- Dernière mise à jour 28 fevrier 2009 -
 


 

   

Reconstruction. N°410.

Je livre ici un témoignage personnel. Durant une décennie je me suis investi dans le domaine de l'architecture de terre crue. Mon centrage d'alors sur les murs de terre fut aussi motivé par le fait qu'il existe parfois des techniques de construction qui symbolisent directement l'universalité.

En gros, il s'agissait d'expliquer l'importance du patrimoine des constructions de terre en Bretagne ainsi que le champ de possibilité que ce matériau vernaculaire, donc adossé aux solidarités locales, présente à l'échelle locale comme à celle planétaire. Et tout en se posant des questions d'architectures locales, disons terre à terre, cela permettait dans le même temps de partir à la découverte de l'exceptionnel patrimoine en terre, de la mythique Shibam au Yémen, la "Manhattan" du désert, jusqu'aux étranges habitations collectives des Hakkas en Chine, en passant par les cases obus du Cameroun. Sans oublier pour autant l'habitat rural européen, ni les prouesses possibles de bâtisseurs contemporains. Bref j'étais fasciné par les qualités du matériau, et y suis resté.

Retomber sur les caisses enfermant ces panneaux d'exposition de présentation, m'a amené à apprécier naturellement qu'à cette époque, en début 90, où nous lancions les premiers programmes de constructions nouvelles avec ce matériau, lotissements communaux HLM à Tinténiac et Romillé, et autres maisons individuelles (une centaine), combien l'initiative fut en avance sur cette vague dite du "Développement durable" déclinée aujourd'hui à toutes les sauces du marketing écolo-business et de la bureaucratie d'Etat. La technique de construction était d'origine locale puisque liée à la particularité de l'argile qui présente en Bretagne une granulométrie à forte proportion de « fines ». Ces programmes restent dans cette région , après vingt ans passés, non égalés. Autosatisfaction dérisoire.

Evoquer maintenant que de nouveaux modes techniques de production de murs de terre crue vont voir le jour afin de répondre efficacement à la, dit-on, forte demande environnementale actuelle, va de soi. Surtout étant pris en compte qu'en nos pays riches la question de réutilisation de la terre crue est toujours conditionnée aux possibilités techniques de réalisation des ouvrages (coût en main d'oeuvre). Mais s'attendre au gadget pour bonne conscience occidentale, là non !

Ainsi, un produit nommé "Akterre-Terre à pisé-Terre tamisée pour murs en pisé et sols damés" vient d'être commercialisé sous une forme pour le moins fort inattendue: "Pisé prêt à l'emploi pour la réalisation ou la rénovation de murs et sols en terre dans l'habitat ou tout type de bâtiment traditionnel. Composé d'argile, de sable et de graviers grossiers ou fins, livré humide en big-bag. Possibilité d'incrustation et de coloration au moment de la mise en oeuvre dans coffrage,..."

Quand désormais c'est la terre même qui est commercialisée sous barquette froidement calibrée livrée prête à l'emploi, y compris humidifiée! alors le principe du « Développement durable » qui serait d'utiliser les ressources que l'on a sous les pieds ou pas loin de soi, se désagrège pour le coup. Bon, bien sûr ce produit certifié « Développement Durable » peut rester une marchandise anecdotique car fort coûteuse compte tenu de la quantité nécessaire pour bâtir quelque chose, au mieux l'usage en sera décoratif. Mais bon, l'idée est là : conditionner, packager, transporter, puis faire payer cher une marchandise qui n'en était pas, c'est vrai c'est tout un métier. L'horizon ultime serait-il celui de la farce? Bah ! passons !

Plus sérieusement, mon propos peut sembler incongru mais j'en parle ce jour parce que je pense à Haiti et à sa reconstruction. Un tiers des constructions de Port-au-Prince se sont écroulées sous l'effet du tremblement de terre du 12 janvier. La ville de Léogane est détruite à 90 %, celle de Jacmel à 60 %. Alors que reconstruire (terme à prendre dans sa définition la plus large) doit d'abord s'adosser aux solidarités locales et au savoir-faire de celles-ci, peut-on déjà s'attendre à voir débouler dans le cadre de la reconstruction internationale, de grands groupes mondiaux de BTP attirés par des marchés internationaux juteux dont l'objet serait de bétonner à toute vitesse de grands ensembles invivables ?

On ne doit pas écarter la terre, des solutions existent. Par exemple celle-ci : les éco-dômes 1 & 2

D.D

Chronique.

La mauvaise qualité du béton et du fer explique l’étendue des dégâts du séisme, ont indiqué deux experts français de l’ONG Architectes de l’urgence, après avoir étudié pendant trois jours une trentaine de grands bâtiments publics de Port-au-Prince

 « La mauvaise qualité du béton et du fer est désignée comme la principale responsable de la fragilité de tous les bâtiments visités, qu’ils se soient effondrés ou fissurés. « Les fers étaient mous, on pouvait les tordre à la main, et ils étaient lisses alors qu’un bon fer à béton est strié. Quant au béton, la proportion de ciment est mal dosée, sans parler de la mauvaise qualité des agrégats » affirme Patrick Coulombel.

« Pour faire des économies, on utilise un mauvais acier, on rogne sur le ciment, et puis le béton, c’est très technique, compliqué, et il manque ici des personnes capables de mettre en oeuvre un béton de qualité .Il faut éviter les bâtiments longs, dit-il encore, et réfléchir à la forme des constructions. Une pyramide ne tombe pas, souligne l’expert, mais  les gens n’ont pas forcément envie d’habiter une pyramide ».

Apparemment l’architecte en urgence ne connaît pas les éco-dômes…dommage… car  parlons de plaques, non de béton cette fois-ci mais de plaques lithosphériques : Il faut quand même savoir que la viabilité de la plaque caraïbe est d’une durée de 8 à 10 millions d’années seulement. Cela veut dire que les incommensurables pressions exercées par les plaques lithosphériques Sud et Nord-américaines, la prenant en étau et la broyant tels des compresseurs, vont se faire de plus en plus pressantes et de plus en plus violentes…D’autres séismes vont faire d’autres carnages si la reconstruction se fait comme on peut le craindre, à grands coups de plaques de mauvais béton, genre mille-feuilles à emprisonner des futurs cadavres.

Françoise.

20/01/2010 21:47

Re-Chronique.

Haïti est la grande affaire du jour. Lire ici combien Naomi Klein met en garde contre l'application du capitalisme du désastre. Et comment les mercenaires flairent un marché juteux.

D.D

21/01/2010 19:09