Fraîcheur. N°283 Kouchner en Irak! Rappel: le 15 février 2003 près de quinze millions de citoyens manifestaient dans le monde entier contre la perspective de la guerre en Irak. Du jamais vu! Rien qu'en Angleterre, en Italie et en Espagne, dans ces pays d'Europe dont les gouvernements avaient chosi de se ranger derrière Bush, les manifestations du 15 février rassemblèrent environ dix millions de personnes. Dans le journal Le Monde du même jour, tout en défilant je me souviens d'y avoir lu ceci: selon les observations transmises par la sonde Wilkinson, "l'Univers est formé de 4% d'atomes de matière ordinaire connue (protons, électrons, neutrons); de 23% de "matière noire" inconnue et de 73% d'une "énergie sombre" qui serait extraite du vide et pourrait contrebalancer la gravité". Et ce jour-là il pleuvait aussi, je crois me souvenir. Or "Les pluies sauvages favorisent les passants profonds" écrivait René Char. Question pluie. "Alors quoi de neuf? Le temps!", ainsi même mon âne vient de m'en parler avec empressement, j'ai senti ça. Du mauvais temps. De ce temps arrêté où l'herbe pousse sans se poser un moment, où le sol est mou et spongieux donc pas bon pour les sabots qui s'y dissolvent. Pas un rayon sérieux pour réchauffer son esprit d'âne pas bête qui va à pied, peu de nounous muettes avec leurs n'enfants qui piaillent pour le divertir cinq-six minutes pas plus. Avec des limasses et des escargots pour partager sa pitance on fait mieux. Avec de la buée devant les yeux les oiseaux font du bec, les troncs branches astres comme les grillons restent à couvert et se taisent, les bourdons grimacent et bougonnent, les fourmis se les caillent et se lassent, et ce son ce son ce vacarme de gouttes de pluie qui martèlent les grandes oreilles. Bref, tant d'éléments qui en feraient bien à la longue un âne botté à ciré jaune. Sans parler que c'est pas agréable de se rouler dans la boue. Ni de brouter des brins d'herbe mouillée par brouettes entières durant toute cette catastrophe de saison. Sans parler des graminées incertaines comme varech échoué. Sans parler des problèmes à venir d'angoisses paranoïdes, d'humeurs changeantes bien que peu frivoles, d'alourdissement et d'arthrose à mettre un corps en morceaux, de douleurs dorsales, ou de tête, ou d'épaule, d'énervement, de lassitude, de toutes sortes de carences dues au manque de vitamines du soleil, des gerçures, etc...qui feront le bonheur des pharmacies. Sans parler des poteaux de clôture qui verdoient et sont chaque jour de moins en moins statiques quand on s'appuie dessus. Sans parler des déductions météologiques probabilistes et foireuses comme prophéties incantatoires. Sans parler de s'embrumer les bronches. Sans parler de ces nuits frigidaires et aubes aquatiques où s'entendent croître les racines. Sans parler fraîcheur et fluidité, graduellement mais inéluctablement. Sans parler des feuilles de châtaigniers jaunies qui tombent prématurément avant l'automne, comme pâté salade. Sans parler du ciel et de ses stries, troué de mille orifices comme l'arrosoir du jardin. Sans parler que contrairement à toute logique les hirondelles ne sont pas parties et qu'elles essayent toujours de gober des moustiques...J'ai ouï dire que même les hirondelles n'ont plus suffisamment à croûter, donc ne peuvent pas entreprendre de partir. Choix cornélien: croûter ou partir! Je ne sais rien de plus. Ni pourquoi, ni comment... Sans parler qu'à la maison la famille des hommes n'y a pas décollé des congés. Qu'elle n'a pas pu vraiment finir les peintures extérieures puisque dès qu'il sortait son pinceau la pluie remettait ça de plus belle, sans compter qu'elle n'a ni mangé ni pris l'apéro sous ses tilleuls en fleurs. Ou en graines. Sans parler qu'à la maison la famille ne cesse de pester depuis les dernières élections, et sur le climat pesant, et sur le paquet fiscal, et c'est pas fini. Encore heureux qu'il lui est arrivé un p'tit chaton joueur qui a été baptisé dans un premier temps Milig, puis après Achille car plus facile à retenir. Bref, observons par soi-même que si les pluies sauvages favorisent les passants profonds, dans ce domaine il se pourrait bien qu'il n'y a rien à attendre des pluies domestiques. Allez savoir pourquoi. Mais je crains que mes propos sur la pluie bassinent. Stop! J'énerve. D.D |
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