Art.                                                                                             N°220

Immersion totale dans le vert. Entretien du terrain, soin apporté au jardin, réveil de la tondeuse, grattage de dos d'âne, etc...durant ces dernières heures j'ai embrassé la terre plutôt que l'écran d'ordinateur. Avec l'envie du moment: d'enfermer l'hiver! Plongé dans ces conditions d'exil il était temps quand même que je vous donne signe de vie.

La mise en verdure dans une portion de terre repose. D'ailleurs, cette évidence m'est apparue sous les tilleuls: la multitude de mots qui s'énoncent ici, dans cette chronique, semaine après semaine sombreront dans l'oubli.

Y percevoir la nuance, les presque rien. Etre poreux aux impulsions de la nature. A sa fécondité. Il doit bien exister un art de la perception. De l'affinité sans tomber dans la rêverie prolongée parmi les pâquerettes. Mais celui de se laisser envelopper, de capter en douceur l'éco-système. D'en ausculter un échange silencieux avec lui. Sans que cela soit matelassé de phrases d'explications pompeuses sur le phénomène. Etre au contact de la saison avec la volonté de donner le moins de prise à ce qui nous entoure, à ce qui nous regarde -je parle des insectes non du voisin. Une terre que l'on hume, dont on inspecte les vents, l'imminence de l'averse.

J'ignore si cet art existe: l'art de se plonger dans l'infinité d'un simple recoin. Les ruelles, les champs, les chemins de terre, un pan de prairie, même un jardin-minus, un confetti de rosée sous la lune et le soleil en guise de local d'exercice pour un art sans commentaire. Sans le bruitage du donneur de leçons, ni un bout de papier, ni d'interminables tractations sur le qui fait quoi comment. Sans nommer pompeusement l'expérience. L'art d'être n'importe où ainsi. Même dans un lieu boursouflé d'édifices. Aller jusqu'à la surprise que cet art ait autant de succès. Un art de la nature à laquelle il ne faut pas prêter des paroles particulières, ni des confidences. Un art de la nature plutôt pour, en connivence, en saisir simplement son pur pouvoir générateur. Capter la visée de quelque chose qui n'est pas encore.

L'art d'utiliser ainsi le matin, puis l'après-midi, puis le reste! Quelle leçon!

Mais je sens déjà un mouvement d'épaule amusée: "Faut pas qu'ça dure trop longtemps quand même ces banalités!".

D.D  

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