Qu'en pense la police ?

Deux chroniques ratées. Faut savoir de la chronique du jeudi, l'ordinateur n'en a cure. Pas de censure ici, seulement un plantage durable. Tant pis, tant mieux. Vous me voyez désolé, mais c'est aussi ça la technologie, c'est comme ça. C'est discontinu aussi. Et c'est intéressant aussi de la voir sous cet angle, aussi. Après plus de vingt ans de radio, ici on s'est fait une raison en positivant ces incidents techniques. Ces deux chroniques se sont entortillées dans la bécanne, et dérivées dans les brumes de la technologie, elles cherchent seules aujourd'hui un bout de terre qui n'ait pas de nom pour se laisser lire par une meute de bâilleurs.

Pas de phrases pour commenter l'actualité de ces deux semaines. Pas de phrases donc pas d'événements. Pas de commentaires donc pas d'oeillères. C'est une chance sinon l'actualité, trop d'actualité, ça se colle comme une sangsue, mais heureusement ça ne parvient jamais jusqu'à la moelle. Sur deux de ses toiles intitulées l'une "Les informations", l'autre"Speaker", Paul Rebeyrolle y fait figurer des ventilateurs en marche avec leurs pales folles.

"Guetter plus attentivement, guetter l'inattendu, ne plus savoir ce qu'on guette" Voici une conviction fulgurante et exaltée d'Elias Canetti qui guide la tâche de votre chroniqueur. Donc la chronique s'est tue quand il fallait se taire, voilà la leçon à tirer. Et décidément le hasard fait bien les choses: rendre non avenu un non-événement !.

"Quoi?, un non-événement cette claque à Raffarin, ce cynique, faut pas pousser?". Jacques Derrida dit ceci:"Un événement n'est possible que comme impossible, au-delà du "je peux"". Pas de chance ce n'est donc pas un événement. Il poursuit "J'écris souvent "impossible" avec un tiret entre im-et possible, pour suggérer que ce mot n'est pas négatif dans l'usage que j'en fais. L'im-possible est la condition de possibilité de l'événement, de l'hospitalité, du don, du pardon, de l'écriture. Quand quelque chose est prévu, à l'horizon, c'est déjà passé, donc ça n'arrive pas. C'est aussi une pensée politique: n'arrive que ce que les schémas disponibles échouent à prévoir."

Pour le merle élégant qui picore sur ma pelouse, et qui vit autant que moi en ce monde, il n'y a pas eu d'événement non plus. Canetti disait aussi "Nourrir les becs de l'étonnement."

Cette chronique restant muette pourrait constituer à mes yeux en fait l'événement marquant, le seul, de ces dix derniers jours. Car cela me coûte d'être dans la panade et de ne pouvoir improviser sur mon piano-clavier, de ne pouvoir y laisser s'écouler le rythme de la musique qui t'habite, avec pour tout moment sa chanson, son rythme, sa cadence, son pas de danse, pour tout moment ce qui te traverse et s'extrait du corps par la danse des mots sur écran, par le rythme des doigts sur le clavier sourd balancés d'un corps qui danse. Parce que cette chronique n'est autre qu'un rythme...de vie. Et à chaque fois un étonnement.

D.D

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