Démos . N°254 Dans son édition du 24 janvier, «Le Canard Enchainé» affirme que le ministre de l’Intérieur et président de l'UMP aurait diligenté des enquêtes sur l’entourage politique de Ségolène Royal. Y a du danger dans l'air! Il n'est jamais trop tard pour remettre sur le métier la lecture à la source de la pensée de la cité, la matrice de la démocratie. Mais vite! Pour ce faire passons par Jacques Rancière: "la politique n'a pas d'objets ou de questions qui lui soient propres.(...) Ce qui fait le caractère politique d'une action, ce n'est pas son objet ou le lieu où elle s'exerce mais uniquement sa forme, celle qui inscrit la vérification de l'égalité dans l'institution d'un litige". Il distingue deux processus hétérogènes. D’une part celui du gouvernement ou de la police, entendu pas seulement au sens de la répression ou du contrôle social, mais aussi comme activité qui organise le rassemblement des êtres humains en communauté et qui ordonne la société en termes de fonctions, de places et de titres à occuper. D’autre part, le processus de l’égalité définit comme « le jeu des pratiques guidées par la présupposition de l’égalité de n’importe qui avec n’importe qui et par le souci de la vérifier ». Pour Rancière, la politique sera en fait « l’affrontement constant » de ces deux processus, « une lutte pour dire ce qu’est la situation », en quoi la police fait tort à l’égalité. Ce n’est pas une identité qui se révèle, mais une universalité. "Le seul universel politique est l’égalité". Non pas que l’égalité existerait comme valeur inscrite dans l’essence de l’humanité et qu’à ce titre, elle pourrait faire office de valeur universelle. Elle est plutôt une sorte de « présupposition devant être vérifié et démontré dans chaque cas nouveau, dans chaque tort qui est appelé à être réparé ". Faisant référence à la source grecque de la démocratie, il nous rappelle que le démos grec, avant d’être le nom de la communauté tout entière, était le nom d’une partie de cette communauté : les pauvres. Pas simplement défavorisés économiquement, mais ceux qui n’étaient pas comptés -au sens littéral du terme- pour avoir droit à la parole. C’est cette anomalie originaire qui définit le mieux le processus démocratique, quand ceux qui n’ont pas droit à la parole parlent, quand ceux qui sont hors-champ surgissent sur la scène de la politique. Il n’y a pas de démocratie simplement parce que l’on déclare les individus égaux et la collectivité maîtresse d’elle-même. « Il y faut encore cette puissance du démos qui n’est ni l’addition des partenaires sociaux ni la collection des différences mais tout au contraire le pouvoir de défaire les partenaires, les collections et les ordinations ». De Jacques Rancière encore: "Rendre à la démocratie son scandale". Cela nous mène tout droit à l'actualité du moment. Un petit test pour vérifier que vous suivez l'actualité: à la première phase de la campagne électorale présidentielle qui des deux processus cités plus haut s'octroie un contrôle absolu du fonctionnement des médias? Réponse: c'est bien seule la part qui gouverne marchandise et politique. Reste la seconde part, celle de l'égalité. Suivons l'approche de Rancière: "En vain nos gouvernements font-ils apporter par leurs experts les prévisions à long terme qui justifient les sacrifices qu'ils demandent aujourd'hui. La seule annonce que la Bourse du jour est à la hausse et que les "marchés" ont "bien réagi" à ces mesures d'avenir suffit à instruire les "ignorants", en ramenant cet avenir au quotidien de la spéculation. Il suffit alors que les petits ventres s'entêtent, comme l'ont fait les ouvriers français des transports, dans la défense de ce que les gouvernants appellent leurs "privilèges" pour que la machine s'enraye et que , de proche en proche, le jeu se retourne entièrement. Les têtes pensantes se trouvent alors accusées de n'être que les organes du grand ventre anonyme de la richesse, tandis que les petits ventres avides se mettent à parler comme des êtres intelligents et à exiger le droit de s'occuper de l'avenir oublié par nos gouvernants. Ces folies, disent les sages, ne durent qu'un temps. Reste que, de temps en temps, les sociétés réapprennent ainsi brusquement deux ou trois choses inouïes: que l'intelligence est la chose du monde la mieux partagée et que l'inégalité elle-même n'existe qu'en raison de l'égalité. Ces choses inouïes sont simplement ce qui fait que la politique a un sens." Puisons ainsi à la source grecque de la démocratie, pour avoir droit à la parole, et d'en faire usage. En toute égalité. Quel en est le litige? il porte sur la destruction néolibérale des formes de protection et de solidarités sociales. D.D |
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