« Les effets de la guerre sur l'économie états-unienne ». Interviewé sur France 2, notre ministre de l’économie Francis Mer avouait l’autre soir que les buts de guerre en Irak sont le contrôle du pétrole et la relance du business. Et qu'il serait temps que la situation économique que nous connaissons se décoince. Parce qu’ une bonne guerre redonne de la confiance dans les marchés. Au moins Mer le dit quand Bush s’la ferme ! A l'opposé, le Prix Nobel
d'économie 2001, Joseph Stiglitz analyse dans le Taipei
Times les conséquences économiques
probables de l'aventure Bush en Irak, si elle a lieu. Son expertise
souligne que le conflit affaiblira l'économie mondiale en
général, même s'il doit profiter à certains
intérêts particuliers. Cette guerre ne nécessitera pas de mobilisation et n'aura donc pas d'effet positif sur l'emploi. De même, toutes les armes nécessaires à sa conduite existant déjà, elle nécessitera pas d'investissements de l'État qui pourraient relancer l'économie toute entière. Vue la politique fiscale de Bush, les dépenses de guerre seront financées par des coupes dans les budgets de l'éducation, de la santé, de la recherche et de la protection de l'environnement. Cette réorientation budgétaire affectera le niveau de vie des Américains et donc leur consommation. L'attente de la guerre, liée à l'incertitude sur l'avenir du pacte de stabilité en Europe et sur le système bancaire japonais, va accroître les craintes sur les marchés financiers, déjà fortes en raison des scandales financiers. Les mesures prises sur cette question à contre-cœur par l'administration Bush n'ont rien arrangé. Il existe également une incertitude sur le prix du pétrole. Personne ne doute de l'intérêt que Bush porte à la question pétrolière, mais l'aventure irakienne comporte des risques dans ce domaine. Dans un premier temps, les prix du pétrole vont sans doute flamber et, par la suite, le nouveau gouvernement irakien qui va devoir financer la reconstruction de son pays augmentera considérablement l'offre de pétrole. Dès lors, soit les prix baisseront dramatiquement et la Russie et le Mexique verront leur économie s'effondrer, soit l les pays du Golfe baisseront leur production et les prix flamberont, provoquant un choc comparable à celui de 1973. Il n'est pas possible à la
fois de mener cette guerre et d'en tirer des bénéfices
économiques, et cela sans compter les nombreuses vies innocentes,
à la valeur incalculable, qui seront perdues." The effect of war on the US economy. Lire aussi « Le premier des voyous »
par Bernard Cassen Bref, on est saisi par le mal de
mer . Pour reprendre Kafka : « Nous ne vivons pas
dans un monde détruit, nous vivons dans un monde détraqué.
Tout craque et cliquette comme dans le gréement d’un voilier
délabré ». Fentes et craquements que donnait
à voir Kafka, et que la situation expose au grand jour. Dans le même temps, ici, c'est peut-être le rendez-vous avec l'histoire. Pour célébrer le quarantième anniversaire du traité de l'Elysée entre la France et l'Allemagne, Chirac et Schröder ne veulent plus attendre les autres membres de l'Union européenne. Avec de prudentes précautions oratoires, ils dressent le constat du décalage existant entre la volonté politique d'indépendance de la France et de l'Allemagne et celle des autres membres de l'Union européenne. Ils proposent donc d'avancer seuls dans l'intégration, et de le faire le plus vite possible. Les deux dirigeants justifient cette initiative explicitement, quoi qu'en termes diplomatiques, par la nécessité de s'unir immédiatement pour affirmer, sous la pression de leurs opinions publiques, une position différente de celles des États-Unis sur la scène internationale. On entend d'ici, par dessus la Manche, Blair faire la gueule ! Etre à la hauteur de l'histoire, c'est empêcher le recours à la guerre, et construire une Europe des solidarités. Vite ! Et avec de la musique ! Lire à ce propos l'article de Jean-Pierre FAYE, philosophe: Musique de la pensée franco-allemande
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