Si Chirac en visite dans la fracture sociale de Valenciennes vient d'asséner: "La laïcité n'est pas négociable", Régis Debray écrit ceci dans Dieu, un itinéraire, son dernier bouquin : « En injectant un traceur radioactif dans les flux sanguins du cerveau de bouddhistes tibétains en méditation et de nonnes franciscaines en prière, deux neurophysiologistes américains, Andrew Newberg et Eugen d’Aquili, ont pu localiser enfin l’insaisissable : nos lobes pariétaux postérieurs :supérieurs gauche et droit. Les bases neuronales du transport mystique ainsi identifiées, dans des conditions normales, chez les sujets ne souffrant pas d’épilepsie ni de tuberculome intracrânien, il en découlerait que « le cerveau humain a été génétiquement conçu pour encourager les croyances religieuses » . Et Debray d’ajouter : » Que l’ homme, endomorphines ou pas, ait une compétence générique et génétique au surnaturel, comme il en a pour émettre des sons articulés, est une hypothèse plus que plausible." "La philosophie est", comme le dit Hegel,"son époque saisie dans la pensée." Ce que le présent porte en lui d'avenir, c'est au philosophe de le dire, si je comprends bien. Que Régis Debray, philosophe de son état, se saissise ainsi d'une découverte scientifique à ses yeux majeure est une bonne nouvelle en soi. Qu'il s'aventure à en déduire et reprendre sans réserve apparente, ce qui ne constitue quand même qu'une supposition; à savoir que c'est ainsi, que c'est comme ça, que c'est bien là où ça se passe, que les bases neuronales du transport mystique sont repérées, cela me décoiffe un peu au passage bien que cela soit de moins en moins visible avec l'âge. Alors que je vois dans le monde la laïcisation en marche, de la laïcisation tranquille, calme, douce, mais irréversible, Debray autrefois athée, en suivant aveuglément ceux qui agissent dans la science, serait-il saisi en ces temps étranges d'une crise de foi ? En ces temps étranges et difficiles, est-ce cela l'esprit du temps? De la religion pour aménager une infirmerie pour accueillir les blessés de la guerre économique, pour les vaincus du monde moderne ? Ou pour ne pas accepter sa finitude, pour retrouver le sens du sacré, ou pour croire y trouver le noeud de la vie collective, ou contre le vague à l'âme après perte de repères traditionnels, révolutionnaires et républicains ? Mystère et boule de gomme... Quand Karol bat la breloque et son Saint Frusquin, quand Bush brandit la bible pour lancer sa croisade, quand Ben Laden brandit sa k7 vidéo pour lancer la sienne,(ces deux là furent associés en affaires pétrolières), quand Sharon piétine du môme Palestinien au caterpillar (cherchez l'extrème-droite? Ils en sont tous !), quand on nous ressasse les neurones du choc des civilisations, si au constat, cela goupillonne et se colle au sol autant que cela postillonne par rafales d'armes automatiques, comme une histoire qui déraille, tu as quand même l'impression que quelque chose commence aux uns et comme aux autres à leur échapper. Bien que l'on en connaîtra jamais le vainqueur, la question centrale est: que faire pour engrillager nos femmes ? Parce que si les femmes prennent le large ou se la ramènent pour ne pas accepter le mari imposé, deviennent vraiment égales à l'homme, où va le monde...des hommes? Et qui va faire la soupe? Combien de cardinaux femmes pour élire le prochain pape, pourquoi le pape ne serait-il pas une femme, "Allez, au suivant, au suivant", combien de barbus femmes, combien de raclées conjugales, combien d'océans de violence dans le carcan des conventions sociales? Il en va de l'avenir des races, des religions, du pouvoir de la force, etc...Les personnes ci-devant citées s'en sont aperçues depuis quelque temps déjà. Pardon pour mon optimisme autant démesuré qu'inhabituel, mais la bagarre va encore longtemps être rude car je sens que "L'Origine du monde", ce tableau de Gustave Courbet est toujours autant irrécupérable. Mais le sens de l'Histoire est celui de la liberté. Ici aussi, ce tableau de Courbet gène encore... Dans ce qui faire peur, en plus de la liberté, c'est le hasard qui en découle. Mais aussi le hasard des choses, de l'imprévu, ce vide qui pointe son nez à tout instant. Et par hasard, l'on pense aux rencontres, l'on pense à tout ce qui donne envie de faire soi-même, de vivre sans bride, de cheminer en dehors de sentiers balisés, sablés et végétalisés. Ouverture à l'être, donc à tous les possibles, y compris vice et vertu, positif et négatif comme en photo. "Le moment humain par excellence" est celui comme le dit Merleau-Ponty "où une vie tissée de hasards se retourne sur elle-même, se ressaisit et s'exprime". Si l'activité de nos lobes pariétaux postérieurs: supérieurs gauche et droit, bases neuronales du transport mystique, à supposer que les scientifiques en question ne perdent pas la tête, en quoi Debray peut-il conclure, sinon par un tour de prestigitateur, que cela soit automatiquement conçu pour encourager les croyances religieuses. Le hasard autocréateur, hasard des rencontres des gènes, neurones, bidules, et machins-trucs déjà réunis, a peut-être installé un dispositif propice à la croyance, aux contes, aux bobards, aux religions, idéologies, aux promo de supermarché, à la promotion promise, etc..., bref un truc propre à vaincre le désespoir, un dispositif qui permet à l'homme de se perdre hors de lui-même, en se projetant vers des buts transcendants, l'homme étant ce dépassement etc,etc... Le hasard aurait donc situé là le tour de prestigitation, dans ces lobes latéraux, les ailes du cerveau ! J'en reviens au hasard; il faut être libre pour aller au-devant du hasard, non seulement l'accueillir sans réticences, mais encore à surenchérir sur lui par la diversité en s'inventant des petites trouvailles, de petits bonheurs de trouvailles comme de rencontres, qui l'un après l'autre, font la personne, la fabrique en toute liberté. Ce bon accueil du hasard est impossible, totalement carrément impossible, quand on croit à des trucs bornés, blindés de certitudes, pour se donner des solutions à tout, pour ne pas avoir peur des lendemains comme de sa propre fin et du hasard qui rode, pour savoir se conduire en société, pour les bonnes manières qui ne sont que la répétition d'anciennes manières, voire la ré-interprétation de ce qui auraient été d'anciennes manières. De "La glande pinéale", de cet endroit du cerveau où s'établit la relation entre le sujet et Dieu, Descartes en parlait déjà ! Donc, rien de neuf. Même si parfois, et c'est nouveau, de belles jeunes nanas vont se faire sauter à l'explosif, "Oh! fais moi boom ! Dis, envois-moi au ciel !", je "crois" quand même qu'en général les gens se bricolent, petit à petit, en tâtonnant, en essayant pour voir, pour voir si ça marche, pour voir si c'est bien, de petits univers dans l'ordinaire du quotidien, mais avec cette volonté farouche de liberté, de se défaire, de se déprendre. Et cela les affecte positivement. Pas tous bien sûr, les uns qui se cacheront, par l'esprit de sérieux, leur liberté; les autres qui essaieront de montrer que leur existence est nécessaire, indispensable, qu'elle est tellement utile qu'elle en est tutile, alors qu'elle est la contingence simple et belle comme pour tant d'autres espèces vivantes de l'apparition de la vie sur terre, par hasard. Mais c'est comme ça, et pour moi, mon coco, il y a toujours de l'invention, de l'imprévisible et du hasard qu'un grand nombre d'incroyants gère dans le quotidien concret des jours ordinaires qui se suivent, et par conséquence ne se ressemblent pas. Avec joie et sans se prendre trop la tête dans l'étau du rationnel, de la raison, de l'avoir raison, de l'ordre, de la morale et du spirituel -mais bien sûr qu'il y en a, Marx le disait déjà ! - parce qu'il n'y a pas de vérité pour les septiques, et qu'il n'existe seule que l'ambition de vérité pour les plus sages. Penser l'inverse c'est du flan . "La seule chose qui compte, c'est de savoir si l'invention qui se fait, se fait au nom de la liberté." disait Sartre dont personne aujourd'hui ne se réclame. L'humain est toujours à faire, c'est un chantier en chaleur, c'est un atelier de couleurs, une cuisine à saveurs...dans la liberté. Et qu'il se fait et se transforme. Pour preuve c'est au fil des générations, cela crée quand même de sacrées différences culturelles et de conditionnements entre ceux qui vivent en se bricolant par brassage d'une multiplicité d'expériences et les autres dont les lobes pariétaux postérieurs supérieurs latéraux aux voix qui sonnent faux, s'envasouillent de baves liturgiques depuis des siècles et des siècles. Et merde ! faudrait interroger les lobes en questions pour s'en rendre compte vraiment de ce qu'ils transportent...Mais la science n'y est pas encore arrivée, c'est encore heureux! En tissant un contexte, de lien en lien, de fait en fait, de petits pas en petits pas sans les bigotes, de plis en plis comme le chante Deleuze, de pans de savoir diffus en additions en vue de rien, avec une certaine manière de rire en élargissant du coup quelque peu le champ du toléré aux herbes folles, pensant qu'il est vain de lutter contre rien car à quoi bon faire plus con, et qu'au nom de l'impossibilité à reconnaître des valeurs comme nous l'apprend Montaigne (en passant, Mon Dieu qu'elle est triste la Rue Montaigne à Rennes !), l'on pense que c'est pas la peine de nous la rejouer cette scène du malheur ici bas en attendant le miracle, ce qui se nomme ici le christianisme, parole de dupes, qui tolère assez bien que certains "hommes" ne soient pas chrétiens, dès lors qu'il renonce à y voir des semblables. Maigre tolérance, dira-t-on, car combien de tribunaux ecclésiastiques-tribunaux politiques à juridiction spéciale ont dans l'histoire, envoyés au bûcher ces hommes autres, périr dans les flammes et la langue arrachée ? Quand l'Eglise dénonce le préservatif face au Sida en Afrique, quel en est le but final ? Faut être tolérant me dira-t-on en me sermonnant, parole de lâche. Attends ! Ma morale à moi, n'a jamais été d'envoyer quiconque se faire griller. Ce qui fût fait au nom des saints évangiles avec le concours actifs de fidèles guidés, maintenant on le sait, par leurs lobes pariétaux postérieurs :supérieurs gauche et droit. Cherchez les responsables... Ah! je m'enflamme. Mais il y a de quoi! Avant que je vive, la vie, n'avait aucun sens pour moi, je vous le jure et crache bien gras sur la croix, en me raclant la gorge jusqu'à mes bases neuronales du transport mystique. Depuis, si je me sens petit devant "L'Origine du monde" (de Courbet), mon sens est de m'y envisager libre, joyeux et debout, tout le temps. Mais pour ceux et celles qui souhaitent combler l'activité de ces deux parties du cerveau formant ailettes qui seraient non-stimulées comme une paire de fesses ridées, que Dieu soit louer. Mais pas cher vu à l'usage son peu d'efficacité sur terre pour la paix, sur mer pour marcher dessus, comme au ciel quand on y monte. Je suis convaincu que Régis Debray sait tout cela. Mais vraiment que signifie son intervention active et directe dans le cours des évènements combourgeois qui ne transformeront pas le monde, en venant recevoir le prix du christianisme des mains d'une comtesse d'un château de contre-républicain? "En injectant un traceur radioactif dans les flux sanguins du cerveau de bouddhistes tibétains en méditation et de nonnes franciscaines en prière", éclairés comme des cierges et des guirlandes, des étoiles de Noël...Mais où est Dieu dans tout ce bordel d'illumination? Pour déconner, chantons "As-tu vu mon lobe ! As-tu vu mon lobe ! lobby !" PS: La conférence de Régis Debray se tient samedi 25, à 15 h dans l'amphithéâtre du lycée Chateaubriand à Combourg.
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