Germe.                                                                             N°275

Le projet reste celui de transformer le monde. Le temps d'un vagabondage à Paris, d'une virée, d'envies et donc d'échappées et me voilà recolmaté si le besoin d'une philosophie du dimanche de vote s'en était fait sentir. Ah! cette force de l'art. Petite visite d'abord à la nouvelle expo consacrée à Paul Rebeyrolle. Voir Lieux-dits le site à Françoise. Chiffons, vieilles serviettes, combinaisons, grillages et autres matières. Des toiles qu'on regarde comme quand on observe un sol d'un lieu commun, d'un délaissé qui porte les traces d'humanité. Parmi les matériaux bruts et l'équilibre de matière et de transparence de formes et d'informes, qui comprend aussi colle et peinture y résident le neuf, le nouveau, l'auto-création humaine qui se puise dans la re-création à partir de ces traces, de ces éléments communs.

De tels fragments de nature...dans des délaissés de tissus, de chiffons, de bouts de laine qui pendouillent, de peluches, de traversins, de petits oiseaux naturalisés, des gadgets plastiques, soit de tout un patchwork de la vie d'exister, c'est aussi dans l'expo d'Annette Messager qui se tient à Beaubourg. "Les Messagers" en est le titre, artiste, femme pratique, collectionneuse, amoureuse...Et donc de la vie elle-même...articulée par une machinerie de bouts de tissus qui montent et descendent, chavirent ou se traînent.

Chez Rebeyrolle comme chez Messager s'y expriment des vies vraies rebelles, réfractaires à programmer, à planifier, à standardiser et donc à figer. S'y regarde l'existence donc le complexe, le tragique, le non-linéaire, le non strictement rationnalisable au dam de ceux qui ont cette étrange manie de mettre les choses et les gens dans des cases. S'y exprime l'humanité comme masses d'eau ou d'air qui circulent, combinant les crânes d'animaux et les poils, ce qui est souillé oublié à portée de main, à portée d'yeux. S'y enseigne la révolte, l'indignation, et les grandes questions de l'existence. S'y met en lumière le visage social et politique des sociétés capitalistes, leur mode d'être. S'y glisse l'imaginaire, la pensée héritée et les jonctions qui s'opèrent. Et s'opère l'élucidation.

Quand Gilles Clément paysagiste philosophe dont l'influence se ressent sur le Parvis de l'Hôtel de Ville dans le fragment de jardin éphémère exposé -l'expo temporaire est éclatante de couleurs- dit ceci: "Il faut aussi requalifier de nombreux milieux considérés comme des friches, des terrains vagues, des nomans-lands qui, en réalité, sont des zones de créations naturelle et d'évolution en pleine poussée", j'y incorpore par sédimentation aléatoire et rencontres impromptues, le temps suspendu, l'empreinte dans le flux du temps, les matériaux bruts, premiers, et les pantins de mousse et cotons, ce qui me donne à voir à regarder à percevoir de neuf et de beau, de force et de joies dans les oeuvres d'artistes -ces artistes majeurs qui me touchent- ainsi que l'émotion que j'ai ressenti dans ces toiles comme dans ces installations douces et autres accrochages éphémères, les images-souvenirs images capturées, oeuvres échevelées, hirsutes et filamenteuses.

Puis autre temps autre mouvement, et autre force visuelle, à l'heure du projet de loi Hortefeux, sur le Parvis de Notre Dame je croise un grand cortège musicalement percutant, balade sonore sous des centaines de parapluies blancs portant un seul et unique message: "Il faut protéger les réfugiés!". Ce qui symbolise la protection qui doit être garantie à tous les réfugiés.

D.D

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