Ici l'ascèse est la scie ! Petit potin ce regard trop attentif et nostalgique d'un bonheur vague. La cinquantaine passée de quelques heures, de la hauteur du demi-siècle, que dire? Allez un effort? Un court, une pensée pour la cellule nourricière d'une volonté sans compromis de changer la société, ma famille. Ma base de résistance qui fortifie. Ma base avec les forces de résistance qu'elle suscite à partir de l'utopie que nourrit l'amour maternel et paternel. Parfois la famille est l'un des derniers réduits de la résistance. C'est à dire des heures qui échappent encore aux rouages du système et à ses exigences, ainsi qu'aux pathologies sociales de grande ampleur -violence latente des forces anonymes. C'est à dire de ce qui peut encore rester de l'individu. La famille proche et ses traces, soi et ses proches, ses amours, cette perception du semblable dans le dissemblable des ami(e)s, et ses fils, le temps et son ombre portée, son lieu. Son récit, son art de résister, intime et indépendant. La forme de mentalité qu'elle suscite. La nature qu'on modèle à sa main, son style, et le leg farouche enraciné. Ce cercle magique réside dans des écarts conscients. Toujours à distance du troupeau humain qui courbe l'échine par zèle ou génuflexion, comme des cliques. Stop! car l'énumération ressemble à un vide-grenier, dont c'est la saison, plus tu cherche plus il y en a. Puis quand même un réconfort, qui n'oublie pas le meilleur de l'enfance, celui d'observer que finalement durant ces cinquante ans ce fut, par chance, comme une pelote de laine que j'ai déroulé môme autrefois, tout naturellement donné par une intuition toute individuelle perçue dès très jeune en faveur de mon vouloir-vivre foncier, mon voeu vital enfantin, voeu de ma sensibilité personnelle. Bref, puisque rien qui n'aura atteint les fibres profondes de ma sensibilité et de ma spontanéité, ne m'alourdi en poids de mémoire, pourquoi m'obligerai-je à retourner la tête pour célébrer rétrospectivement l'étendue parcourue? J'ai dit ce que j'ai pensé, même souvent en termes forts, et demain je fais de même. Libre et solitaire, riant en écartant le voile des mensonges sociaux derrière lequel grimace l'homme-pion, sous la nappe, sous la table, derrière la porte. Parfois avec colère en parlant, en parlant clair, au nom de tous ceux que je suis moi-même, l'humanité en soi!. Peut-être même qu'est vraie la fameuse phrase selon laquelle le plus individuel est en même temps le plus général. Pour preuve, notre présence au cinquantenaire du Diplo, cette fête de famille intitulée "Voix de la Résistance". Stop! car comme dans un vide-grenier, dont c'est la saison, on déballe, on déballe, et ça s'étale... Pour s'affranchir de ce cap de la cinquantaine, ce contraste entre mosaïque d'éléments vivifiants par libres bonds et miroir contre lequel je n'ai nulle envie de m'écraser le nez, gardant prudemment le silence j'ai opté pour l'ascèse. L'ascèse du travail en champ. Ici l'ascèse est la scie ! Et l'ascèse-ci, qui est différente de l'ascèse-sieste, est l'attitude qui consiste à dédaigner de faire un effort pour faire partager à autrui plus son âge que son humeur jardinière. Branches et feuillages aux énergies saines et vivaces se moquent de l'âge du jardinier qui peine. La preuve c'est que j'ai pris ma semaine pour tailler de l'arbuste et faire les peintures des fenêtres. Car avec la nature et son grand rire muet à l'égard de la marche lente du jardinier, t'as quand même intérêt à bien l'avoir en main. Sinon elle te gagne...Seuls le nouveau rayon de lumière compte pour son bond en avant, et quelque eau captive ou frémissante. C'est la leçon que j'en retire en ce qui me concerne, j'y pensais en taillant! Faut que j'maîtrise ma nature vu mon âge. D'ailleurs ce que j'observe déjà par la taille dans mon jardin d'Eden c'est qu'il faut que j'ménage la monture. Question monture, ça me fait penser que lundi je me rends justement chez l'ophtalmo. Un début de prise en main. Mais cette semaine c'est un peu couvert, voire nuageux, voir pluvieux, mais quel temps fit-il au premier jour de l'été 54? Bon. Stop! C'est tellement con, alors je me la ferme. En bref et brut de pomme ce qui me semble vraiment utile à dire, c'est notre incapacité à rendre compte de cette vie de mystères et rieuse, d'où son qualificatif de mystérieuse, en constant mouvement, à tâtons, en mutation et en transformation, en devenir... et ballons ronds. Héraclite le disait déjà mais personne ne s'en souvient. Du coup j'entends le soupir advenir:"T'as rien compris! c'est un prétexte pour trinquer!" Pourquoi pas la fête foraine dans ce cas? Voyons les motifs de trinquer: Héraclite disait: "Mourir de vie, vivre de mort." Nos molécules se dégradent et meurent, et sont remplacées par d'autres. Nous vivons en utilisant le processus de notre décomposition pour nous rajeunir, jusqu'au moment où nous n'en pouvons plus. Courte rétrospective de 1954: -"L'agence roumaine d'information annonce que Constantin Vasilache, héros du travail communiste, est en avance de quarante-six ans sur ses normes et commence dès maintenant sa production de l'an 2000. (Reuter)" -"Le ministre de la Justice, M.Guérin de Beaumont, ordonne l'abolition des fers pour les condamnés à mort, à l'intérieur de leur cellule." -"Hemingway, prix Nobel de littérature, ne se rend pas en Suède pour recevoir sa récompense. Il préfère rester à Cuba avec sa femme, ses 9 domestiques, ses 52 chats, ses 16 chiens, ses 100 pigeons et ses 3 vaches." -"Comme il arrive au peuple nicaraguayien d'oublier tout l'amour que son grand Anastasio lui porte, un trait d'union indispensable a été mis entre les deux: la mitrailleuse. Tantôt elle crépite, tantôt elle demeure silencieuse, mais elle est toujours là." (Armand Gatti: Petit portrait d'un dictateur, Anastasio Somoza, "Homme providentiel du Nicaragua". Esprit, décembre 1954.) DD |
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