Plein de mots. "Tellement plein de mots qui ne veulent rien dire que je ne comprends rien dans ce qui y est dit". Voilà, en plein sur le sourcil hautain je viens d'en prendre plein la tronche. Alors, continuera-t-elle, ou cessera-t-elle, cette chronique exploserait-elle en vol? Je blague. Mais cela aurait pu partir d'une impression reçue de l'extérieur. Alors à la 160 ème Chronique, arrêtons-nous un instant. Voyons nous voir. Le temps d'un examen et d'un jugement d'existence. Pour ce faire, j'y décèle ces interrogations: à qui ces chroniques s'adressent-elles? pour qui? pour quoi? Dire des sentences, des incantations, des exhortations, des commentaires, des confessions personnelles, de prescriptions détaillées, faire du chichi avec lyrisme, ou écrire comme on cause, etc...quelle en est l'utilité? En ce qui nous concerne cette question tombe à côté de la plaque mais bon... Dans ces longueurs, ou dans une forme concise puisque c'est selon l'humeur, la colère, l'envie de jouer, est-ce un journal intime, coutume répandue sur le net sous la forme de blogs perso où l'image que l'auteur se fait de lui-même domine jusqu'à l'imitation? Question à côté de la plaque mais bon... Quelle signification donner à ces enchaînements de mots confus proches du charabia qui renvoient à un déploiement dans le vide d'une forme d'être comme s'extériorise communément l'ego? Toujours à côté de la plaque mais bon... Face à cette fictive attaque en règle -un rappel à la norme, au conforme, à la résignation?-, ma réponse serait celle-ci: 1-ces chroniques forment une tribune engagée dans l'action, qui, en s'appuyant sur des faits concrets, fait partager ses étonnements liés à l'expérience de la vie, sachant que ces phrases dites à ce propos sont toujours en retard par rapport à l'existence. 2-celles-ci réunies font apparaître un mouvement. Qui est d'autant plus vrai puisque les écrire constitue une épreuve que j'identifie à celle du sauteur en hauteur qui, d'une fois l'autre, alliant vitesse, bon pied d'appel, détente et envol, se doit franchir sans faillir la barre qu'il s'impose. Et c'est justement là que les choses changent. Que c'est gagné et que l'effort en vaut le coup. Car qui dit mouvement dit physique relativiste. Rappelons le principe illico-presto. A partir d'une situation immobile, l'on assiste à la création puis à la destruction d'une particule. Cela constitue un événement. Sans bouger, devant nos yeux, la scène qui se déroule modifie le petit élément de matière en question. Maintenant, autre situation. A partir d'une situation mobile, en mouvement, très mobile même, à une vitesse précise, assister à cette même scène, à ce même événement, c'est voir simultanément la création et la destruction de la particule en question. Paf! Dans ces deux situations personne ne voit faux. Question: "Par rapport à quel référentiel jugent-on?" demandent les lois de la relativité qui, par ailleurs, développent le fait que toute chose a son énergie, et que l'énergie mise en mouvement devient matière. Imaginons maintenant appliquer cela à ces chroniques. Du coup cela s'applique aussi à ce qui est pensé en leurs seins. Ensemble, elles possèdent une énergie qui, mise en mouvement chaque semaine, l'une chassant l'autre, est devenue matière. Matière à penser -un peu quand même!-, matière à dire, à réagir, matière à interpréter, à évoquer, à faire, etc...Et du coup cette matière non-inerte, asservie à rien -ce qu'une société utilitariste refuse par nature, potentiellement parlant produirait sa propre contingence en échappant à son auteur. C'est pas clair? Non. Encore une fois, à quoi est-elle utile au juste? D'une pensée immobile -dite:"arrêtée"!-à celle en mouvement, la signification change, si l'on applique toujours le principe de la relativité. Application purement imaginaire je rappelle. En conséquence, en quoi est-elle utile puisque la signification change selon le point de vue -partial et/ou partiel-que l'on se donne, voir l'application aux Chroniques des lois de la relativité énoncées plus haut, ce qui bien sûr est de pure fiction. Si de l'un à l'autre cela ne produit pas le même effet? Enigme insondable. Y répondre n'exprimerait que l'état d'esprit de celui qui l'énoncerait. Point c'est tout. En terme d'usage cette matière sera-t-elle perçue comme de l'information ou du charabia ou du sans importance ou du rien du tout? Mystère. Comme tout ce qui est créé d'intéressant échappe à son créateur, ce qui en résultera sera-t-il si éloigné du but recherché? Mais quel en est le but au juste? Engendrera-t-il alors autre chose non-imaginée qui induira à son tour de l'imprévu agissant sur un contexte inconnu qui en pâtira?..., seule certitude, ce qui est dit peut être repris, refabriqué, réélaboré, recyclé, relooké, ou réagencé à la convenance du lecteur. Voire à sa totale indifférence. Et comble de tout: "...le malentendu est fécond. Je crois au contresens fructueux, à l'incompréhension productive." dit le peintre Soulages. En fait, comme dans tout texte, très peu de ce qui y est dit qui ne vient pas de la société, de ce qui a été appris, de ce qui m'entoure, du flux d'infos gobé, des choix de vie, des lignes de fuites, des convergences, des bulles de lecture, des conversations qui vont qui viennent, de l'air du temps qui s'inhale, et de la salade confectionnée avec tout ça. Du commun délavé, du tout à la fois énigmatique et grandiose de l'univers dans lequel nous vivons, respirons, parlons, brassons, embrassons, apprenons, rêvons...Et du coup, par ces phrases, destinées à qui le souhaite, me mettre au service du Tout commun je me mets au service de moi-même. En agissant ainsi dans cette extrême singularité, il s'y crée alors une ligne de composition pour constituer un nouveau paysage, pas une lanterne pour éclairer. Ces phrases par chance peuvent rencontrer l'appel d'un autre, composer avec lui. A chacun ses phrases... Bref, "Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur les choses." dit la célèbre formule stoïcienne. Donc, à quoi bon juger de son utilité. Ou c'est autre formule: "Chaque société est un système d'interprétation du monde" dit Castoriadis, qui prolonge: "Tout ce qui apparaît doit signifier quelque chose."
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