Contrats .                                                                              N° 208     

Je viens d'apprendre du motard avec qui je déjeunais ce midi qu'à l'initiative du ministère de l'intérieur une étude d'installation du mouchard sur tous les véhicules mis en circulation, pas seulement sur les poids lourds, et y compris sur les motos, est en cours, voire rendue. Il m'est venu à l'esprit immédiatement une carte d'identité new look comportant un portable miniaturisée intégré au revers de la carte dont la vocation serait d'adresser des messages "d'intérêts publics", de type prévention routière, ou risques d'attentat ou sanitaire, etc...mais qui rendrait possible en retour la trace immédiate de toute personne sur le territoire. Pour, dira-t-on, "faciliter les recherches compte tenu de leur coût quand il y a disparition". L'étonnant c'est que ceci n'est plus considéré comme un scénario de science fiction, mais s'inscrit tout banalement sans hésitation parmi les diverses probabilités visant à une économie de coût pour le gestionnaire des deniers publics (l'Etat) dans les années à venir. Et l'on en parlera alors d'une indiscutable avancée démocratique...

Le motard avec qui je déjeunais -qui n'est pas de la police!-poursuit sa conversation:" Le contrôle des terres en jachère se fait déjà au mètre carré près par satellite, de manière à vérifier les déclarations du propriétaire sur son dossier de demande de subvention. Donc, pourquoi s'en étonner? On dit que le progrès tuera l'homme on y est presque rendu!".

Il poursuit, entre viande-purée et fromage blanc, en m'entretenant de contrats d'assurance. Je le laisse parler sans trop écouter, me rappelant que dans les assurances, un contrat n'est que le photographie d'une situation à l'instant T, qu'un contrat ne peut être comparé à un ancien parce que tout a changé, le monde, la jurisprudence, ce qui est couvert par les assureurs ou ce qui ne l'est plus, ce que les événements récents ont produit en sinistres, etc...Au domaine particulier des assurances s'applique ainsi l'image d'Héraclite à propos du fleuve qui n'est jamais le même, que ce fleuve est toujours changeant. Compte tenu aujourd'hui de l'importance des assurances dans la mise en oeuvre des activités comme des réalisations cet aspect de la question n'est pas neutre. Mais ce dont est sûr mon collègue de repas c'est qu'il est une vache à lait, qu'il paie mais qu'il n'est pas sûr d'être bien assuré pour sa moto.

D'une assurance l'autre, puisque là où nous en étions de notre conversation comme du dessert il m'est venu à l'esprit d' imaginer que ce flux sans cesse changeant, sans cesse mouvant, puisse s'appliquer à l'identique des contrats d'assurance aux contrats de travail à venir, de l'assurance "dommages aux biens, responsabilité civile, couverture véhicules" à l'assurance de statut et d'emploi, direction vers laquelle se sont orientés patronat et gouvernants, avec pour conséquence dans le quotidien de chacun la précarité absolue. Toujours changeant, imprévisible, pouvant basculer d'un côté comme de l'autre, du pire ou du meilleur, tel sera l'avenir prôné par les tenants de l'idéologie libérale: "D'un côté le passé, de l'autre l'avenir. D'un côté l'immobilité frileuse, de l'autre l'épopée humaine." Non-assurance pour la vie à venir.

Dans l'un et l'autre cas, assurance et travail, cela renvoie au contrat. Contrats face aux risques. Donc, mesure du risque, appréciation des valeurs à couvrir. Négociations du pot de terre contre pot de fer. Bras de fer. Complexité de la situation. De quelle autonomie, de quel recul dispose-t-on? Quels sont les termes du contrat? Cette question n'étant valide bien sûr que de ceux qui ont à s'assurer de quelque chose.

Et cette question est aujourd'hui bien ouverte par la création du CPE (Contrat Première Embauche): le salarié ne dispose d'aucun droit et l'employeur d'aucun devoir. Précarité, chômage, faibles salaires. Contrat pire que tout: pire que les contrats à durée déterminée et les contrats d'intérim. Un encouragement aux patrons voyoux puisque ceux-ci n'auront pas la peine d'apporter le motif de licenciement. C'est un coup porté au Code du Travail.

Pire encore puisque ce sont les métiers mêmes qui se dissolvent au profit de compétences non-définies, à leur tour toujours mouvantes, changeantes, prises dans un flux du besoin temporaire...Pourra-t-on supporter un tel flux qui va en s'accélérant ? La réponse est non. Il faut du durable, en instituant du constant. Et de l'égalitaire. Il s'agit aujourd'hui de prendre conscience du fait que ce qui se joue est sans précédent.

  D.D  

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