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Fichiers. N°397. Retour à l'actualité nationale de la semaine. Parce qu’elle le vaut bien ! Examinons deux annonces gouvernementales. Qui s’annoncent comme deux lourdes menaces. La première menace. Allez! je prends le parti d'en rire. Pour mieux passer incognito depuis que l’on sait qu’Hortefeux aime la farce: il a profité de la Sainte Edwige pour promulguer deux décrets créant deux nouvelles « bases de données » destinées à renforcer les moyens d’enquête de la police. Dans le décret, il est écrit : pourra également, "à titre dérogatoire", être fait mention d'éléments à caractère politique, philosophique, religieux ou syndical si y est lié un comportement "incompatible avec l'exercice des fonctions ou missions envisagées". Le parlement ne sera pas consulté. Participant depuis de longues années, modestement, à ma mesure, à l’animation de la vie démocratique de mon pays, en tant qu'acteur associatif, élu municipal, élu du personnel, et lecteur assidu d’ouvrages philosophiques, voici ainsi ma contribution, en guise de présentation, à la composition du fichier policier qui pourrait être le mien, considérant possible que cette chronique fasse l’objet elle-même d’un tirage papier qui y sera incorporé. Alors j’avise la marée-chaussée dès aujourd’hui. Quand je suis en manque de bouquins, j’agis. C’est le cas ces jours-ci. Je cours les librairies. Et y fréquente les rayons et les étagères, à la recherche de documents compromettants voir subversifs, ou du moins qui peuvent l’être selon l’interprétation du moment. Je dois avouer que je mets quelque fois pas mal de temps avant de l’acquérir. Je l’ouvre, le feuillette, je lis telle ou telle page, au hasard, le repose, fais quelques pas, je parts dans une autre direction, reviens à l’endroit où je l’ai consulté, le reprends, je rejette un coup d’œil, je le pose, je reparts ailleurs, j’en feuillette d’autres de la même façon, je donne l’impression de partir, de quitter, de me diriger vers la caisse, je relance un regard sur l’ouvrage choisi et quelque fois fais volte-face, je reviens à l’endroit où je l’ai pris, le repose et m’en vais sans plus d’explication. C’est dire combien il est difficile de juger rationnel un tel comportement. Louche ! je suis louche ! quand je cherche, choisis et achète un bouquin en rayon philo. Je passe à la caisse et ressorts de la librairie avec mon petit pochon à la main, d’allure ordinaire mais la mine satisfaisante et heureuse comme si j’avais réalisé un coup. Car dans ma poche, ma poche de résistance, mon petit pochon je sais que s’y tiennent des textes qui éveillent les consciences ! Et mettent des mots sur l’incertitude grandissante de l’époque! Ah ! de la philosophie à coups de marteau ça cache quelque chose ! Indubitablement ça cache quelque chose ! Méfiance. Avant d’être pris la main dans le sac, voilà, je tenais simplement à le dire. Ah! oui, aussi je possède un cache-col ! (l’hiver) que je rabats sur le nez. Et même que, quand j’attends mon train le matin, je ressemble à quelqu’un qui traverse les nuages lacrimo en se cachant le visage, c’est dire ! Voilà je collabore ! que voulez-vous de mieux ? Avec humour même! La seconde menace. Mais cette fois je prends le parti de ne pas en rire. Nouvelles bases de données en ce qui concerne la République et la démocratie locale. Réforme de l'Etat et des collectivités locales, territorialisation et préfectoralisation. Dans ce projet de réforme des collectivités territoriales, le Président de la République et son gouvernement annoncent, tambours battant, qu’ils opèrent une nouvelle territorialisation de l’action politique, qu’ils poursuivent la décentralisation… bref, ils essayent par tous les moyens de nous faire croire qu’ils agissent dans l’intérêt de la démocratie locale en recherchant une soi-disant proximité simplifiée. Pourtant la réalité est toute autre. La "territorialisation" cache en fait une véritable recentralisation des pouvoirs et des compétences entre les mains des préfets, représentants de l’Etat au niveau local. A ce titre, il vaudrait mieux parler de préfectoralisation plutôt que de "territorialisation". Dans l’avant-projet de loi relatif aux collectivités territoriales, les préfets se voient reconnaître un rôle démesuré : ils pourront demander la création d’une métropole et en proposer le périmètre ; ils pourront proposer la création d’une « commune nouvelle » ; ils seront à l’origine de l’élaboration du schéma départemental de la coopération intercommunale ; ils veilleront à ce que toutes les communes soient partie prenante d’un EPCI d’ici à 2014, etc. Nous le sentons bien depuis quelques temps, la préfectoralisation rampante est devenue l’arme privilégiée du gouvernement. D'un, pour contrecarrer les victoires électorales d'opposants au niveau local. De deux, la préfectoralisation en supprimant les ministères (DDE, DDAF, Jeunesse et Sports, etc...) et en récupérant les missions de ceux-ci et leur personnel sous l'autorité seul et irréversible du préfet -ce qui lui donne tout le pouvoir de l'Etat en région- organise intégralement la destruction des services publics de l'Etat. De trois, la mise à sa botte des élus locaux par le biais de la suppression de la Taxe Professionnelle et la réduction des compétences. D'où recul des libertés locales, étouffement financier des ménages, et atteinte à la démocratie locale, que voulez-vous de mieux ? Qui pilote les préfets? devinez? Par ailleurs la réforme des collectivités locales supprime un échelon d’élus en regroupant en un seul deux niveaux de représentation : celui du conseiller général avec celui du conseiller régional, tout en maintenant les deux collectivités la région et le département -avant suppression de ce dernier. Par conséquent il s’agit de bureaucratiser l’élu puisque cela le rendra économiquement dépendant des instances compte tenu du temps plein consacré à l’exercice de sa représentation en deux assemblées. Inclus dedans voir abrité, voilà ce que sera l’élu. Ainsi il connaîtra moins les coups et les heurts, leur déchaînement, c’est bien au dehors que la vie se déploie. Et entre gens de bonne compagnie, on sait se conduire n’est-ce pas ? Conclusion : perte d’indépendance, des élus coupés de la vie qui deviendront vite des auxiliaires du pouvoir. Elu territorial? Oh! une fonction propice à la connivence charmée pacifiante ! D’ailleurs j’entends déjà les gloussements complices ! Bref, tout ça ce n'est ni plus ni moins qu'un déni de démocratie manifeste. Voici pour le premier versant démocratique. Pour le second versant une autre réforme. Celle de la représentativité syndicale qui est du même tabac. Elle vise à supprimer la pluralité syndicale en réduisant cette représentativité à deux syndicats majoritaires. Qui seront subventionnés en conséquence. En réduisant au maximum la représentativité syndicale par aggravation des difficultés à présenter même une liste pour les élections dans les entreprises, etc…L’effet « bureaucratisation » ne pourra être évité. Même conclusion que ci-dessus : perte d’indépendance, ces élus deviendront les auxiliaires du pouvoir. Même constat : d'où recul des libertés syndicales, étouffement financier des salariés, et atteinte à la démocratie syndicale, que voulez-vous de mieux ? Elu syndical? Oh! une fonction propice à la connivence consultative pacifiante ! Quel rapport en ces deux annonces gouvernementales, « bases de données » et préfectoralisation? Leur rapport est celui-ci : toute personne qui émettra une opinion qui ne proviendra pas de ce personnel d’auxiliaire rémunéré, appelons-les « conseillers » (élus territoriaux et syndicaux) fera l’objet d’une surveillance particulièrement accrue (voir plus haut). Toute voix hors cadre ou réfractaire relèvera du délit. Or qu’est-ce qu’une société conduite selon une seule vision du vrai et du faux, du bien et du mal, selon une ligne toute tracée tombant d'en haut? ça s’appelle une société totalitaire! Aujourd'hui Sarkosy n’est-il pas en train de confisquer le sens donné à la politique ? Qu’est-ce donc la politique ? Pour y répondre je reprends ce que je viens de trouver sur un blog : « Selon Castoriadis, la politique est justement le domaine de la doxa, de l’opinion, qu’il n’y a pas d’épistémê politique, de vérité scientifique en politique. Le choix entre telle ou telle opinion politique n’est pas donné a priori mais renvoie à la bataille politique, confrontation d’idées et constructions de rapports de forces, choix qui doit être en permanence (ré)interrogé. » Puis ce blog cite « une analyse fondamentale de Castoriadis qui indiquait que les êtres humains avaient la « capacité de faire émerger ce qui n’est pas donné ni dérivable, combinatoirement ou autrement, à partir du donné ». Autre développement: il peut m’être rétorqué que ce n’est pas parce l’on est élu à plein temps qu’on devient mécaniquement auxiliaire du pouvoir. Au risque de m’égarer, voici ma réponse. Dans le cadre de la réorganisation du service de l’Etat qui est le mien et dans lequel je suis délégué syndical, le rythme des réunions est tel, soit de réunions de « concertation » soit de réunions de comité technique paritaire, qu’une coupure évidente s’est créée entre ce que les délégués du personnel siègeant dans ces instances locales ont reçu comme info petit à petit et ce qu’en savent leurs syndiqués, et plus encore ce qu’en savent les salariés. Les réunions qui se tiennent dans le cadre de réunions de bureau de représentants ou d’assemblées générales sont loin d’être suffisantes. Le paysage se dérobe sous nos pas et notre regard se perd car petit à petit, au fil du temps, ça décroche. L’impuissance se ressent ! Quelque soit les points que nous soulevons, l'impression que je ressents est que nous sommes sollicités par notre direction ni plus ni moins soit en tant que conseillers techniques et sociaux qui pourraient être amenés à mettre en lumière tel ou tel dysfonctionnement, soit en tant qu'observateurs censés communiquer les projets et les décisions reçues. Mais de toute manière dans le respect des formalités d'usage. Pas pour entendre nos revendications! Tout est mené à un rythme soutenu dicté par un planning fixé à l’avance par le pouvoir central pour briser les ministères et une partie de leurs missions. Un échéancier qui découle de l'application des circulaires Fillon annonçant à l'été 2008, la promulgation d'un Décret pour la fin 2009, sans consultation du parlement. Les ministres se retrouvant dépouiller de leur ministère comme les députés de leur fonction ! Nous en sommes à être réduits vaille que vaille à n'être que des auxiliaires ou observateurs de basses oeuvres. Et cela quelque soit notre acharnement à faire entendre, quitte à ce que se soit inlassablement, que toute réorganisation est montée comme château de sable avant la nouvelle vague de suppression d’effectifs et de missions qui aplatira l’échafaudage. Telle est donc mon expérience. Et ce chantier s’élargit de jour en jour ! Fianlement ces deux annonces gouvernementales n’annoncent-elles pas la « démocratie » à venir ? Au bout du compte je résume : quel rôle est dévolu à la démocratie locale ou syndicale ? Constat simple: il ne s’agit plus qu’une forme de management! Utile à pomper les connaissances sociales du terrain pour mieux désarmorcer les conflits possibles, pour mieux désarmorcer les rapports de force! Voilà à quoi sera réduite à l'avenir la-dite « démocratie » locale ou syndicale. Ainsi elle s’inscrit dans le cadre de management général de la société Sarkosy! Ces deux annonces « managériales » n’annoncent rien de bon. Le processus est engagé. On verra s’écrouler ce qui ne sera plus que prétentions illusoires. Il nous reste à en soupçonner l’imposture démocratique. Et je prends le parti de ne pas en rire. D.D Chronique: T’as déjà travaillé sur un étau limeur ? Tu coinces bien ta pièce métallique entre deux fortes mâchoires d’acier, et bzzzz, t’appuie sur un bouton et la machine fait le reste et bzzzzz et bzzzzz,…Si tu fais pas gaffe et que tu papotes avec le voisin, quand tu reviens, il ne reste plus rien….Donc la chronique décrit l’étau, les fichiers, la bureaucratisation des élus et les mâchoires préfectorales…mais il y a ausssi le bzzzz bzzzz…le bouton sur lequel tout bon citoyen va pouvoir bientôt appuyer, si on suit Berlusconi et j’en connais un qui est de la même trempe…Tu me fais un beau sourire je te clique sur le bouton rouge, tu te caches dans ton écharpe grise je te clique sur le bouton gris, je mets un zéro à un élève il me clique sur un bouton noir, le postier m’apporte une moche carte postale, je lui clique le bouton jaune…et bzzzzz et bzzzz…tous laminés en somme ! Françoise 21/10/2009-21:24
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