, les grattements en onde qui témoignent d'une fabrication à la main, et d'un site de diffusion qui se cache entre les ronces, les essaims, les racines, les touffes de poils de vache accrochées aux fils de clôture. Une fabrication d'amateurs qui aiment ce qu'ils font, et qui échappe à tout calcul. A toute prévision, à toute raison. A tout calcul de tout ordre, marchand ou politicien. Du coup, pour ne prêter allégeance à rien, et à l'échelle de la grandeur d'une action restreinte, cela ne peut être qu'un truc de fous, illogique et irrationnel, un truc joyeux.

Si ces émissions se fabriquent à la cambrousse, dans un studio-atelier de confection de sons, un studio-atelier de réparation de souliers pour mots et musiques du monde en marche, un local communal qui fut une ancienne salle de classe d'école laîque bretonne, pour ensuite être diffusées d'une lande sur laquelle, autrefois, au Moyen-Age se tenait  la "justice", c'est à dire les exécutions après souffrances, cela permet aussi de dire haut et fort, qu'il est bon, qu'il est important de s'engager, qu'il est bon que les gens réalisent que ce que font les politiciens, les juges, et autres personnages qui agissent, plus ou moins consciemment, sur les existences de chacun, a de vraies conséquences, qu'il est bon à dire que l'Etat est démocratique si, et seulement si, il est l'Etat pour tous, s'il compte chacun pour un, et non pas certains pour beaucoup et d'autres pour rien.

Méfiance, cette station cherche à saisir les vérités, les montre, les expose, énonce qu'il y en a. Cela se devine à l'écoute, ça s'écoule, faut s'imaginer l'onde, parce qu'en imaginant le mât du pylône de radiodiffusion émergeant du massif granitique de Rochefort, en tangente à la courbe, duquel prennent source aussi trois ruisseaux d'eau clair, à variation locale, qui s'en vont d'ici irriguer les prés, doucement, en chantant le long des berges. C'est ce qui s'écoule et irrigue qui vivifie, sans qu'on le sache vraiment puisque sensible. Sans que cette fraîcheur de l'onde tranquille et vitale se remarque, sinon en observant ses vibrations par ses multiples reflets dansants de lumière qui anime un ensemble d'ombres et de figures de feuillages mobiles, à l'écoute de l'onde sonore qui dévale depuis sa source, et ne cesse de s'éloigner de son point-de-départ à la faveur de l'apologie du multiple, du frôlement et de la caresse timide...Puis des ramifications.

Mais aussi le pylône de ce lieu aux quatre vents est un arbre à mots et musiques qui diffuse dans le ciel, terre des oiseaux, un temps à souffler face à l'urgence du réel. Bon, voilà pour les sanglots longs des violons de l'automne..., pour remercier du photo-reportage que lui consacre le très beau site Lieux-dits, autre truc de fous, illogique et irrationnel, joyeux en un mot.

Dans les fougères rousses, il s'est immobilisé une herse d'un temps révolu, d'un temps où les jeunesses de souche jouaient aux quilles sous les guirlandes de bois et les étoiles de paille, quand dans ces années là, elles se promenaient potentiellement avec une balle de fusil dans le corps. Autres moeurs, autres temps, quand les roues de la herse regagnent leur état de nature originel, nos jeunesses s'en vont connaître la nuit ultralibérale, cette venimeuse vermine...

Projet de loi. Le gouvernement a présenté en juillet un projet de loi relatif aux communications électroniques et aux services de communication audiovisuelle. Ne nous y trompons pas, ce projet gouvernemental nous concerne. En effet s'il modifie de façon importante les dispositions de la loi "audiovisuelle", il marque surtout une évolution radicale des pouvoirs publics qui entendent désormais favoriser les lois du marché et notamment celles de la concurrence au détriment de la régulation. L'exposé des motifs de la Loi présenté par le Ministre de l'économie des finances et de l'industrie est édifiant : L'objectif du texte est de " simplifier les conditions d'entrée sur le marché et tenir compte du rapprochement, de la convergence, entre les secteurs des télécommunications et de la communication audiovisuelle". Le CSA ne garde plus qu'une " compétence de principe à l'égard des services de radio et de télévision", "Les fréquences terrestres utilisées pour la diffusion de la radio et de la télévision restent cependant régies, en particulier pour leur attribution, par la loi" sur l'audiovisuel, mais pour combien de temps ? Pour le Gouvernement, " Le projet de loi marque l'entrée dans une nouvelle phase de la régulation qui doit conduire graduellement au remplacement des règles sectorielles spécifiques par l'application du droit général de la concurrence. La régulation a en effet vocation à se réduire avec l'intensification de la concurrence."  

Il est donc à craindre à ce que la communication sociale de proximité ne se voit pas à terme purement et simplement rayée du paysage audiovisuel. Le projet de loi peut être consulté sur le site de l'Assemblée nationale.

 

 Chroniques