Portable.

"Pour  nous faire oublier le froid  

Sur  la neige un doigt dessina    

La silhouette bonde d'un lion."

Paul Eluard. Le livre ouvert.

Eloge de la lecture, pour faire oublier le froid. Eloge du livre qui s'ouvre. Ces livres sont de formidables fenêtres. Portes et fenêtres. Une fois ouvert, il se forme des terrasses, des belvédères, des promontoires, des sites panoramiques dotés de longues vues. Qui donnent, ou/et peuvent donner sur l'horizon, le ciel, le soleil, tout. J'ai mis longtemps avant de m'en apercevoir. Pour apprécier ce "voir". Se voir à travers la vision de l'auteur, ou du témoin. Par ses sentiments, etc...Je connaissais des lectrices dévoreuses d'instant consacré à ces auteurs. Goulûment. Qu'il soit un bref moment de jouissance ou un présent large et dense, on peut le considérer comme un simple instant si on le compare au temps d'une existence entière. Mais le goût du livre dure infiniment. Il est alors le plaisir. Le plaisir étant une plénitude, une autonomie où le présent agréable se suffit à lui-même. Un art du bonheur.

Quand on lit, on lit. Pas à moitié, pas distraitement. Pas en feignassant non plus face aux deux feuilles blanches striées de caractères d'imprimerie. Seule tolérance possible, lire comme un glissement vers le sommeil, un glissement vers le rêve. J'aime regarder cette femme qui chaque jour à la lecture esquisse un léger sourire de bonheur. Une fois qu'elle referme le livre et le glisse dans son sac, son sourire suit le même parcours. Montaigne dans "Essais", livre III, chapitre XIII, dit "Quand je danse, je danse; quand je dors, je dors; voire et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurences étrangères quelque partie du temps, quelque autre partie je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. (...)Nous sommes de grands fous:"Il a passé sa vie en oisiveté, disons-nous; je n'ai rien fait d'aujourd'hui.-Quoi, n'avez-vous pas vécu? C'est non seulement la fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations.-Si on m'eût mis au propre des grands maniements, j'eusse montré ce que je savais faire.-Avez-vous su méditer et manier votre vie? Vous avez fait la plus grande besogne de toutes."Notre grand et glorieux chef-d'oeuvre, c'est de vivre à propos."

Sur le marque-page qui m'a été glissé dans le sac plastic de la librairie malouine dans laquelle j'ai acheté ce livre puissant qui m'absorbe en ce moment (de François Maspéro-Les abeilles & la guêpe), il y est inscrit cette citation de Jules Renard "Quand je pense à tous les livres qui me restent à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."

L'art peut s'exercer aussi par petits bouts épars, comme une attitude, une libre disposition à accueillir en soi les mots dits là, à l'instant même de leur lecture. J'ai en mémoire un reportage récent d'Arte sur l'appétit de lecture chez les russes de Russie d'aujourd'hui, sans illusion sous Poutine. Au coin d'une rue dans une file d'attente, en transport en commun, etc...L'édition y est en plein essor, les bouquins pas si chers, et la clientèle massive. A l'inverse, les américains...Lire c'est résister.

Des nouvelles du front? Ferry, tout droit sorti d'Ubu, ne veut pas le port de la barbe dans les établissements scolaires, la barbe étant un signe ostensible ! En plus, ça chatouille. Entre Grande Gribouille et Balai à Merdre, si l'on en juge aussi le projet de Loi Perben, sortir à deux et vous formez déjà une "bande organisée",( à deux éléments vous êtes une bande ). Et grâce à la loi Perben , Madame et Monsieur Untel aura le devoir (et droit à une prébende ) pour vous dénoncer.....Ah ,les beaux jours !  Sortir à deux donc c'est une bande organisée à deux! De même que les délits dits "d'habitude" (lorsqu'il est interdit de faire une chose déterminée "à titre habituel"). Sont considérés ainsi ce qui est commis deux fois. Deux fois devient donc "à titre habituel"; et être deux, une "bande organisée"! . Comme Bush vient de prôner l'abstinence sexuelle qui sera enseignée dans les écoles américaines, attendons-nous donc ici à de nouvelles coutumes venues d'Amérique. Interdiront-ils les bougies en plus?

Cela me fait penser que je ne peux m'abstenir plus longtemps à resolliciter une nouvelle carte d'identité nationale. Et me défaire au plus vite de cette carte en carton qui, caduque et devenue rose suite à de nombreux lavages en machine, apparaît très suspecte par les temps qui courent.

D.D

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