250.                                                                                                                        N°250

Simplicité brute pour fêter cette 250ème: le partage du sensible.

Apprécions l'instant. Sans faire tinter les bouteilles. Et cette question -qui casse l'ambiance- rebondit alors: comment échapper à l'emprise de l'économie totalitaire? Qui n'a pour tout objectif de croissance ni celui du partage ni celui du sensible. Qui nous plume et le corps et la tête...et la vie et l'espace et le calendrier et le reste même quand ça manque. Réponse: voir, faire et penser à sa propre mesure. Au moins, à ma mesure l'effort est là, l'esprit de cette chronique en témoigne, je l'espère. Pourquoi donc en fêter la 250ème? Car 250 chroniques, cela marque son temps, et sa propre mesure: 5 ans, semaine après semaine! Et pas à pas, que du local!

Pas mal. Du local qui aurait pu s'inscrire dans cet emballement: "Barbare, tu as chanté le houx et le soleil. Tu n'as jamais traversé les salons où se fabriquent les renommées que comme un étranger crotté de terre et d'herbe. Tu n'as respecté aucune règle mondaine. Tu n'as pas joué leur jeu. Cette habitude que tu avais de tout considérer avec la plus grande gravité les faisait rire. Tes deux monnaies, colère et ferveur, n'avaient plus cours." (Xavier Grall, Barde imaginé). Pour faire l'affaire, à Rochefort en Tréméheuc, sur cette butte de laquelle nous transmettons nos ondes, parmi les autres arbres sauvages l'on y tient un jeune houx et le soleil. Et quelques boules granitiques, et la douce paix végétale.

Pour le houx je vous en offre deux brins avec leurs fruits rouges pour les fêtes. Mais pour le reste j'y renâcle, n'ayant ni le goût du païen, et du fétichisme des contes et légendes de Bretagne, et de ses reliques militantes, ni des doux délires d'une langue de vent, ni celui d'ailleurs des deux monnaies citées par le barde qui n'ont plus cours. Alors pour que chaque détail de la vie matérielle n'y trouve pas seulement un prix d'argent, avec le remugle fétide qui s'exhale du tout-à-l'économie qui nous afflige et ferme la porte à double tour, le partage du sensible m'apparaît une piste plus convaincante.

Mais qu'est-ce? On sait que par "partage du sensible" Jacques Rancière -vu en plein air tout en chair et épiderme à Rennes fin août. Pour en savoir plus... - entend ce qui "dessine ainsi des partages de l'espace commun": "C'est la manière dont, en assemblant des mots ou des formes, on ne définit pas simplement des formes de l'art, mais certaines configurations du visible et du pensable, certaines formes d'habitation du monde sensible. Ces configurations sont à la fois symboliques et matérielles, traversent les frontières entre les arts, les genres, les époques. Elles traversent les catégories d'une histoire autonome de la technique, de l'art ou de la politique."

En ce sens, j'opine et enchaîne subtilement qu'ici, dans l'entre-croisement de sites amis -saluons au passage l'arrivée d'un nouveau comparse: philippelegall.com-, à la trace d'univers épineux que laisse cette chronique sur le net, du brassage que l'on y tient haut en lieux-dits, des petits cailloux blancs poétiques qui se sèment dans l'hypersphère, de musiques et son, voire du méli-mélo des rendez-vous, cela en prend un brin l'allure.

En clair: à notre façon de se mêler de tout ce qui nous étonne, y compris de discerner les rouages captivants du monde, en se déclarant d'emblée incompétent en tout sans jamais laisser sa conviction à la maison car tout se discute d'égal à égal où la sensibilité s'implique, pas récalcitrant à la pratique de la technique, de l'art, et de la politique (1&2) -se démarquant de ses seuls enjeux électoraux-, il se partage peut être là de l'espace commun et du sensible. Sachant que ce "Partage du sensible" c'est une improvisation, c'est un geste, une manière d'être, un art de vivre. Un mouvement, un rythme, une légèreté, un foyer vivant d'existence.

Dans ces fabrications provisoires et locales que sont ces sites, souvent l'on se rend visite, chacun va voir ce qui est dit de neuf ici ou là, s'impatiente quand il en revient bredouille, bref il s'y passe quelque chose en général...Pas de doute. Tout le monde pense. C'est la simplicité même, pourrait on croire: pourtant en pensant on s'arrache précisément à la simplicité dit Rancière. Et si on le suit d'assez près plus loin sur cette voie: penser passe par l'intervalle indéterminé entre ce que l'on est et ce que l'on crée ou dit; penser, c'est plonger dans l'écart entre les gens et les rôles qu'ils jouent, les fonctions qu'ils remplissent ou les places qu'ils occupent.

D'esprit profondément égalitaire, par la capacité d'échapper à soi-même et à sa place appartient à tous, dit Rancière.

Par la tenue et la lecture d'une telle chronique je l'atteste: c'est l'échappée partagée! A la semaine prochaine! sans quoi ipso facto cela nuirait au tonus général.

D.D

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