Scié.                                                                                     N°333  

S'il devient bateau de dire que l'ère de l'information, celle de l'informatique et d'internet, permet un immense changement d'échelle de nos activités en général, quand ce changement est appliqué à notre radio "locale" ça fait bizarre.

Comment dire que telle musique créée à Bombay, reprise en réseau sera demain écoutée à Dinan ou Brest...ou en Chine (puisque par le biais de notre diffusion par le web l'on y compte des auditeurs), et tel morceau initialement enregistré à Londres, sera remixé, samplé et rediffusé à Rio, puis repris à destination d'ailleurs...en Russie par exemple (puisqu'on y compte aussi des auditeurs)? ça je ne sais pas faire. Un nom a-t-il été inventé pour ça? J'avoue être scié par ça.

Comment dire que nous rediffusons désormais en direct les émissions qualifiées "locales" de musique classique produite par Radio Neptune en direct depuis Brest grâce à une liaison internet, donc à faible coût, sans utilisation d'ordinateur ni d'un bout ni de l'autre? Et comment signaler encore que nous venons de procéder cet été à la mise en oeuvre de notre radio en fonctionnement tout automatique, ou dit autrement tout informatique, avec mise à l'heure précise? Quel nom devra-t-il être inventé pour ça, un nom qui rendra bien compte combien je suis scié par ça?

Ayant tant peiné avec ce qui se nomme les technologies analogiques (les cassettes audio, et les bobinos magnétiques), après ces incessants efforts à durer et perdurer -"point à tenir"-, appréciant d'être soulagé oui j'avoue être scié par tout ça.

Car ce que je décrits là est la "concrétisation" au moindre coût d'une réalité technique à partir d'une idée circulant ici et là des uns aux autres, qui s'effectue en co-évolution avec un environnement technique plus large, celui de l'internet. D'une part, selon nos moyens et nos soucis d'autonomie de frêle esquiffe radiodiophonique aux formes rudes et artisanales situé dans un petit bourg au milieu des champs et sans tapage, qui va 24 h/24 depuis plus de 25 ans contre vents et marées; d'autre part, grâce surtout à Romain notre chef d'orchestre en technologie, sons et programmes.

Comment exprimer encore que ce qui se passe ainsi chez nous par le biais des techniques dites "numériques" c'est une histoire de techniques "relationnelles"? Car si elles restent toujours des techniques et technologies de l'esprit au sens large, c'est en commun par coups de pouce mutuels sur forums et conseils (Merci!Jean!), qu'elles se débroussaillent, se digèrent, se filtrent, s'inscrivent, se goupillent, se bidouillent jusqu'à s'en donner le tournis, se tripotent les profondeurs comme les surfaces, se débordent, se dressent devant le vide, s'esquissent les contours, se dessinent les traits d'une figure pour en donner une forme. Je cherche encore le nom du processus multiple qui se rapporte à ça.

Comment parler de cette forme sinon en ces mots? Une forme colorée par l'idée de l'égal et la haine viscérale de l'autoritarisme dans laquelle ici se trouve évidemment ce que nous y mettons: la disponibilité gratuite -puisque sans pub à entendre- d'un horizon musical très ouvert, vecteur de métissage fécond aux rythmes nonchalants (de la musique classique le midi aux sons électro-acoustiques du soir et de la nuit, en passant par les sons mondiaux du jazz, la musique latino et ce blues né sur les bords du Niger), y compris ces autres services dont on ne parle jamais: la confiance, la personnalisation, l'interprétation, l'authenticité, l'accessibilité...

Bref, compris ou pas ce modèle imparfait (tout n'y est pas lisse, il y subsiste nombre de retouches nécessaires), en plus de proposer une économie d'abondance et de gratuité -autrement dit sans rien ni personne à vendre- c'est de la confiance qu'il diffuse. Comment faire savoir ce qu'il faut savoir: la confiance ne peut pas être téléchargée? Et que la confiance est un élément intangible qui a une valeur croissante dans un monde saturé?

Haut et fort, à qui veut l'entendre et le comprendre je le clame et insiste dans la langue des signes (Voir: "Vérité de la Démocratie" de Jean-Luc Nancy): ce serait peu de dire que tout ça m'enchante!

D.D

 

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