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Graines. N°308 Depuis 1999, l'association Kokopelli basée à Alès (Gard) récupère des semences de variétés anciennes, les remet en production et les commercialise. Aujourd'hui, son catalogue est composé de milliers de fruits et légumes différents, aux formes et couleurs très éloignées des standards imposés sur les étals. Et nombre de ces variétés sont effectivement hors-la-loi. Que signifie Kokopelli? "Chez les Indiens Hopis, peuple vivant dans les régions arides de l'Arizona et du Nouveau-Mexique ("hopi", dans leur langue, signifie "pacifique"), un personnage mythologique, du nom de Kokopelli, est associé à la fertilité et à la germination." Que propose-t-elle? "Disséminer, régénérer et prendre le maquis: les forces de répression n'ont pas la capacité de placer un de leurs agents derrière chaque tas de compost." (Les semences de Kokopelli). Mais militer en proposant aux jardiniers, aux paysans, d'être autonomes et responsables, face au vivant dans notre société du tout marchandise ça ne plaît pas du tout. Car le plus grand grief fait aux semences anciennes et de pays, est d'être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans l'apport de produits agrochimiques. Condamner pour concurrence déloyable et vente de semences illégales -ses variétés oubliées ne figuraient pas au catalogue officiel- ces alternatives techniques et semencières autonomes qui ont pour action de lutter en faveur de la multitude de variétés locales, appelée aussi biodiversité, c'est juger que celle-ci illégale. Un comble! Pareil jugement balaie d'autant par contre-coup cette érudition populaire par simple accumulation de connaissances collectives s'ajoutant les unes au autres sur les façons de cultiver, de cuisiner, et de s'entraider en échangeant. Tous ces tâtonnements concrets comme une musique de gestes pour une multiplicité innombrable, à partir de quoi des choses sont, deviennent et se laissent connaître...Car sur la nature du vivant "éduqués" nous ne le sommes plus...Qui peut nommer facilement tel ou tel légume qui n'est pas vendu en supermarché? Perte de connaissances indéniables de ces faits d'expérience planétaire et voyageuse: amaranthes à feuilles, arroches, baselle, chrysanthème à couronne, ciboules, coccinia, concombre-groseille, coyote gourd, cressons allenois, cyclantere, épinard-fraise, fèverolles, laitue ballon, carotte violette, laitue asperge, margose, motardes brunes, physalis, serpent végétal, scorsonère, pois d'angole, vigna, tomates de couleur rose à violette, etc... Souvent les graines anciennes reposaient sur l'échange. Occasion donnée pour en parler. L'échange qu'Aristote pose comme constitutif de la société. Car il voit, derrière les objets -et par extension ajoutons les fruits et légumes-, les hommes et leurs activités, "par rapport auxquels l'idée d'une égalité arithmétrique est privée de sens. L'échange lui-même implique une autre égalité, égalité de proportion, égalité géométrique: les objets échangés sont entre eux comme les hommes qui les ont produits sont entre eux. De même, la distribution établit toujours une proportionnalité: elle est toujours régie selon un selon..." (Castoriadis). Echange régi "selon un selon..."? "La véritable égalité est celle qui, parce qu'elle tient compte de l'inégalité "naturelle" des individus, permet de dépasser dans et par la proportionnalité: à chacun selon ses besoins. C'est ainsi qu'Aristote accepte sans hésitation l'idée (courante) que "le juste c'est l'égal" (Castoriadis). Pareil jugement qui condamne les semences de Kokopelli contredit d'une part, cette formule d'Aristote concernant l'échange, acte d'égalité "constitutif de la société" donc pas rien; et d'autre part, tout autant radicalement les fumeuses déclarations tonitruantes suspendues en l'air du "Grenelle de l'environnement" quand tous les jours des centaines d'espèces disparaissent. Qui ne peut qualifier cela en terme de déficits publics? "Nous sommes au coeur d'une extinction planétaire" écrit le président de Kokopelli. Au coeur de la rage de l'enrichissement dans une époque de parasitisme et de pillage généralisé par des cliques et des clans capitalistes qui n'est pas prêt de finir. D.D |
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