« Manifester, c’est créer. » Deleuze. Ceci-dit faut faire face. Faut faire face à une propagande active qui tend à minimiser les enjeux des mouvements actuels contre cette régression sociale formidable qui concerne les retraites, et qui tend à opposer les catégories de population. La télévision fait assaut de reportages sur des lycéens et des étudiants taraudés par la peur de perdre leur année à cause de la grève. Et des usagers des transports, etc...Du coup le mot à la mode est celui d'otages. D'otages et de prise d'otages. L'insistance à le mettre en évidence se propage sur tous les médias. Qui dit "otage" dit "terroriste !". Dans le raccourci mental ambiant, tout mot cité prend un sens particulier. Celui-ci convient bien à une situation de guerre. Les gens des médias sont quand même des pros de la formule qui touche. Autre formule choc. Le 13 mai 1968 plus d’un million de manifestants avaient clamé leur haine du capitalisme avant d’occuper leurs usines et leurs bureaux. Du 13 mai 2003, un mec moustachu qui participe régulièrement à l'émission d'Ockrent couine son amertume sur France Info : « Le mouvement a été très largement suivi. Faut-il en déduire que décidément les Français n’aiment pas les réformes ? » Mardi devait être une journée de grèves tous azimuts, à la SNCF, à la RATP, à l'EDF-GDF, dans la métallurgie, dans les ports et docks, dans la marine marchande, à la Banque de France, chez les routiers, dans l'audiovisuel public, etc...,et bien sûr, dans l'enseignement. Le soir même: Journal de France 2, 20h. Pujadas présente une carte de France des manifs. Constat incroyable: pas de manifs dans l'ouest ! Alors que nous sortions d'une manif de près de 20 000 personnes à Rennes et qu'en beaucoup d'autres villes de l'ouest s'étaient organisés des défilés. Bien que tout soit dit et montré pour le disqualifier, le minimiser, le mouvement social ne suspend son élan. Plus fort encore: selon le sondage CSA (publié dans l'hebdo Marianne et réalisé le 4 juin) 66 %des Français soutiennent ou ont de la sympathie pour les actions de protestation sur les retraites. On n'y croit plus. Et pourtant. On ne sait rien du tout. Et pourtant. On remet ça. C'est vrai que chacun se cherche, donc se trouve, donc fraternise. Des milliers de liens s'établissent, parce que même si l'on ne croit plus vraiment à grand chose, l'on sait intuitivement que l'on a raison de se mette si fortement en colère contre la régression sociale à venir. La révolution libérale est mise en oeuvre avec une violence masquée par un discours liquoreux-raffarineux. L'éthique républicaine tenue par le pilier des services publics est attaquée. Plus par une idéologie que par une vraie réalité à laquelle on voudrait nous faire croire. La grève et autres mouvements créent aujourd'hui la résistance au libéralisme . Les germes du futur sont là inscrits dans le présent agissant, avec la transformation rapide des réalités spontanées et diffuses. Tout s'élabore dans l'action. Avec transversalité et pluridisciplinarité. Dans le brassage, opérant sur les champs de tension, il s'agit d'un apprentissage de la complexité, d'une pensée complexe, donc avec des interprétations plurielles. Consciemment ou pas, les gens sont en train d'écrire à leur rythme une autre page de l'histoire sociale de ce pays. Bref, c'est la démocratie participative... Laquelle sera fortement utile quand la décentralisation sera effectivement réalisée. Mardi sera un autre temps fort, ce jour-là, le projet de loi sur la réforme des retraites passe au Parlement. Soyons dans l'action !
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