Ch'tis.                                                                                  N°316 

J'y ai ri. Bon pas aux éclats, d'ailleurs la salle non plus ne riait pas aux éclats, mais un peu tout de même. De bons gorgeons de moments dans ce film qui n'en finit pas de mousser, comme la bière ch'tis qui est...en rupture de stock.

Mon préféré, j'étais parti d'un gros rire...contenu: quand nos deux agents des postes dessinent des ronds dans l'eau en pissant, bourrés comme des coings, après que le chef de la poste ait tenté d'enseigner à son subordonné comment il faut savoir dire non aux diverses sollicitations pendant la tournée postale, une cuite monumentale qui débouche sur un instant de fraternisation.  Espérons que c'est grâce à celui-ci que Biloute va être inscrit au dico dès 2009! C'est dire l'impact considérable de la cuite...Pas con! A méditer. L'intelligence, ça s'apprend.

"Bienvenue chez les Ch'tis". Tcho Wiiloute! un postier qui n'est pas du ch'Nord mais originaire du ch'Sud qui travaille à la Poste et se retrouve muté dans le ch'Nord. Et si ce film cartonne plus qu'Astérix c'est qu'il fait sens. A n'en pas douter il a une signification sociale évidente puisque plus d'un quart de la population française est allée le voir. J'en suis, je ne voulais pas me défiler, et j'en connais d'autres. Qu'est-ce qu'il en est dit ici et là? "les spectateurs plébiscitent la "simplicité" et "l'humanité" du film";"Comédie qui tourne en dérision des clichés."

Digression toute personnelle un peu rabat-joie, sur cette comédie. D'abord c'est l'éloge de la mobilité que j'y vois. Vous fâchez pas! J'explique. Au sens de "Que vous soyez fonctionnaires ou personnels redéployés du privé n'ayez pas peur de bouger, ne craigniez pas d'aller là où on vous ordonne de travailler, soyez mobile!" Bien que cela soit la plupart du temps source de souffrance. "Pas de psychose! Faut seulement créer un inter-langage avec les autochtones, voici un modèle: le Ch'ti! C'est rigolo! "

L'économie de la souffrance nous y sommes ici en plein, qui renvoie au masochisme essentiel. Démonstration. Ces Français n'aiment pas bouger, n'aiment pas s'éloigner de chez eux, ça les angoisse, ils ont peur de quitter leur chez soi? C'est parce qu'ils ont des préjugés, voilà tout. C'est parce qu'ils n'aiment pas les autres...N'viendez pô! Or notre époque est à la loi de la civilisation libérale qui déplace froidement, sans appel possible, qui oblitère "Paf! Circulez!, y a pas à s'en faire les gars! c'est un moment à passer, autant que ça soit avec des rires et du bon temps." Voilà donc en quelque sorte une comédie qui exorcise les peurs, preuve que, même la boisson sert à quelque chose.

Ceci-dit contradictoirement à son objectif premier le film dégage un méga-pessimisme social: après trois années dans le ch'Nord à racheter une conduite (sa faute: usurpation d'identité d'handicapé à fauteuil roulant-pneu crevé), le receveur de poste s'en retourne vers le bonheur du ch'Sud. Ce qui en réalité est totalement faux: en général les gens nommés contre leur volonté décident finalement d'y résider dans le ch'Nord. Mal informé Boon et élus subventionneurs? Quant aux postiers, l'image fausse de pochtrons risque de leur coller à la langue comme timbres-poste définitivement. Finalement le ch'Nord se veut donc conforme aux préjugés!

Puis cet autre aspect. "Les Ch'tis": un film patriotico-nostalgique avec un bérêt sur la tête? à l'heure de la mondialisation et du repli sur sa cannette de bière à soi, il y a encore un truc rigolo. Elwatan, journal algérien, nous l'apprend: "Ce soleil, il est complètement dans le coeur des deux personnages principaux du film puisque tous les deux sont, par leur père, originaires d'Algérie." Le plus gros succès du cinéma français n'est pas franchouillard, mine de rien.

Enfin, mon pré-sentiment: frites+bière soignent peut être du malaise vagal...Vagal? à la bière à "Bergues!" là où on ne s'éclipse pas pour aller pisser? Paradoxalement cette comédie joyeuse, bon enfant, heureuse en sorte, me renvoie direct à un malaise. Pas d'blague! Mais comment donc? J'explique. Debout dans un wagon de voyageurs de TER rempli à craquer, une bouffée de chaleur subite, et paf! je prends conscience que les voyageurs me relèvent, me demandent comment je vais, et m'assoient sur un siège. Je suis très blanc me dit-on, et en sueur. Je venais de tomber dans l'allée suite au premier évanouissement de ma vie. Puis sont venus la prise en charge par les pompiers du SDIS et l'examen médical au service des urgences. Allongé sur un brancard. Diagnostic? malaise vagal. "Malaise bénin" me dit le médecin-urgentiste. Je ne fus pas déçu du voyage: "Vous pouvez aller à votre travail." Je n'avais jamais entendu parler de malaise vagal. Or, depuis j'ai appris que c'est le terme à la mode pour décrire une syncope pour laquelle personne n'a d'explication. Cela remonte au début du mois et je ne vous en avais pas causé. Si j'en cause maintenant c'est qu'il y a des raisons.

Dénouement. J'en cause aujourd'hui parce que je viens de revoir une dame qui s'est portée à mon secours. Pour en savoir plus je lui ai posé quelques questions sur ce qu'elle avait vu, comment j'étais tombé, ce qui s'était passé, etc...Normal puisque cet instant, ce moment, me manque. Pas de trace en mémoire compte tenu de la perte de connaissance. Chance: cette dame en question s'occupe justement de sécurité à la SNCF, elle se rendait comme moi à son travail. Elle m'a dit comment elle a été surprise de voir que suite à ma chute dans l'allée, personne ne s'était bougé pour me porter assistance. Pire, selon elle, il a fallu qu'elle demande à une voyageuse assise de me laisser sa place pour que j'y reprenne mes esprits. Indifférence ou manque de présence d'esprit. Un malaise pourtant n'est pas banal. Même chez les indifférents, les endormis ou les somnolents qui sucent leur pouce (abstraitement s'entend) quand près de soi subitement tombe quelqu'un de tout son poids. Boom! D'autant qu'il peut être soit vagal soit cardiaque le malaise sans qu'on le sache.

Voici mon hypothèse: si ce film cartonne autant, toutes régions et générations confondues, c'est parce que, pour cause de bières bues, c'est la chaleur humaine qui compte. Chaleur devenue denrée rare par les temps qui s'écoulent. Parce qu'il se pourrait bien que ce qui fait rire c'est ce qui fuit: les relations de face à face, dites de proximité, l'intérêt pour l'autre. Bref, l'ancien temps comme un bock vide. Autant de relations de l'un à l'autre qu'on enterre en même temps que La Poste et les services publics y passent.

Car du beffroi pour qui sonne le glas? "L Poste" ou "La Po te" comme c'est écrit sur les flancs de la camionnette, le service public postal (avant que La Poste ne veuille devenir un service financier n'est-ce pas). Et ce qui va avec, les gens, la gentillesse.

J'ai lu chez certains commentateurs que pour La Poste ce film est une réhabilitation. J'en doute. Pas le seul. En fait ça aurait pu s'passer chez ArcelorMital. Ou Schneider. Ou BNP Paribas, Axa France, Télécom, Société générale, Vivendi, Danone,  Carrefour ,Vinci, EDF, Air liquide, L'Oréal, LVMH, Saint-Gobain, Crédit agricole, Lafarge, Veolia Environnement, Alstom, Pernod-Ricard, Renault, Bouygues, Unibail, Dexia, Gaz de France, Accor, Essilor, Alcatel-Lucent, Michelin, PSA Peugeot Citroën ,PPR ,Lagardère, Capgemini, EADS, Air France-KLM ,STMicroelectronics, mais non "pas disponibles" ou trop "respectueux" le Mr Boon sans doute, c'est chez La Poste que ça s'passe et qu'on rie tant quand on la met dans l'trou.

Voyez j'y suis attaché moi à La Poste. En tant qu'enfant du milieu côté maternel. Receveuse des PTT, ma mère assura nombre de remplacements un temps, c'est dire combien j'en connais de postes et de logements de fonction. Ainsi je me souviens particulièrement de deux interrupteurs dans chaque pièce, l'un pour l'ampoule, l'autre pour alerter la gendarmerie. Parfois l'estafette bleu horizon débarquait dans les cinq minutes. "Pardon! on s'est trompé de bouton. Excusez!" J'aimais bien.

A l'baraque à frites!

  D.D

 

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