L'expérience! N°246 On vient de faire appel à mon expérience. En un domaine qui autrefois fut en partie le mien, pour apporter des recommandations, conseils et bonnes adresses, pour éviter quelques chausse-trappes. L'expérience, si elle n'est pas théorique, se réduit à une somme d'informations. Si à l'opposé elle est une pratique sans réflexion, elle se condamne à une répétition. Elle doit suivre un moment de va-et-vient entre la pratique et la pensée. Mais d'abord c'est vraiment gentil de penser que je pourrai aider. Ceci-dit et quoiqu'on en dise, il m'apparaît difficile à la faire passer, cette expérience. Même à l'aide d'un chausse-pied. Coupé du monde j'aurai pu la maintenir bien au frais, voir la congeler. Pour la ressortir intacte prête à servir, prête à s'offrir toute froide. Glacé d'autosatisfaction en me disant actif à travers l'autre. Mais je suis tout sauf coupé du monde. Ma pratique: un amas d'accidents. Des développements de niveaux d'existence multiples et variés, dira-t-on pour faire malin. Car au bout du bout c'est quoi l'expérience? Pour celui qui la reçoit c'est croire à travers l'autre. Pour celui qui l'adresse est-ce le sentiment -ou la croyance- d'avoir quelque chose de solide sous les pieds, ou bien est-ce comme à travers un entonnoir de sable, une vision de la vie? Plutôt qu'un doux nuage de gêne je préfère donc imaginer qu'elle n'est qu'un regard du coin de l'oeil, le plus habile à délivrer ce conseil sage: "Marcheur, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant" (Antonio Machado) Héraclite se résume souvent à cette idée qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. A quoi bon alors faire partager l'illusion de la permanence? Sinon d'ouvrir sa boîte en fer blanc (le savoir-faire) contenant des petits coquillages (la perception des événements), une feuille de papier blanc (l'inventaire), puis un miroir de poche (le vécu). Bref une trace de soi conduite par une intuition -ou un imaginaire- propre et singulier si possible. Cependant, au-delà de l'anecdote et de mes doutes, j'apprends que l'expérience serait prise très au sérieux de nos jours. En effet il est dit qu'elle devient une ressource d'avenir. Un gisement de savoir, le seul vrai gisement économiquement prometteur en Europe. Sa base est celle-ci: chaque salarié d'entreprise construit sa "mémoire de travail". Cette "mémoire de travail", constituée d'informations diverses, tirées et classées selon des critères personnels, s'apparente à la "mémoire métier", composée des référentiels, documents, outils, et méthodes employés dans un métier donné. Quand il part à la retraite ce salarié, si son expérience n'est pas collectée avant son départ, elle disparaît définitivement de l'entreprise. Donc perte d'un capital de savoir; perte d'une matière première potentiellement exploitable par l'entrepreneur, qui se prétendra au train où vont les choses, du même coup, fort abusivement propriétaire de l'expérience emmagasinée par son salarié. D.D |
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