Ce fut l'été mais c'est plus !

Et d'un, démarrons par quatre éclats de Jim Harrison pour se remettre de la perte de l'été et de la chute des feuilles:

"Au matin le ciel était aussi rouge que ses yeux ou son cerveau / il se retourna dans l'herbe trempée de rosée et dit non"

"Je tiens à avoir une relation intime avec la nature. Si le jeudi je suis une grenouille, ça me regarde."

"Que la mouche soit guidée en vol par un cerveau de mouche / Me diminue -jadis je n'avais pas de telles pensées"

"Une vieille maison qui sentait le kérosène et les pommes / notre étreinte dans un grenier sombre, mais comment poursuivre?"

Et de deux, par cet autre étincelle: "Vouloir, savoir et sentir constituent un écheveau inextricable" de Robert Musil.

Maintenant vous vous débrouillez avec ça. Mais en connaissance de cause...Quant à moi, je regagne chemin faisant, latéralement comme en crabe, nos bidouillages radiophoniques avec cette question: comment écouter à la fois le bruit des champs à l'orée de bois et partir en voyage dans la contrée des musiques nouvelles, traces industrielles avec extension poussée au jazz-rock éclektique, avec distorsions électroniques et expérimentales chaque soir après 21 h. Le tout s'inscrivant par la même envoûter son auditoire d'un milliard de saveurs...! avant que la cire de la conscience soit comme durcie.

Dans la nappe de sons et de signes...et des fils déliés est plongée du coup une main investigatrice en vue de la résolution, action partielle, locale, d'un logiciel vachement récalcitrant le salop! la prudence commanderait d'éloigner cet homme -que je suis!-qui risque d'aggraver la situation, de commettre quelques méfaits dans la plus grossière ignorance, de procurer plus de dommage que de profit, dépourvu est-il -suis-je!- de l'inflexible logique qui préside à la bonne résolution des problèmes de rétablissement de l'ordre dans ces têtes informatiques. Le caractère de l'homme est empirique, le mien beaucoup trop! A force, prenant appui sur les citations conseillères ci-dessus comme principe de détermination et ressort caché j'y arriverai peut être parmi les innombrables combinaisons avec ma vue bornée devant un horizon infiniment étendu couvert d'irrésolutions de toutes sortes, de toute la série des causes et autres épineuses questions.

Seul finalement un ensemble de hasards et de concours de circonstances m'aidera. Sagesse moderne? Mais sagesse c'est quoi au juste? Le sage pense sa vie, et vit sa pensée. Contre les folies et les superstitions de son temps. Sagesse, donc: raison et vérité. En fait je ne sais ce qu'en auraient dit Lucrèce, Epicure, Epictète, Héraclite, etc...des ordinateurs, d'internet et de tout le tintouin. La sérénité se ride-t-elle? ou bien serait-ce un peu de poussière d'étoile qui a été saisi, un segment d'arc-en-ciel accroché au passage?

Le choc serait très violent j'imagine, j'en suis sûr! A chercher et gratter et palper, à explorer, à parcourir, à bégayer, nous entendrions battre leur coeur. Eblouis ces grecs antiques par les signaux d'alerte indéchiffrables...,l'accélération vertigineuse des vitesses dans le transport des marchandises, des personnes, des données, des idées, des infos, des modes, des images, des musiques, des épidémies, des traffics, de la criminalité, de l'argent de toutes sortes, de l'appétit des profits, des pollutions, de l'épuisement des ressources, des flux de gènes trangéniques -le pollen des plantes transgéniques qui peuvent féconder d'autres plantes non-trangéniques situées jusqu'à 21 km des parcelles "sources"-, des neurosciences, de la bêtise satisfaite d'elle-même...,se laisseraient-ils prendre au jeu?

Pas possible. Sans rien d'exubérant, avec une gaieté tranquille, une façon d'être sur terre, ils nous diraient le plaisir d'être vivant, d'être là, comme on dit, sous le ciel qui change de couleurs, sur une nappe de mots qui braconnent, ils nous diraient de déraciner un peu notre vie de la "modernité technologique" qui prend possession de soi; arrivés du fond des siècles, en état de curiosité, mon opinion est qu'ils apprécieraient plutôt Jim Harrison.

Pour Héraclite, tout n'est que flux et reflux: il n'y a pas d'êtres, il n'y a que des évènements! La sagesse n'est pas un repos mais un combat, une joute, par laquelle le sage participe à "l'harmonie tragique" du monde: il s'agit d'accepter joyeusement la part fugace que le temps nous accorde. Et pour lui il n'y a qu'une sagesse, celle de la nature. Et Montaigne tout proche d'Héraclite en pensée, de la sagesse, il s'en moquait: tout pour nous est temps, montre-t-il, et le temps est néant."Le monde n'est qu'une branloire pérenne, écrit-il, la constance même n'est autre chose qu'un branle plus languissant...Je ne peins pas l'être, je peins le passage...".Pas de sagesse, seulement des sages.

Ce qu'ils diraient d'autre en notre monde, en notre temps, en notre vie, en notre réel humano-économico-techno-mondialisant? Oh! je suppose ceci en imaginant leur tête: on n'échappe pas à son temps, parce qu'on n'échappe pas à soi. Et de renvoyer chacun à son goût et à sa solitude. Le tout est de ne pas se raconter d'histoires et d'être vrai au moins pour soi.

Rilke, qui n'était ni philosophe, ni grec antique, conseillait ceci:"Entrez en vous-même, essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez...Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble...".

Oh! mais quel est le rapport? Harrison, l'ordinateur, Héraclite, Rilke, les OGM, mais quel rapport? le rapport? j'en vois moi. Allez, je m'en retourne le dire à ce logiciel...d'automne récalcitrant en ce changement de saison, et croyez-moi je vous en ferai part si cela marche !

DD

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