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L'éclair. N°386. L'athlétisme poétique. Non je ne blague pas. Depuis quelques jours je suis scotché chaque soir devant mon poste de télé : je regarde les championnats du monde de Berlin. Et me demande ce jour si je ne suis pas saisi à mon insu par la poésie qui s’en dégage. Toutes ces épreuves, ces corps, ces gestes, cette fluidité, ces cuisses, ces bras, ces nuques, et ces visages entre le lyrisme et la défiguration. Mais d’abord c’est Usain Bolt "l'éclair "qui m’y a attiré, c’est-à-dire que mon dilettantisme bucolique momentané a été attiré par l’image même d’une forme extravagante de décontraction d’une « libre nature joyeuse» dans l’univers productif et du gain de temps ! Pas celle de l’absence de temps mais celle de la fixation obsessionnelle sur le temps chrono. Tout se joue sur 100 m à 9 secondes 50 ou presque! Ça découpe l’air et l’espace qui lui seul crée la distance. Serais-je attiré alors par l’ "étrangeté" de la situation ?! par l’image inverse du sprinteur-travailleur mécanique d’autrefois, eh bien oui. D’autant que pour une fois le mensonge monstre du dopage ne serait pas au rendez-vous en ce lieu, craché juré. Mais dans son arrière-monde qu’en dit la science? Alors de la poésie dans ce stade ? Faut croire. D’accord attention danger ! cela suscite toujours ses pouvoirs émotionnels . En se rappelant le face à face Jesse Owens/Hitler des J.O. de Berlin en 1936 et les images de l'Olympia de Riefenstahl, on la croit même parente de quelque vérité. De nos jours, en terme de représentations l’ambiguïté est partagée entre les postulations divergentes de l’hyper- consommation et de la contemplation, de la culture et du culte de la performance. Imagerie et esprit totalitariste ; Toujours est-il que par son inquiétante étrangeté d’individus vivants dans l’effort, son poids de non-sens, son odeur animale, son pouvoir de défiguration, le poème athlétique –je m’avance trop ?- prend acte du bruissement du monde. Et il le travaille et le recycle en un silence particulier, puis par des applaudissements. Et un plein d’images. Ai-je bien dit là ? Pour être plus clair net et direct : lutte sur 10000m entre les coureurs de l’Ethiopie et l’Erythrée, les triples sauts des cubaines, les 100 m des Jamaïcains, l’athlétisme russe en déclin, les Etats Unis sont pâles, le 3000 m steeple avec le coureur messin Bouabdellah Tahri sur lequel se hissent sur les épaules tatouées le M de l’Olympique de Marseille et la khamsa, etc…, là toutes les questions difficiles que connaît la planète y sont ou presque. Manque Sarko tiens ! La scène moderne des conflits pris dans le lent effondrement des vérités éternelles…à l’horizon coloré. Bref, il s’affiche là un monde qui ne connaîtrait plus d’arrière-monde. « Ersatz de religion, de substitut des relations internationales » dit Robert Redeker qui voit là "le nouveau corps de l'homme entre sport publicite et pornographie" D’arrière-monde ? Mais qu’en dit la médecine? Et qu’en dit la finance ? Et si finalement dans le temple d'Apolon comme le nombril de la terre et le centre de l’univers, comme dans un territoire retranché de la pensée et de l'activité humaine, quelque chose d’incompréhensible s’en dégage. L"égobody" selon Redeker , soit une réinterprétation de l'homme mais Gaia la Terre Mère en serait-elle cette fois-ci pour quelque chose? Dans ce stade tout y est apparemment inutile, car cela n’a aucun sens de courir, de sauter, de lancer et s’élancer ainsi, avec ces perpétuels allers et retours qui sans cesse renvoient au regard vide du téléspectateur, et pourtant…ça marche ! je suis scotché ! Assis et "Comprends pas!" Donc, c’est poétique. Et à la fois si l'on s'accroche à la foulée de Redeker c'est de la pub! Bon, Ulysse accroche-toi bonhomme, le "nouvel l'homme nouveau" est dans les starting-blocs!. D.D
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