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Sophie. N°311 Allons voir ailleurs! C'est ce que je me suis dit le week end dernier, alléché par le thème de "Rencontres de Sophie" du Lieu Unique de Nantes, qui portait sur l'image: "Nos rapports au monde et à autrui passent toujours plus aujourd'hui par des images en tout genre: artistiques, religieuses, techno-scientifiques, politiques, mais aussi de plus en plus médiatiques. Nos vies privées et publiques sont ainsi redoublées d'un spectacle omniprésent et permanent, qui peut brouiller jusqu'à la distinction du réel et du virtuel. Dans ces conditions, n'est-il pas urgent de s'interroger à nouveau sur ce qui fait la ligne de partage entre des images maîtresses d'erreur et d'errance et des images susceptibles d'éclairer le monde et donc de participer au mieux à l'orientation de nos existences?" Sur place, pour mieux coller au thème j'ai tout bonnement opté pour la visite de Nantes plutôt que d'assister aux conférences et débats. Pour le plaisir de connaître. D'abord le Lieu Unique qui conserve la trace de la manufacture Lefebvre Utile "qui fabrique le Véritable Petit Beurre". Bien avant que les campagnes contre l'obésité, le fait de mettre "contient du sucre" sur les paquets, fassent que le biscuit soit moins bien vu que les produits laitiers ou l'eau, raison qui a conduit dit-on Danone à la vendre en fin 2007 au groupe américain Kraft Foods, un fonds d'investissement américain. Vendu avec les savoirs-faire, donc...la mémoire collective réelle! Reste l'image. Comme cette entreprise historique comme l'est Renault dans son domaine, s'est glissée à la périphérie de la ville, son site d'origine est aujourd'hui à la fois lieu de l'image d'une "mémoire collective" qui conserve les stigmates prolétaires, ou du moins ce qu'il en reste, de détente branchée, de passage comme une image, de croisement, de bifurcation, d'aller et venu, d'arrêt, ou tout bonnement lieu où papoter devant un pot. Puis au bout du quai des Antilles le hangar à bananes, ancienne mûrisserie laissée intacte, devenue nouveau lieu branché avec expo d'art contemporain. Jusqu'à dimanche dernier ce fut l'oeuvre d'un artiste-sculpteur autrichien Erwin Wurm qui y était présentée, expo qui surprend par le manque de sécurité de celle-ci (cette R19, mise en équilibre sur deux roues, appuyée sur un pilier en béton à l'aide seulement d'un marqueur. Aucun zone de sécurité autour de celle-ci, n'importe qui peut faire tomber la voiture, ...apparemment.). Avec Erwin Wurms, toute action humaine peut faire sculpture. L'art peut-il se passer d'images? Il se tient à quelques pas de là l'expo du projet île de Nantes, c'est à dire le plan d'urbanisme relatif au projet urbain de restructuration des anciens chantiers navals Dubigeon, présenté comme "un grand projet pour une métropole européenne". Déjà, existe un signe précurseur du projet île de Nantes: le Palais de justice, conçu par Jean Nouvel, avec sa forte présence, austère cube de métal noir anthracite en référence au riche passé industriel de l'île pour l'extérieur, rouge violent de ses salles d'audience pour l'intérieur. Mais à celui-ci s'oppose un haut lieu festif, les Nefs réhabilitées qui accueillent l'atelier-galerie des Machines de l'île: un éléphant-machine à faire cornaquer, à propulsion mécanique hydraulique de 12 m de haut et de 40 tonnes, qui se met en branle avec une trentaine de personnes à son bord, en longeant le quai des Antilles. Faire gaffe, avec sa trompe il jette de l'eau! Autres images significatives en centre ville: le flux des personnes du passage Pommeraye avec son grand escalier central en bois et en fonte avec trois paliers illuminés par un immense verrière, l'inauguration du 18ème Festival du cinéma espagnol, et entre le château des ducs de Bretagne et le jardin des Plantes le très riche Musée des Beaux-Arts qui présentent des images de Picasso, Ingres, Courbet, De la Tour, Tintoret, Watteau, Delacroix, Monet, Kandinsky, etc... Ou bien encore par un saut en Sud-Loire: à Rezé, la Cité radieuse de Le Corbusier qui, plantée sur sa colline, irradie le ciel de l'architecture moderne comme l'estuaire de la Loire au cours impétueux et imprévisible pour un phare de Paimboeuf, ou les quais des anciens "chantiers de la Loire" et "Dubigeon" pour la haute grue jaune affectée autrefois aux docks avant qu'elle ne devienne que l'image du négoce portuaire ancien. Puis par un brin de marche sous une bruine, dans les ruelles de Trentemoult, ce petit bourg construit par des pêcheurs, y saisir l'image d'un village portugais dans lequel ils rêvaient d'y vivre, dont la guinguette est rattachée depuis peu à Nantes, quai de la fosse, par navibus pour touristes et bobos. Avec un peu partout des concerts gratuits ou des prix raisonnables, le sentiment qu'il m'est venu en visitant cette ville de Nantes dépositaire de mémoire, était celui d'assister à une conversation publique sur ce qui est à conserver et à transformer, voire souvent en associant les deux termes activement, intelligemment, bref conserver en transformant -formule réversible à souhait. Et combien sont utiles alors afin de réinventer cette ville, les artistes contemporains pour re-sublimer ces lieux d'activités industrielles anciennes, devenus lieux désolés avant toute nouvelle intervention artistique. "Le faire-pensant" c'est ça! Les images donnent-elles à penser? Quant à l'activité industrielle contemporaine, qu'est-elle devenue? un signe ce même jour: 100 tonnes de fioul lourd toxique dans la Loire. Qui s'étalent sur 22 kms, entre Saint-Nazaire et Donges, après le chargement défectueux d'un navire à la raffinerie Total. Conséquences? images brouillées: roselières et vasières souillées, avocettes, tadornes et bécasseaux qui barbottent dans l'hydrocarbure à Paimboeuf. D.D |
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