20.                                                                                  N°296

La parole du mégaphone vibre dans l'espace un moment. Unité. Etrange que celle-ci, dans un monde en voie d'être pulvérisé. Cette multitude d'épaules, être à vingt mille dans un seul corps, et avoir des bras gigantesques au-dessus des maisons. Malgré la pluie. En toi, le calme.

Lutter avec les pas comme avec les mots paraît infructueux. Et cependant la lutte commence par le pas comme par le mot. Ces points de résistance sont précieux. Dans l'air j'entends qu'on répond: un bon préparatif pour les circonstances qui s'avancent.

Pourtant je ne suis pas un mauvais sujet. Quoique gréviste le 20.

Quoique "fonctionnaire, fainéant par nature, assisté, privilégié, nanti, responsable de la dette".

Quoique "preneur en otage", puisque c'est ce qu'ils en disent de nos jours de ceux-là qui "n'y auraient rien compris" aux coffres remplis par les bénéfices effectués non pas avec le travail, mais avec la spéculation, les opérations boursières!

Quoique "saboteur", à la vitesse à laquelle circule l'information qui se vautre dans la fange des inepties des anti-grévistes: "Supprimer les régimes spéciaux, c'est une question d'équité", "On nous empêche de travailler!", "C'est une prise d'otages!", "La mondialisation oblige à supprimer les régimes spéciaux", "Avec l'allongement de la vie, il faut travailler plus longtemps","C'est une promesse de campagne, être contre est anti-démocratique", "L'opinion publique est contre cette grève, les sondages le prouvent".

Quoiqu'"archaïque", comme l’est cet ancien inspecteur du travail, Richard Abauzit, pour analyser en détail les incroyables « réformes » mises en œuvre par nos soi-disant « représentants » qui, manifestement, ne défendent plus du tout l’intérêt général mais autre chose.

Quoique "concerné", comme le sont tous les salariés que nous sommes (16 millions). Tous concernés, pas un pied ne devrait manquer sur les pavés de nos villes pour crier à la catastrophe. Et confirmer ce que le philosophe Alain répétait sans cesse: la vigilance ne se délègue pas.

Richard Abauzit a lu en détail et réfléchit à chacune des « réformes » du droit du travail que les exécutifs — de tous bords politiques ! —  nous imposent discrètement depuis des années. La cohérence de l’ensemble des « réformes » est consternante et effrayante, vous allez voir. 

D.D

 

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