Vendredi. N°237 Vendredi matin, 6 heures. Hum! comment dire...cela s'apparenterait à ça: "Le réveil a sonné, il est huit heures, il faut que j'aille au travail, mais je l'emmerde, le travail" (Castoriadis) Vendredi après-midi. Assemblée générale départementale d'un syndicat d'ouvriers dans lequel je figure. AG de rentrée. Bilan des actions menées. Etat des forces. Enoncé des attaques néo-libérales de l'été et de la rentrée, actualité de reprise particulièrement chargée. Corps social en mauvais état. Pouvoir d'achat. Expression des convictions. Colère. Applaudissements. Rappel à la lutte des anciens. Retour aux fondements. Désolé, je m'y ennuie. Vivement le prochain mouvement social! Il pleut dehors, il y fait bon. Vendredi il n'a pas cessé de pleuvoir. Quel présage pour l'année électorale à venir? Est-ce de bon augure pour que germe cette fois-ci quelle que chose qui changerait la donne, cette pluie favorisera-t-elle les germes d'une nouvelle orientation? Ou bien est-ce déjà signe de tristesse? Mais pourquoi donc à tout prix donner un sens à tout ce qui nous tombe sur la tête? Heureusement ce délire de superstition glisse sur moi comme goutte d'eau sur un tissu en polyuréthane de manifestant. Vendredi en soirée. Au téléphone: "Ah! c'est toi Dorin? je te reconnais, comment tu vas?" Dorin est un ami peintre qui réside près d'Arad, en Transylvanie roumaine. "Je viens en octobre chez vous! J'aime votre pays, j'aime votre ciel et ses nuages, j'aime les maisons et la mentalité des gens. Et j'aime votre vino!" Pour ce "ciel et ses nuages" Dorin, de Galca près de ses Carpattes natales, apporte pinceaux, toiles et tubes de peintures afin de les saisir à toute volée "si le talent est là!". La dernière fois -il est de ces amis que l'on ne rencontre que tous les cinq-six ans, mais l'essentiel est de renouer le fil, c'est tout- c'était à nous de lui adresser tout l'équipement par convoi "quasi" humanitaire, car là-bas il manquait de tout. Du coup, par téléscopage il me vient à l'esprit ce peintre breton "orientaliste" du début XXème, Ernest Guérin, découvert par hasard cet été grâce à une belle expo qui s'est tenue à Saint Briac. Vendredi soir. Raclette entre amis. Découverte des travaux d'aménagement de maison que Roland mène lui-même, petit à petit, bout à bout. On parle des chats. Et de diverses choses plaisantes et agréables qui m'échappent. En écoutant la voix basse et rauque du dernier Dylan. On passe un bon moment à chasser quelques frelons. Retour par petites routes. Rentré au milieu de la nuit moite, ciel lointain, à poils couchés, j'aborde la lecture de Castoriadis: "Il n'y a rien, dans aucune société, aussi "archaïque", aussi "a-historique" qu'elle puisse être, qui ne soit la présence inconcevable de quelque chose qui n'est plus là, et aussi l'intimation également incroyable de quelque chose qui doit venir." Puis m'endors. Passent les jours, passent les années. Comme ce genre d'épisode avec sa petite musique... D.D |
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