Ma chatte dans une corbeille à pain. Ma chatte dort dans la corbeille à pain. Faut pas que nos invités voient çà. Pas bien ! Pour être plus précis, faut savoir que la corbeille à pain est deux fois plus petite que ma chatte, deux fois je déconne, beaucoup plus que deux fois. D'où plus de la moitié du corps de ma chatte noire est hors corbeille en osier. Un panier à chat bien plus grand qu'elle ne lui aurait pas convenue, seule cette corbeille nettement trop petite pour son grand corps qui déborde de toute part, lui convient à merveille. Dimension du récipient en question: une fourchette pour longueur, une petite cuillère pour largeur. Dimension de l'occupante rassemblée en boule: 40 cm de diamètre! Imaginez-en un peu l'acte complet en esquisse. Comment vivre pleinement plus; comment trouver une position aussi stable et plus confortable? y a pas.

Qu'est-ce que raconte cette scène ? je l'ignore, mais elle me plaît. Si je l'écris ici c'est par une impérieuse nécessité. Ma chatte, à l'aisance souveraine, en totale plénitude de son être, m'apparaît très heureuse ainsi, du coup je n'ai pas à prendre parti entre une fausse conception de "l'intérieur" et une fausse conception de "l'extérieur", en la sommant par un mouvement de main, de quitter, de délester sans délai l'ustensile pas à sa mesure, ni d'ailleurs prévu à cet effet quand même.

La psychologie animale dans la prise de possession de l'espace. L'imaginaire à l'oeuvre. Le monde est notre création doit-elle penser, j'imagine, et le monde se prête à la création. C'est la preuve. La preuve par ma chatte. L'imagination fait être des choses en leur donnant une représentation nouvelle. Bien joué la chatte! Belle leçon,  le vivant ne peut émerger qu'en parasitant l'existant physique. Au sens où il faut que cela soit concret pour que se voit l'imagination à l'oeuvre. Bien entendu il faut un minimum de support matériel. Comme la corbeille à pain. Mais ce minimum vu à notre niveau, cela peut être un mot, un simple mot. Un jeu de mot, un mot trouvé et l'histoire change. Et à plus grande échelle, collectivement, c'est l'histoire du monde qui change. C'est cela le faire-être par la simple représentation. C'est lui trouver un support symbolique qui devient porteur de cette création imaginaire. Elle ouvre un monde, un univers. Je suis saisi par la contagion de la vie qui transmue toute situation de départ en une liberté radicale. Une liberté avant l'essence, une audace au contact de la chose. C'est tout ! Et tout con !

La charge bien sûr est inégalement répartie, la figure dessinée par ma chatte n'a rien d'une couronne, d'un pneumatique poilu vissé sur ses gonds, l'installation déborde soit sur sa gauche, soit sur sa droite. Il se dessine dans l'espace une figure de chambre à air vivante qui éveille: celle de la spontanéité animale enseignante. En s'amusant, ou en rêvant . Cette spontanéité nous enseigne le possible, ce qu'on ne pourrait savoir autrement que par elle. Qui de sérieux aurait pu penser organiser son sommeil ainsi? Comment se débordent les choses? Comment faire d'une chose sa chose, en détournant le sens d'origine? Ma chatte y répond, ma chatte m'en apprend, sans qu'elle se soit posée cette question. Passage du monde clos à l'univers infini, artiste contemporaine ma chatte ? Elle vit c'est tout !

Par exemple, quand on parle d'être humain, Platon définissait dans une réunion l'homme comme un bipède aptère, et Diogène le cynique est sorti, a ramené un coq qu'il avait plumé et l'a jeté parmi les assistants disant: voici l'homme de Platon. Les mots provoquent certaines ambiguïtés...

Exemple: maintenant que l'on parle d'un "Autre Monde". Celui des altermondialistes. Parler d'un "autre monde" c'est une couillonnade de plus pour faire durer durement et durablement la croquignollerie gouvernementale.

A l'heure de la reconnaissance par l'institution française du citoyen-relais, délateur et mouchard comme à Beauvais; où un G.W.Bush passe une nuit royale chez la reine d'Angleterre au moment même où un déluge de fer s'abat sur l'Irak pour le capital global; à l'heure où les étudiants de Rennes sont dans la rue, une nouvelle fois; où des femmes seules nouvellement licenciées sont sur le carreau, ébêtées chacune dans son immense solitude incommunicable; à l'heure où des entreprises liquident tout, jetant leurs êtres licenciés dans un océan de solitude, souvent les femmes- les petites mains; quand ces firmes dégraissent pour se faire du beurre et ainsi satisfaire l'obésité mentale de ces prédateurs-actionnaires; à l'heure de la flicaille arrogante qui menace ton intégrité d'honnête homme d'emblée suspecté dès ta naissance, faut savoir, faut savoir, faut savoir qu'il y a dix mille ans les requins existaient déjà. Que les requins, que les requins existent toujours! Il n'y a aucune raison de postuler que le monde des requins a changé depuis des dizaines de millions d'années.

Alors parlons clair: notre monde c'est le présent. Ce monde est extensible et qualitativement modifiable vers le dehors comme vers le dedans, aussi bien relativement au"monde extérieur" que relativement à "soi-même". C'est le seul que tu auras à vivre, il est en dehors et en dedans de toi. Ce monde qui se manifeste en mots de femmes-en-colères et seules dans la rue, en mots de vies de chiens sans domicile fixe, en mots de ceux qui ont un mal de chien à boucler la fin de mois qui leur échappe la vache!, en mots de ceux qui ont quelque chose en corps à dire de fort, en mots comme en cris, ou comme en rires, par exemple...En mots de vivants !

Aujourd'hui seuls les mots d'ordre s'investissent chaque jour. D'une manière ou d'une autre, une ré-actualisation du vocabulaire est à l'oeuvre via les médias. Un vocabulaire de riches aboyeurs, de dominants à crocs. Un exemple? le mot sécuritaire, cache sexe de l'insécurité sociale. Cela donne l'illusion que les choses changent, cela remet à neuf les vieilles lunes, et surtout au turbin les uns et les unes, invisibles, imperceptibles, que l'on n'écoutera jamais. Langage d'êtres élevés comme parties d'un mécanisme où chacun est réglé pour réagir d'une façon adéquate et prédéterminée à des signaux qu'il perçoit comme émis par d'autres.

Face aux verbiages fumeux-poudre de perlimpinpin des grandes écoles, aux mots qui dorment, endorment et piègent, qui te bagigeonnent le monde à leur sauce miroton, qui lavent plus blanc d'insignifiance les vestons-anthracites, aux mots-rots des portables, aux mots-bistouris contenus dans les sacs à savoir Sciences-po, aux mots-pots-de-chambre à rebord LVMH, aux mots-tapisserie à ravaler l'ennui qui tenaille Pujadas, aux mots-cisailles à te couper les couilles à la Star-Ac, aux mots-constip' des start-ups, il nous faut la langue imagée du vivant.

Il nous faut les mots-respirations, les mots-soupirs, les mots-chairs, qui te renversent dans les foins, toureloura la la qui trinquent à la santé des Saint-Innocents, et te soufflent au cul et lient les langues, des mots à démonter le RMA, des mots-carabines contre les petits-chefs, des mots de longues braguettes, des mots fendus du cul au nombril, des mots pipeurs, buveurs, batteurs de pavés, des mots-plizz-plachh-souizze, des mots sauvages pas sages, des mots-grimaces comme les angelots lubriques taillés dans les granit des clochers sculptés aux flancs des cathédrales brodées de gueules...

Il nous faut le travail fulgurant d'un Rabelais nouveau pour la polyphonie. De la barrique même il avait su en extraire le langage des gorges des compagnons bâtisseurs de cathédrales, fait d'ironie, de subversion, de dérision, d'insolence, et surtout de vitalité. Une langue hybride à plusieurs étages de compréhension, mâtinée cochon-dinde du parler d'oc, de latin, de parler lombard. Nourrie par la multitude des sculpteurs de gargouilles qui se donnaient du bout de leur poinçon une liberté dévastatrice.

C'est d'un langage du vivant qui vire-volte, qui s'insinue là partout où ce n'est pas permis, qui touche à tout genoux, qu'il nous faut pour causer du présent. Pour causer en dépassant le cadre étroit circonscrit des mots sans fesses, telle ma chatte comme chambre à air dans son panier à pain ou mon autre chatte qui dort sur la télé qui lui chauffe le ventre.

De Rabelais, l'inventeur des chroniques, ceci:"Contre les poignes sorbonicoles, aveuglements et beaux mirages, porter en tout, et en soi-même, la déroute du rire salutaire et des "esprits animaux"."

 

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