Voilà le printemps ! . Et le printemps quand cela nous arrive, c'est doux comme du velours . Cela bourgeonne dans tous les coins, c'est déjà çà . C'est la grande symphonie de la vie diront les enfants sages. Et  j'imagine, il y a toute une rengaine printanière en préparation chez mes collègues de bureau qui, comme des oiseaux, s'échangeront les chants près de la machine à café. Mais gaffe : « une pie au printemps annonce le mauvais temps ».

Les douces pluies de printemps ont réveillé les crapauds au fond de leurs cachettes et bientôt ils se précipitent vers les mares. Un instinct primordial les fait retourner à l'endroit qui les a vu naître et qu'ils ont quitté il y  a  2-3 ans sous forme d'un petit crapelet mesurant à peine 1 cm. Les mâles, plus nombreux, arrivent les premiers, et ceux qui n'ont pas eux la chance de rencontrer une femelle en route se bagarrent pour les dernières en poussant des petits cris. Bientôt celles-ci pondront un ruban de 600 à 2000 oeufs. Pour les rencontrer, visitez les mares la nuit, en ce moment, dès que la température se radoucit . Mômes, c'est ce qu'on faisait . Ben ouais ! Et en plus on rêvait assis dans la rosée.  Mais cela n'a aucune importance . C’était juste pour dire quelques p'tites choses essentielles qui à notre époque, sont de plus en plus loin des yeux .

Loin des yeux aussi, « Colonia Caracol ». C’est un joli nom printanier qui veut dire Colonie Escargot . C’est par un mur  de 2 mètres de haut et de 200 mètres de long qui vient d’être construit par les autorités mexicaines que sera mis loin des yeux un quartier populaire où vivent un millier de familles de Monterrey . Surnommé par les habitants « mur de la pauvreté », il est situé à quelques centaines de mètres de l’immeuble qui accueille cette semaine 60 chefs d’état et de gouvernement pour parler de « la lutte contre la pauvreté , d’efforts que doivent consentir les pays riches pour contribuer plus et mieux à réduire le fossé entre le Nord et le Sud ».  Sous couvert de traiter du financement du développement cette conférence de Monterrey entérinera la quasi-extinction de l’aide publique aux tiers-mondes . Des économistes experts et fonctionnarisés justifieront la décision d’abandonner à leur néant des millions de miséreux, dans des villages sans école où n’importe quel analphabète, dès lors qu’il est de sexe mâle, peut se proclamer délégué du Prophète et juge de la charia . Voilà le printemps ! .

Déprimant . Cette campagne électorale de printemps est déprimante . Pas de vrais débats . Pas de candidats flamboyants . Une campagne qui débute triste comme un jour gris pluvieux de mars . L’animation de la vie démocratique est plate . Tout bouge partout, les enjeux sont multiples, mais ici en ce moment, la campagne est plate … Faut dire qu’entre l’Europe, le business et sa mondialisation et la décentralisation, ils ne semblent plus avoir de grains à moudre . Pas de débat d’idées. Rien à dire . Cela ressemble au Salon de l’Agriculture…

Qu’est-ce qui peut motiver pour nous y intéresser ? Autrefois, c’était la rencontre . Les meetings, les réunions publiques ou les collages d’affiches, c’était une rencontre avec les autres, c’était faire équipe pour présenter ses visions sur le bien commun . En quatre rounds électoraux, les présidentielles plus les législatives, et le tour sera joué pour une bonne décennie .
Toute notre société change, et les musiques accompagnent la complexité de nos itinéraires, ici on l’atteste . Mais peu nombreux sont nos contemporains qui ne vivent pas en regardant leur nombril, ou leur trou du c... dans le rétroviseur : leur téléviseur ! . « Tempête en mars, t’en chie en avril » disent les anciens .

Si la petite pensée docile, toute formée par les ordres que lui donnent les grands médias tremble de peur, bon nombre de salariés ressentent une violente insécurité sociale .
Il y a là-dedans mille idées qui pourraient alimenter si bien une campagne politique ennuyeuse!
Peut-être pourrait-il être parlé de la caricature anglaise de la privatisation de l'énergie :  trois millions et demi de foyers britanniques les plus démunis ont des compteurs à jetons et paient des tarifs plus élevés avec le risque que leur approvisionnement soit interrompu . Ou encore, beaucoup plus connue celle-là de la caricature anglaise de la privatisation des chemins de fer . Et du métro londonien, etc…Des fonds de pension etc… Mais heureusement à Barcelone la mobilisation sociale n’a pas attendu .

Ou encore de Disney qui a investi dans le site initial de Marne La Vallée 440 millions de francs. Soit 4 % du total des 45 milliards officiels. TVA à 7 %, prêt à 7,85 %. La France a garanti l'opération en cas d'échec. Disney ? " l'instrument d'une vassalisation volontaire de l'Europe ", par un " serial killer en puissance ", une entreprise " d'infantilisation et véritable initiation au capitalisme totalitaire ". C’est Paul Ariès qui s’exprime ainsi dans un ouvrage qui vient de sortir : Disneyland - le royaume désenchanté, aux éditions Golias, 284 pages, 20 euros.. Selon William Vega, psychiatre cité par l’auteur, " les immigrants mexicains qui entrent aux Etats-Unis sont en meilleure santé que les Etats-uniens qui ont deux fois plus de troubles psychiques. Ils perdent au bout d'une dizaine d'années leur protection culturelle et connaissent alors des taux de dépression, d'anxiété et de drogues qui tendent à s'aligner sur ceux des Américains ".

C’est aussi l’Organisation mondiale de la Santé qui constate un accroissement du nombre des obèses et, surtout, l’apparition de l’obésité dans des pays où elle était pour ainsi dire inconnue. La sédentarisation et la généralisation de mauvaises habitudes alimentaires importées des nations industrialisées en seraient la cause. Dans certaines régions, on passe de la famine, ou quasiment, à l’obésité, sans jamais avoir connu le bonheur d’être simplement gras. On leur file la mondialisation, on se garde l’art de vivre.

 Alors qu’aurais-je attendu d’un vrai candidat potentiel aux présidentielles de printemps ? Sinon qu’on nous cause d’autre chose que de notre nombril insécurisé . Le nombril c’est Le local, c’est le « Moi, mon moi » et il a aujourd’hui pris le pouvoir .  
C’est vrai qu’il y a cette béance du néant. Elle génère une angoisse insupportable d’incertitude .
J’aurais voulu des défis annoncés, des paris, dans le sens où tout n’est pas joué d’AVANCE comme on veut nous le faire croire… un pari politique lié au jeu de nos vies personnelles, au jeu de la vie sociale, au jeu de la vie.
J’aurais voulu quelqu’un qui se fonde sur les bases fraternitaires pour reconstruire le lien social et pour lutter d’une manière  permanente contre le colonialisme insidieux des USA chez nous et de leur domination du monde.
 Sangatte ? qui parle de ce camp de la honte ?
Peut-être une femme aurait-elle plus d’ambition dans le domaine « matrie », pour lutter contre l’exclusion, le manque de communication ? le manque tout court, le besoin ?
Combien de salariés aujourd’hui sont notés par leur employeur selon entre autres leur « rayonnement » . Alors,  quel rayonnement sur le monde, rayonnement créateur de culture, d’échanges humains, économiques…quel « modèle » intransigeant et fier notre population française dépositaire d’une sensibilité historiquement et universellement reconnue en ce qui concerne le progrès humain, proposera-t-elle au monde, à l’ Europe, à Bush et à la francophonie ? A l’exemple de José Bové, nous sommes en quête de  «paroles qui portent» et moins de «porte-paroles».

Un  pique-nique débat co-organisé par « les indésirables » pourrait bien être organisé prochainement pour partager et se rencontrer autour de, entre autres, ces quelques réflexions de Georges Orwell :
"Printemps, printemps! De mars à avril, quand les arbres commencent à être en fleurs, quand les taillis sont luisants et les gazons de toute beauté, et que les feuilles sont à la fois larges et longues! Quand les limiers du printemps sont sur les traces de l'hiver, à l'époque du printemps, seul joli temps des fiançailles, quand les oiseaux chantent, haï-ding-hé-ding ding, coucou, jeug-jeug, pouvoui-wouité-wou! Et ainsi de suite, et ainsi de suite!
Voyez n'importe quel poète entre l'âge de bronze et 1850."

 

 

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